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mémoires (littérature)

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XénophonXénophon
Plan de l'article
1

Présentation

mémoires (littérature), témoignage écrit d’événements auxquels l’auteur a participé ou assisté au cours de sa vie publique ou privée. L’auteur des mémoires est en général un personnage public, témoin et/ou acteur de faits historiques. Devenus genre littéraire à la fin du xviie siècle, les mémoires connaissent un grand succès au xviiie siècle.

2

Tentative de définition

2.1

Mémoires et mémorialistes

Le terme « mémoire » au masculin est attesté dès la fin du xiie siècle pour définir une « relation par écrit », avant d’être le plus souvent utilisé à la fin du Moyen Âge pour les relations de causes judiciaires. Au xvie siècle, avec la parution en 1524 des Mémoires de Philippe de Commynes, le terme au masculin pluriel, « mémoires », emprunté au latin memoriae (« souvenir rapporté », « annales »), prend le sens de témoignages écrits d’événements auxquels l’auteur a participé ou assisté. Le genre littéraire naît de cette acception au xviie siècle et désigne avant tout des récits-témoignages d’historiens ou de personnalités qui ne sont pas des écrivains (militaires, hommes d’Église, hommes d’État, nobles, etc.). Par glissement de sens, les mémoires regroupent très vite des textes autobiographiques d’écrivains (galants, courtisans, dames et personnalités du monde, etc.), soucieux de témoigner de leur époque, de leur vie à la cour, par exemple. Au xviie siècle, le genre influence des romans fictifs, construits sur le schéma des mémoires (et qui en prennent le nom), relatant la vie de personnages historiques imaginaires. Le mot « mémorialiste » (1726) s’applique d’abord aux auteurs des mémoires à caractère historique, avant de désigner plus généralement tous les auteurs de mémoires.

2.2

Entre histoire et autobiographie

Les mémoires sont un genre à la frontière entre l’histoire et le récit autobiographique. Proche de la chronique, les mémoires s’opposent au journal par leur caractère rétrospectif, mais peuvent parfois se confondre avec les confessions (les Confessions de Jean-Jacques Rousseau).

Récit subjectif, les mémoires sont des témoignages protéiformes d’événements de l’histoire ou de l’époque vécue par l’auteur. Sources historiques, bien que partiales, les mémoires se distinguent de l’historiographie et des récits des historiens en général par leur focalisation personnelle, mais s’en rapprochent par la volonté de l’auteur de retranscrire une vérité historique. Cependant cette vérité n’est pas la stricte vérité historique des faits, mais une vérité toute personnelle, celle de l’auteur, qui, à travers le prisme de ses souvenirs reconstruit l’histoire.

Les mémoires ne sont pas non plus à proprement parler des autobiographies, telles qu’on peut les définir, car le regard du narrateur-auteur n’est pas centré sur lui-même, mais sur son époque et sur des faits qu’il a vécus. L’auteur propose néanmoins une vision autocentrée de ces événements, et des digressions toutes subjectives. Le genre, s’il témoigne de l’histoire, permet donc également de porter un regard rétrospectif sur soi, en forme de confession (les Confessions de saint Augustin, l’Histoire secrète de Théodore Agrippa d’Aubigné, par lui-même ou la Vie de Benvenuto Cellini écrite par lui-même), d’interrogation (Mémoires d’une jeune fille rangée, de Simone de Beauvoir), de libération affective (Mémoires d’un fou, de Gustave Flaubert) ou d’exposition narcissique (Mémoires ou Histoire de ma vie, de Giovanni Giacomo Casanova).

3

Histoire des mémoires

3.1

De l’Antiquité au Moyen Âge

Le genre apparaît dès l’Antiquité avec l’Anabase (en grec Anabasis, littéralement « expédition dans l’intérieur d’un pays ») de Xénophon, qui relate l’expédition de Cyrus le Jeune et la retraite des Dix Mille auxquelles l’auteur a participé et assisté. Le roi d’Épire, Pyrrhus, aurait également rédigé plusieurs mémoires sur l’art de la guerre, mais aucun manuscrit n’a été conservé. La Grèce antique ayant ouvert la voie à ce type de relation, les Romains s’en inspirent et rédigent à leur tour des mémoires qu’ils appellent commentaires (commentarii). Les illustres Romains, comme Jules César (Commentaires de la guerre des Gaules ; Commentaires sur la Guerre civile, 44 av. J.-C.), les généraux Sylla et Lucullus (les commentaires de ces deux derniers ont été perdus), racontent sous cette forme leurs souvenirs publics et militaires.

Par ailleurs, certains ouvrages historiques et biographiques peuvent être également rapprochés des commentaires, notamment ceux de Salluste, les compilations de Valère Maxime (Faits et Dits mémorables, ier siècle av. J.-C.), les récits de Procope (Livre des guerres ou Histoire des guerres de Justinien ; Anecdota ou Histoire secrète) ainsi que le 1er Discours (374) du poète grec Libanios.

Au Moyen Âge, les récits des croisades sont les premiers écrits apparentés aux mémoires. Ainsi l’Histoire de la conquête de Constantinople (v. 1207), œuvre de Geoffroi de Villehardouin maréchal de Champagne et croisé, est sans doute l’un des premiers ouvrages du genre en français. C’est cependant Philippe de Commynes qui avec ses Mémoires (1524) donne l’exemple le plus représentatif des premiers mémoires. L’œuvre de ce diplomate dresse les portraits des princes qu’il a côtoyés et évoque les conflits auxquels il a participé. Ses Mémoires sont aujourd’hui considérés comme l’un des premiers ouvrages d’analyse politique moderne, grâce à des portraits avisés et à la juste mesure des causes et des conséquences des événements. À la différence de l’historien ou du chroniqueur, le mémorialiste Philippe de Commynes cherche à mettre en lumière les événements, ou à en donner un témoignage personnel, et se pose en juge, parfois même en moraliste ou en apologiste. De cette époque datent également les Mémoires (posth. 1562) de Messire Olivier de la Marche, un témoignage particulièrement intéressant sur l’histoire du xve siècle.

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