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fantastique, littérature

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Poe (Edgar), le CorbeauPoe (Edgar), le Corbeau
Plan de l'article
2.3

Approche structurale

Dans son Introduction à la littérature fantastique (1970), Tzvetan Todorov définit le fantastique comme « l’hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel ». Todorov propose une analyse structurale qui rend compte de phénomènes régis par un système — « ce qui veut dire qu’il existe des relations nécessaires et non arbitraires entre les parties constitutives de ce texte » , par un nombre défini d’unités et de règles de combinaisons de ces unités, tout en analysant le syntaxique aux dépens du sémantique. Il existe selon lui trois conditions nécessaires au fantastique : « Le fantastique est fondé essentiellement sur une hésitation du lecteur — un lecteur qui s’identifie au personnage principal — quant à la nature d’un événement étrange » ; cette hésitation peut être ressentie par le personnage, le lecteur pouvant ainsi s’identifier ; le lecteur doit également refuser toute interprétation allégorique ou poétique.

2.4

Autres approches

Parmi la critique contemporaine, Irène Bessière, dans le Récit fantastique. La poétique de l’incertain (1974), considère que le fantastique « se joue de la réalité dans la mesure même où il identifie le singulier à la rupture de l’identité, et la manifestation de l’insolite à celle d’une hétérogénéité, toujours perçue comme organisée, comme porteuse d’une logique secrète ou inconnue ». Selon Charles Grivel dans Fantastique-fiction (1992), « Fantastique est la fin des repères. J’appelle fantastique ce qui fait qu’on ne peut plus dire comme. Là où quand le sens se dérobe. Fantastique indique que ça pourrait nier. Et comment ». Enfin Roger Bozzetto (Territoires des fantastiques, 1998) écrit que le « texte fantastique instaure et rend sensible un type particulier de rapport au monde. Il le rend manifeste par la présence, dans le monde représenté, d’objets, d’événements et/ou de situations banales. Avec ceux-ci, il construit des simulacres (langagiers et iconiques) qui se réclament de l’évidence, mais dans lesquels la cohérence apparente du monde empirique, pourtant convoquée, est subordonnée à l’existence supposée d’autres lois. Celles-ci demeurent mystérieuses et donc angoissantes, car le texte n’y donne jamais accès ».

3

Histoire de la littérature fantastique

La littérature fantastique se développe à la fin du xviiie siècle en Europe, à la faveur d’un contexte culturel nouveau où la science s’impose dans la perception et la représentation du monde. Le fantastique naît d’une tension entre la réalité, qui sert de cadre au récit, et des phénomènes que la science ne peut expliquer. Il se situe à la frontière du rationnel et de l’irrationnel, du réel et de l’imaginaire. Et la proximité entre l’univers décrit et celui du lecteur suscite la frayeur.

3.1

Le roman gothique anglais : prémices du fantastique

La première rupture intervient avec le roman gothique, qui prédomine dans la littérature populaire anglaise de la fin du xviiie et du début du xixe siècle. À cette époque se développe un certain goût pour l’esthétique de la mort et des ruines du passé. La littérature gothique présuppose une architecture médiévale (château, abbaye, église, cachot, crypte), une atmosphère noire et des personnages particulièrement stéréotypés (jeune fille vertueuse, personnage masculin maléfique). Horace Walpole inaugure le genre en 1764 avec le Château d’Otrante, qui en pose les thèmes fondamentaux. Ce sont cependant les œuvres d’Ann Radcliffe, notamment les Mystères d’Udolphe (1794), qui demeurent les plus connues. Matthew Gregory Lewis s’impose comme son digne successeur avec le Moine (1796).

Dans ces romans, le recours à l’horreur apparaît comme un procédé visant à faire surgir l’incroyable, mais un dernier chapitre élucide généralement le mystère. Ce retour au réel fait précisément défaut dans le fantastique proprement dit, où les personnages et le lecteur demeurent en peine d’explication et restent partagés entre les phénomènes surnaturels et le domaine de la raison.

3.2

L’âge d’or du fantastique

3.2. 1

Le fantastique français

Le fantastique s’épanouit en France à l’époque romantique. Curieusement, deux des premiers romans gothiques de langue française émanent d’écrivains étrangers, Vathek (1786) de William Beckford et Manuscrit trouvé à Saragosse (1804-1805) de Jan Potocki. Les auteurs français sont largement influencés par la littérature allemande, notamment par Achim von Arnim (Isabelle d’Égypte, 1811) et par E. T. A. Hoffmann (les Élixirs du diable, 1816 ; le Chat Murr, 1822) découvrant que l’extravagance, le goût du macabre et la terreur peuvent parfaitement servir de support à une création romanesque.

Charles Nodier donne ainsi ses lettres de noblesse au fantastique français avec des nouvelles tantôt orientées vers le rêve (Trilby ou le Lutin d’Argail, 1822 ; la Fée aux miettes, 1832) tantôt vers la folie (Smarra ou les Démons de la nuit, 1821). Prosper Mérimée (la Vénus d’Ille, 1837), Gérard de Nerval (les Filles du feu, 1854) et Théophile Gautier (le Roman de la momie, 1858) font également des incursions dans le genre par le biais de contes et nouvelles. Châteaux hantés, pactes avec le diable, malédictions de toutes sortes constituent un fonds de motifs pittoresques, alimenté et utilisé par nombre d’écrivains contemporains.

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