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libertin, courant

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1

Présentation

libertin, courant, courant de pensée qui, né en France au xviie siècle, s’épanouit durant tout le xviiie siècle, et se manifeste dans les mœurs comme dans la pensée et la littérature par la revendication d’une liberté accrue. Héritier de l’humanisme, le courant libertin annonce les Lumières.

Il n’est pas aisé de caractériser précisément le courant libertin, ni dans le temps, ni dans sa définition exacte. Aujourd’hui, nombre de théories s’affrontent pour lui donner des limites. Cependant il est fréquemment admis de distinguer à travers ce courant le libertinage de mœurs et le libertinisme philosophique.

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Libertin, libertinage, libertinisme

Le mot « libertin » est emprunté au xve siècle au latin libertinus, « affranchi, libéré ». Ce terme, qui s’appliquait dans la Rome antique aux esclaves affranchis, tout juste sortis de leur servitude, possède à l’origine un caractère péjoratif en français. Parallèlement apparaît, dans les traductions de la Bible, le mot « libertiniens » (qui devient « libertins » au xvie siècle), qui désigne un groupe de juifs affranchis de l’enseignement de leurs pairs. Au xvie siècle, le terme s’applique, sous la plume de Jean Calvin, à des membres de sectes anabaptistes qui se sont affranchis de certains dogmes religieux d’un point de vue intellectuel mais aussi moral, en niant la notion de péché, par exemple. Ces « incrédules » sont alors jugés hérétiques, et le réformateur Guillaume Farel parle d’une « doctrine pour putains et ruffians ».

Libre penseur, le libertin désigne par glissement de sens, dès le xviie siècle, un épicurien. Par extension, il caractérise au xviiie siècle des auteurs et des textes romanesques français contemporains dont la visée philosophique s’approche de la pensée libertine (d’aucuns excluent de la définition les auteurs de textes grivois ou gaillards, simplement licencieux ou érotiques, voire pornographiques). Le terme « libertinage » est avéré dès le début du xviie siècle, mais son acception moderne date de la fin de ce siècle. Le libertinage a alors une forte connotation morale et désigne tous ceux qui ont des « mœurs légères », qui sont « débauchés », tandis que le parallélisme entre athéisme et épicurisme tend avec le temps à s’estomper, notamment grâce à Pierre Bayle. Le verbe « libertiner », c’est-à-dire « vivre dans le libertinage », est né quant à lui en 1734. Le terme « libertinisme » s’applique plus précisément aux facettes philosophiques du courant libertin.

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Les premiers libertins : le goût de la provocation

Au tout début du xviie siècle, avec le règne d’Henri IV, le « vert galant », et surtout au début du règne de Louis XIII, le pouvoir des dévots se fait moindre qu’au siècle précédent et la censure est quasi inexistante. Dans ce contexte, notamment à partir de 1620, de jeunes aristocrates cherchent à s’affranchir des règles de la société. Provocant, un groupe d’érudits épicuriens appelé « les messieurs du Marais » (ou « les esprits forts du Marais ») dont fait partie Théophile de Viau « s’emport[e] tous les jours dans des excès qui [vont] jusques au scandale » (Mémoires du cardinal de Retz, posth. 1717), chantant notamment dans les cabarets des chansons impies et obscènes. Théophile de Viau (qui publie des « vers sales » dans le Parnasse satyrique) est donc l’un de ces premiers esprits que l’on appelle libertins, tout comme Jacques Vallée des Barreaux (1599-1673) et François Maynard (1582-1646), auteur des Priapées, de chansons à boire, et de poèmes érotiques. Athées, irréligieux et inspirés par la pensée de l’Italien Giulio Cesare Vanini, ces libertins ont le goût du luxe et de la débauche et produisent des textes satiriques, cyniques, voire grivois, le plus souvent publiés de manière anonyme.

Ces premiers libertins sont la cible de nombreux détracteurs, tels le jésuite François Garasse (1585-1631) qui, dans la Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps, ou prétendus tels (1623), « appelle libertins [les] ivrognets, moucherons de taverne, esprits insensibles à la piété, qui n’ont autre Dieu que leur ventre… » et attaque plus particulièrement Théophile de Viau.

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Les libertins érudits du xviie siècle : de beaux esprits libres

Un libertinage savant, aussi nommé libertinisme philosophique, se développe d’abord entre 1610 et 1660, en réaction contre l’austérité et le pouvoir des religions révélées. Les libertins de ce temps sont avant tout des philosophes, des scientifiques, des érudits, des esprits ouverts et curieux, désireux de voir régner une plus grande liberté de pensée, notamment en matière de religion. Un libertin est alors un bel esprit, indépendant et libéré des préjugés et des dogmes, le plus souvent animé par le scepticisme moderne initié par Michel Eyquem de Montaigne dans ses Essais et par le rationalisme de René Descartes. Les libertins, dans leur critique de la religion, croient en une mère Nature et prônent un savoir fondé sur la raison et l’observation. Les plus importants de ces penseurs sont le philosophe et savant Pierre Gassendi, le médecin Gabriel Naudé (1600-1653), l’écrivain François La Mothe Le Vayer (1585-1672), le médecin du roi Guy de la Brosse (1586-1641) et plus tard l’écrivain Savinien de Cyrano de Bergerac.

L’un des plus grands libertins savants est Pierre Gassendi, philosophe et mathématicien, qui réhabilite l’épicurisme et se trouve à l’origine d’un courant de pensée qui porte son nom, le gassendisme. Ce dernier prône une recherche raisonnée de la vérité, non en appliquant sur les faits et les choses des principes préétablis, mais en tenant compte de la réalité dans sa diversité. Comme lui, les libertins érudits se montrent prudents dans leurs discours et dans leurs attitudes : qu’ils soient épicuriens, rationalistes, déistes, hostiles au pape, athées ou seulement critiques à l’égard de l’Église catholique, ils n’exposent pas directement le fond de leur pensée, pour échapper à la censure et à la répression. Ils usent ainsi dans leurs ouvrages de sous-entendus, d’ironie, de doubles sens, d’allusions et ont parfois recours à des publications clandestines. La liberté de pensée revendiquée par les libertins et beaucoup critiquée par leurs adversaires est sujette à nombre de persécutions : censure, emprisonnement, exil, voire exécution (notamment pour l’ancien moine italien devenu philosophe et mathématicien Giordano Bruno, auquel on a coupé la langue et qui, condamné par l’Inquisition, a fini sur le bûcher, tout comme le philosophe César Vanini, condamné et brûlé sur le bûcher en 1619). Le libertinisme, si discret soit-il, est sans doute le plus efficace à ébranler les habitudes de pensée et les croyances officielles. Guillaume Amfrye, abbé de Chaulieu (1639-1720), est l’un des derniers libertins savants dont la pensée et les valeurs morales perdurent jusqu’à la génération de Voltaire, son disciple.

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