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République, IVe

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IVe République (1946-1958) : chronologieIVe République (1946-1958) : chronologie
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La succession des crises

Les crises n’avaient pourtant jamais cessé, enchaînées les unes aux autres, fragilisant peu à peu le régime : crises politiques, crises économiques, crises diplomatiques et coloniales.

Les crises politiques furent le lot de toute la durée du régime. Récusée d’emblée par de Gaulle qui, après sa démission, formula lors du discours de Bayeux (16 juin 1946) ses critiques et ses propositions constitutionnelles, la IVe République fut donc confrontée à l’opposition gaulliste organisée entre 1948 et 1953 dans le Rassemblement du peuple français (RPF) qui obtint, aux législatives de 1951, 117 députés — soit le groupe le plus important.

Le second groupe était le groupe communiste, avec 103 députés ; or les communistes étaient, depuis 1947, entrés eux aussi dans une opposition sans faiblesse. Outre leur rôle avec les gaullistes dans le rejet de la CED, ils animèrent inlassablement les mouvements sociaux qui se multiplièrent à partir de 1947. Le mouvement syndical s’était désuni : Force ouvrière (FO), dirigée par Léon Jouhaux, s’en était séparée depuis avril 1948, tandis que la Confédération générale du travail (CGT) demeurait installée dans une ligne conforme à celle du Parti communiste. Un nouveau syndicat regroupa les enseignants, la Fédération de l’Éducation nationale (FEN), dont la puissance et l’ancrage à gauche firent un interlocuteur redouté du ministère de l’Éducation nationale. À la différence de l’opposition gaulliste, l’opposition communiste s’intégrait dans une stratégie planétaire guidée par le Kominform à Moscou, dont Thorez et Jacques Duclos relayaient fidèlement les instructions. La guerre froide commandait largement les manifestations de l’opposition communiste.

Les alliances des partis du centre et de la gauche modérée, dont la représentation était bien moins importante, pouvaient seules assurer la stabilité gouvernementale. La « Troisième Force », qui fournit l’essentiel des gouvernements jusqu’en septembre 1951, éclata sur la loi Barangé qui attribuait une allocation scolaire y compris aux enfants fréquentant les écoles privées. Le MRP se rapprocha alors des modérés, puis d’une fraction des députés du RPF (dissout par de Gaulle en mai 1953), pour obtenir l’investiture du modéré Antoine Pinay. Celui-ci, « l’homme au chapeau rond », lança un emprunt dont le succès fut immense et put vaincre l’inflation. Son prestige, au-delà de sa chute sur les questions coloniales en décembre 1952, resta très important.

Son investiture avait montré que, malgré la croissance, l’économie française restait fragile, menacée en particulier par la fragilité du franc qui déclenchait des vagues d’inflation dramatiques. Pour tenter d’en juguler les effets, un salaire-plancher fut établi, le SMIG, alors que se multipliaient les grèves dans l’industrie et la fonction publique, grèves dures et souvent longues : les enseignants avaient ainsi lutté un mois durant contre la loi Barangé. L’instabilité se poursuivit ainsi jusqu’à la chute du régime. Au total, une vingtaine de gouvernements se succédèrent ; le gouvernement du Front républicain de Guy Mollet tint seize mois jusqu’en mai 1957 ; mais la moyenne fut de moins de neuf mois et plusieurs gouvernements durèrent à peine quelques semaines. En 1953, il fallut treize tours de scrutin pour que le Congrès choisisse le président de la République appelé à succéder à Vincent Auriol, René Coty — un président sans pouvoirs.

Les crises diplomatiques et coloniales s’ajoutant aux problèmes politiques et sociaux finirent par avoir raison du régime. Sur le plan diplomatique, de Gaulle était parvenu à faire admettre la France dans le camp des vainqueurs et une zone d’occupation française fut découpée en Allemagne. Par ailleurs, un siège permanent était accordé à la France au Conseil de sécurité de l’ONU, créée en juillet 1945. Mais l’aide Marshall aggrava la dépendance vis-à-vis des États-Unis, qui firent sans difficulté entrer les Français dans l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ; l’opposition communiste fut constante à cette occupation, rejoignant parfois la majorité comme au moment de la CED ou à propos des époux Rosenberg. Si le traité de Rome reçut l’assentiment des États-Unis peu auparavant, la crise de Suez avait confirmé l’impuissance française en dehors de cet assentiment : le colonel Nasser ayant fermé le canal de Suez, Français et Britanniques intervinrent pour rétablir le passage et durent se replier sur l’injonction commune des Américains et des Soviétiques (novembre 1956). Il s’agissait, en effet, à la fois de pétrole et de stratégie : ce n’était plus le domaine des vieilles puissances coloniales.

Les questions coloniales furent permanentes au long de la période. En effet, l’indépendantisme s’était propagé chez les populations soumises, d’abord dans les élites, puis plus largement dans l’ensemble de la population. De Gaulle lui-même avait promis, pendant la guerre, de revoir le statut des peuples de l’Empire colonial français (discours de Brazzaville, 30 janvier 1944). En 1943, l’Algérie, fleuron de l’Empire, formulait officiellement sa revendication à plus d’autonomie avec le manifeste de Ferhat Abbas.

Ce fut en Indochine que commencèrent les vrais conflits coloniaux : malgré les accords signés, la France refusa de reconnaître l’indépendance du Viêt Nam implicite dans l’accord Sainteny-Hô Chí Minh du 6 mars 1946. Les massacres de Haiphong en novembre rendirent la guerre d’Indochine inéluctable. En 1949, l’armée du Viêt-minh reçut l’appui massif de la Chine, nouvellement communiste, et de l’URSS ; l’armée française (corps expéditionnaire de métier) se laissa encercler en novembre 1953 à Diên Biên Phu et se rendit le 7 mai 1954. Le traumatisme fut considérable en France et permit l’accession au pouvoir de Pierre Mendès France qui signa les accords de Genève en juillet : le Cambodge et le Laos devenaient indépendants, le Viêt Nam était divisé au 17e parallèle, le Nord au Viêt-minh de « l’oncle Ho », le Sud aux nationalistes.

Mendès France eut immédiatement à affronter d’autres mouvements insurrectionnels dans l’Empire. En Tunisie, où le parti de Bourguiba, le Néo-Destour, était en lutte depuis 1951, Mendès choisit la négociation et accorda l’autonomie interne. Au Maroc, le mouvement indépendantiste fut fondé en décembre 1953 et avait l’appui du sultan de ce protectorat, Mohammed ben Youssef. Le soulèvement commença en décembre 1952 ; le général Guillaume détrôna et exila Mohammed, ce qui accrut les troubles. Edgar Faure, alors président du Conseil, fit rentrer Mohammed le 16 novembre 1955 et l’indépendance fut accordée le 2 mars 1956, statut qui fut également accordé à la Tunisie le 20 mars.

La même année, Gaston Defferre avait fait voter une loi-cadre (26 juillet) pour éviter qu’en Afrique noire ne se reproduisent ces problèmes ; d’autant que l’île de Madagascar, qui s’était révoltée en 1947, n’avait été soumise que par une répression implacable (plusieurs dizaines de milliers de morts). Par la mise en place d’administrations indigènes élues, la loi-cadre assurait une transition vers l’indépendance.

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La crise finale : les « événements » d'Algérie

Le problème algérien fut beaucoup plus grave. En effet, l’Algérie, peuplée par une minorité de 3 millions d’Européens, les pieds-noirs, divisée en départements et envoyant des élus au Parlement de la République, « c’était la France » aux yeux d’une large partie de l’opinion. Mais le modérantisme de Ferhat Abbas se trouva discrédité par la répression très dure qui suivit les émeutes de 1945 dans le Constantinois. Messali Hadj, fondateur du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), fut à son tour considéré comme timoré par les fondateurs, en 1954, du Front de libération nationale (FLN). La lutte fut engagée le 1er novembre 1954 par une série d’attentats. Mendès France et François Mitterrand, son ministre de l’Intérieur, choisirent immédiatement la répression la plus sévère. Devant l’ampleur croissante de la rébellion, en janvier 1956, Guy Mollet décida de satisfaire les exigences des Européens et d’envoyer en Algérie le contingent. Les Français commencèrent une campagne militaire et policière entachée d’excès en tous genres ; le FLN fut progressivement repoussé à partir de 1957 dans les campagnes et dans les régions frontalières de Tunisie. L’armée française vint les bombarder en avril 1958 à Sakiet. Cet incident, dont l’écho fut porté sur la scène internationale par les médias, entraîna une nouvelle escalade de la violence et des revendications : au FLN s’opposaient nettement les pieds-noirs et une armée française soucieuse aussi de laver l’échec indochinois et l’humiliation de Suez. Le 13 mai, craignant d’être abandonnés par le nouveau gouvernement Pflimlin, les Français d’Algérie se soulevèrent avec l’appui d’une partie de l’armée (voir Mai 1958, crise du 13). Le président René Coty fit alors appel au général de Gaulle, officiellement retiré des affaires depuis 1953. Il fut investi des pleins pouvoirs le 1er juin 1958 avec mission de préparer une nouvelle constitution. Un voyage triomphal à Alger (« Je vous ai compris ! ») le 4 juin apaisa dans l’immédiat les tensions. Le 28 septembre, quatre électeurs sur cinq approuvaient la nouvelle constitution : la IVe République avait vécu. (voir Algérie, guerre d’).

Moins qu’à des institutions somme toute démocratiques, moins qu’à un personnel politique somme toute durable, moins qu’à la seule crise algérienne, la IVe République avait dû sa chute au choc d’une conception nationale de la politique confrontée à l’échelle planétaire désormais seule valide : la guerre froide, la décolonisation, la pression économique liée à l’expansion des Trente Glorieuses posaient aux institutions et aux politiques des questions d’ampleur nouvelle que la IVe République permit de mieux connaître, voire de mieux maîtriser. Le retour de De Gaulle, incarnation d’un passé glorieux, portait aussi une nouvelle conception de l’État au pouvoir, un État dont la raison, supérieure aux contradictions d’une opinion publique toujours bigarrée, saurait s’imposer.

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