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République, IIIeArticle
Plan de l'article
Présentation ; Naissance d'un régime durable ; La « république absolue » (O. Rudelle) ; La République radicale ; La République en guerre et la « fin d'un monde » (H. Dubief)
La Première Guerre mondiale fut l’occasion d’un reclassement politique général. D’une part, l’assassinat de Jaurès en juillet 1914 priva la tendance pacifiste de son meilleur chef, et la politique d’Union sacrée adoptée dès le mois d’août sembla l’anéantir. D’autre part, l’échec du plan de guerre français et la guerre des tranchées montrèrent les limites des options choisies par les ministres de la Guerre jusqu’en 1914 ; Clemenceau eut ce mot célèbre : « La guerre est une chose trop sérieuse pour être laissée à des militaires » : un renouvellement considérable eut lieu dans l’état-major, permettant la promotion d’un Joffre ou d’un Pétain. Troisième point, la révolution bolchevique qui privait par ailleurs la Triple-Entente de l’un de ses membres entraîna une scission chez les socialistes français, scission effectuée en décembre 1920 au congrès de Tours. Quatrième point, la victoire acquise au prix de 1,4 million de victimes laissa un goût amer ; un régime incapable d’empêcher les inutiles boucheries commanditées par Nivelle en Champagne ou par ses pairs, un régime faisant porter le poids des sacrifices sur les seuls « poilus » tandis qu’à l’arrière, les « embusqués » semblaient être épargnés, ce qui devenait forcément suspect. Les contestations des intellectuels (Paul Valéry) ou des artistes des mouvements dada et surréaliste, venaient étoffer des contestations politiques venues de l’extrême droite avec l’Action française et ses relais chez les anciens combattants ultra nationalistes, et de l’extrême gauche avec l’activisme du Parti communiste français (PCF) (créé au congrès de Tours) et de la CGT unifiée issue d’une scission de la CGT en juillet 1920. Les partis de gouvernement traditionnels, les radicaux en particulier, apparaissaient usés et incapables d’incarner cette modernité née sur les ruines de 1918. Jusqu’en 1939, l’histoire politique de la IIIe République fut celle d’une résistance des institutions à un irréversible déclin. La reconstruction des provinces littéralement dévastées dans le Nord et le Nord-Est et les problèmes de reconversion pour plusieurs centaines de milliers d’hommes que la guerre avait mutilés ou privés de leur emploi créèrent un grave trouble économique, commun à tous les pays d’Europe et dont une agitation probolchevique tenta de profiter (1920-1921). La crise fut également monétaire : après un siècle de stabilité, l’épuisement des réserves d’or et le recours systématique à l’emprunt entraînèrent une dévaluation du franc-germinal qui, en particulier, ruina la bourgeoisie rentière. Face à ces problèmes, les gouvernements successifs, marqués tantôt plutôt à droite (Bloc national de Millerand), tantôt plutôt à gauche (Cartel des gauches d’Édouard Herriot), prirent, d’une part, des mesures techniques comme la mutation du franc (« franc Poincaré »), mesure relativement efficace d’ailleurs, et d’autre part, des mesures économiques de protectionnisme et de contrôle des changes. La responsabilité de cette crise fut attribuée dans un premier temps à l’Allemagne : le mot d’ordre était « l’Allemagne paiera ! » pour le Bloc national. En fait, les négociations internationales entre 1922 et 1929 obligèrent la France à réduire considérablement le montant des dommages de guerre (plan Dawes, 1924 ; plan Young, 1929). Non seulement l’Allemagne refusait de payer, ce qui entraîna l’occupation de la Ruhr en 1923, mais le Royaume-Uni, soucieux de ne pas laisser à la France une prépondérance exclusive sur le continent, et les États-Unis firent pression contre les exigences françaises. De plus, les années vingt virent l’espoir d’une paix universelle garantie par la Société des Nations (SDN) devenir plus fort : la France reconnut l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) en 1924, l’Allemagne entra à la SDN en 1926 ; Aristide Briand pour la France et Gustav Stresemann pour l’Allemagne, très actifs, entamèrent une série de discussions qui, du pacte de Locarno en 1925 au pacte Briand-Kellogg de 1928, aboutirent à déclarer « la guerre hors la loi ». Entre les discours nationalistes et le mirage pacifiste, entre la crise endémique et les excès des « Années folles », dans la succession des majorités et la « valse des ministères » (1930, 1933), le régime républicain connaissait des oppositions de plus en plus importantes. Des incidents comme le bref mandat du président Paul Deschanel (1920) ajoutèrent un peu plus au discrédit pesant sur la classe politique. La gauche communiste qui s’implantait dans les banlieues ouvrières (constitution de la « ceinture rouge » de Paris) dénonçait l’argent des « deux cents familles » et pratiquait une agitation sociale systématique, conformément aux consignes données par le Komintern en URSS. La droite nationaliste, au travers de certaines associations d’anciens combattants, constituait des ligues comme les Croix-de-Feu au discours de plus en plus antiparlementaire et virulent. L’affaire Stavisky éclata en décembre 1933, alors que la France avait été depuis 1931 atteinte par la crise venue des États-Unis (crise économique de 1929) et que le climat social était désastreux. Stavisky, escroc et maître chanteur très lié au milieu politique, fut dénoncé en décembre 1933, tenta de fuir, fut rattrapé à Chamonix où la police le retrouva mort (8 janvier 1934), bizarrement « suicidé ». La presse antiparlementaire dénonça les liens entre la pègre et la politique, et les ligues organisèrent une immense démonstration de force le 6 février 1934. La manifestation dégénéra, peut-être en tentative de renversement du régime ; il y eut 20 morts place de la Concorde. Le président du Conseil, Édouard Daladier, démissionna. Cette manifestation, qui montrait la puissance et l’agressivité des ligues face au régime, prouvait aussi le risque d’extension à la France du totalitarisme qui venait de s’installer en Allemagne (Hitler était chancelier depuis le 30 janvier 1933). Les partis de gauche s’unirent alors, communistes — avec l’aval du Komintern — socialistes et radicaux : la contre-manifestation antifasciste du 9 février préludait à la constitution du Front populaire. Alors que les gouvernements de centre droit échouaient à endiguer la crise par une politique de déflation, le Front populaire apparut comme le seul recours. Il publia son programme le 12 janvier 1936 où était combiné un discours social et collectiviste, avec des réponses très inspirées par l’interventionnisme keynesien à la crise. Les élections du 26 avril et du 3 mai 1936 furent un triomphe pour le Front populaire. Léon Blum, le dirigeant socialiste, accéda à la présidence du Conseil. Trois femmes entrèrent au gouvernement alors qu’elles n’avaient pas encore le droit de vote. Les communistes choisirent un « soutien sans participation » au gouvernement. Les mois de mai et juin furent marqués par une vague de grèves sans précédent : 6 millions de grévistes furent comptés. L’occupation des lieux de travail était une nouveauté et une atmosphère de fête accompagna la fin du printemps 1936. Léon Blum convoqua à l’hôtel Matignon les syndicats et le patronat. Des négociations sortirent des accords déterminant une hausse générale des salaires, une reconnaissance des droits syndicaux de délégation et des conventions collectives. Sur le plan législatif, l’Assemblée accorda les premiers congés payés de l’histoire ouvrière (quinze jours annuels) le 20 juin 1936 ainsi que la loi des quarante heures de travail hebdomadaire (22 juin). Enfin, les usines d’armement furent nationalisées et, en 1937, la SNCF remplaça les grandes compagnies ferroviaires. Les ligues d’extrême droite furent interdites — mais au mois de juillet, l’ex-communiste et maire de Saint-Denis Jacques Doriot créa le Parti populaire français (PPF), dont les thèmes et les pratiques étaient inspirés à la fois du fascisme et du nazisme. Très vite, le Front populaire fut confronté à de graves problèmes économiques qui contraignirent Blum à annoncer en janvier 1937 la « pause des réformes ». Les communistes avaient enlevé leur soutien dès le mois de septembre à Blum qui refusait d’intervenir dans la guerre d’Espagne pour aider la République espagnole contre le pronunciamento du général Franco ; le 17 novembre, Roger Salengro, ministre socialiste de l’Intérieur, s’était suicidé à la suite d’une campagne antisémite haineuse et calomnieuse menée par l’extrême droite. Blum demanda le 21 juin les pleins pouvoirs face à la résurgence de l’activisme d’extrême droite ; devant le refus du Sénat, il démissionna. Les risques d’une nouvelle guerre mondiale se précisaient avec la remilitarisation de la Rhénanie, l’Anschluss de l’Autriche, l’invasion et le dépeçage de la Tchécoslovaquie avalisés en dépit de tous les accords par le Royaume-Uni et la France lors de la conférence de Munich en septembre 1938 (voir Munich, accords de). Signe supplémentaire de crise : le gouvernement avait, face à une Assemblée de plus en plus divisée, recours aux décrets-lois pour gouverner. L’invasion de la Pologne déclencha effectivement la guerre : la mobilisation fut décrétée le 1er septembre 1939. Le 26, le parti communiste était interdit pour avoir dénoncé la guerre (l’URSS avait signé avec l’Allemagne un pacte de non agression le 23 août 1939). La « drôle de guerre » et l’échec de l’expédition de Narvik montrèrent les faiblesses de l’armée franco-britannique. La débâcle, du 10 mai au 22 juin 1940, obligea le gouvernement et le Parlement à fuir à Bordeaux (10 juin). Le 16 juin, le maréchal Pétain devenait président du Conseil ; immédiatement, il demandait l’arrêt des combats avec l’appui de Pierre Laval. Le 2 juillet, le gouvernement Pétain qui avait signé le 22 juin l’armistice de Rethondes s’installait à Vichy et convoquait le Parlement. Le 10 juillet, donnant au maréchal Pétain les pleins pouvoirs à une écrasante majorité (569 voix contre 80 et 17 abstentions), le Parlement se sabordait lui-même et exécutait la IIIe République (voir Vichy, gouvernement de). Ce long régime avait enraciné en France l’idée républicaine par l’école, par l’armée, par le chemin de fer qui pénétra au fond des campagnes. Il avait servi de cadre à une modernisation complète du pays : électricité, téléphone, radio et automobiles étaient largement diffusés. À la France des paysans et des rentiers de la Belle Époque, il avait substitué la France des ouvriers et des employés. Aux combats sur lesquels il avait construit son implantation, la revanche, la laïcité, l’égalité et les libertés individuelles s’étaient substitués d’autres combats face à de nouveaux adversaires, les communistes et les nationalistes d’extrême droite. Tous deux étaient apparus à l’échelle planétaire, sur les ruines morales et politiques du premier conflit mondial. Si les premiers pouvaient à l’occasion être ralliés au régime, les seconds en furent les irréductibles ennemis et fournirent à l’idéologie de la révolution nationale ses cadres les plus agressifs. Née et constituée autour d’une problématique nationale, la IIIe République mourut de n’avoir pas su s’adapter à une crise mondiale.
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