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Plan de l'article
Présentation ; « Précieux », « précieuse », « préciosité » ; Les origines de la préciosité : l’hôtel de Rambouillet ; Le salon de Mademoiselle de Scudéry ; La préciosité : l’art de la conversation ; Le style précieux ; Les genres et les œuvres de la préciosité ; Témoignages et parodies ; Critique et postérité
préciosité, courant littéraire et de pensée essentiellement parisien qui se développe au xviie siècle dans les salons littéraires, et connaît son apogée entre 1650 et 1660 autour de quelques figures précieuses, dont Mademoiselle de Scudéry
Dérivé du terme latin pretiosus, « qui a du prix, coûteux », l’adjectif « précieux » a d’abord au Moyen Âge le sens religieux de « vénérable » avant de caractériser quelque chose de coûteux ou une personne qui est respectable. C’est au xviie siècle, en 1659 avec Molière, que l’adjectif « précieux » qualifie quelque chose ou quelqu’un de raffiné, « qui a du prix ». Très vite ce raffinement se précise et s’attache à l’habillement, au langage, et aux manières (1669). La première attestation du substantif « précieuse » date de 1654 : « Il y a une nature de filles et de femmes à Paris que l’on nomme ‘précieuses’, qui ont un jargon et des mines avec un détachement merveilleux : l’on en a fait une carte pour naviguer en leur pays » (lettre du Chevalier Renaud de Sévigné à Christine de France, duchesse de Savoie). Très vite ce substantif féminin qualifie des femmes du grand monde raffinées (aristocrates et parfois bourgeoises) affectant dans leurs manières, leurs discours et leurs sentiments une délicatesse parfois jugée excessive. En 1659, le substantif masculin est également avéré tandis que l’appellation prend une connotation péjorative. Quant au terme « préciosité », il désigne les manières « affectées » des précieux et précieuses à partir de 1664. Les emplois de « préciosité » pour définir le courant littéraire et de pensée sont tardifs (1881 et 1888).
Dès le xvie siècle divers courants européens « précieux » émergent : l’euphuisme, initié par John Lyly (v. 1554-1606) à la cour d’Élisabeth Ire d’Angleterre, et surtout le marinisme hérité de la poésie de Giambattista Marino et le gongorisme, dans la lignée de l’œuvre de Luis de Góngora y Argote. En France, il existe déjà depuis le Moyen Âge une tradition « précieuse » qui s’est traduite par la galanterie et la courtoisie par exemple ou par une certaine poésie lyrique. Cependant, sous le règne d’Henri IV, les manières à la cour sont on ne peut plus grossières. Quelques aristocrates et gens de lettres, pour fuir ces manières rustres, se réunissent dans des salons. Ces cercles, la plupart du temps tenus par des femmes qui reçoivent qui elles veulent dans leur ruelle (espace situé entre le mur de leur chambre et leur lit où elles se tiennent), réunissent des mondains et des grands esprits afin de cultiver le bon goût et le raffinement tant langagier que moral et vestimentaire. L’hôtel de Rambouillet, tenu par Catherine de Vivonne, marquise de Rambouillet (appelée dans son salon Arthénice — anagramme de Catherine), est le salon qui a connu la plus grande longévité (1607-v. 1660) et le cercle le plus « brillant » (Madame de Rambouillet y reçoit de grands aristocrates et intellectuels : le grand Condé, le duc de La Rochefoucauld, Vincent Voiture, Gilles Ménage, Madeleine de Scudéry, parfois Pierre Corneille, la marquise de Sévigné ou Madame de La Fayette, etc.). C’est dans ces lieux confinés, où se rencontrent tous ceux qui fuient la cour, que naît ce que l’on a appelé plus tard la préciosité.
À partir des années 1650, de nouveaux salons s’ouvrent à Paris, ceux de Mesdames Sablé, Scarron (future Madame de Maintenon), de Choisy, de la comtesse de la Suze, de Mesdemoiselles de Montpensier, de Sully ou de Scudéry. D’autres salons s’ouvrent également en province, à Lyon, Riom, Montpellier ou Grenoble. Entre 1652 et 1659, Mademoiselle de Scudéry (appelée Sapho dans son salon), qui a brillé par sa culture et son esprit chez Madame de Rambouillet, reçoit à son tour dans son propre salon chaque samedi de nombreuses personnalités mondaines et littéraires. Très vite devenu le salon « à la mode », dans lequel se presse tout un chacun, le salon de Mademoiselle Scudéry, moins mondain et plus intellectuel que ses prédécesseurs, est le lieu où il faut être pour commenter avec esprit les potins et surtout les faits littéraires, où se tiennent des débats sur l’amour idéal et où s’organisent des joutes poétiques où l’on sublime l’amour. Mademoiselle de Scudéry est l’une des premières personnalités que l’on appelle « précieuse ». C’est grâce à elle que la littérature précieuse — caractérisée par la rareté du lexique et par une sophistication extrême de la tournure —, se propage dans les milieux mondains. Romancière elle-même, Mademoiselle de Scudéry porte l’essentiel de sa réflexion sur les rapports entre les hommes et les femmes.
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