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daguerréotypeArticle
Plan de l'article
Présentation ; Une invention révolutionnaire ; Le procédé originel de Daguerre ; Les améliorations ultérieures ; Une véritable « daguerréotypomanie »
Une fois cette préparation terminée, l’image doit être prise rapidement. La plaque est alors exposée face au sujet, qui va réfléchir les rayons lumineux. Dans les zones insolées, les cristaux d’iodure d’argent se transforment en argent métallique et forment l’« image latente ». Pour qu’il y ait formation d’une image, l’exposition doit être longue (environ quinze minutes) et le sujet intensément éclairé, car la sensibilité de l’iodure d’argent est faible.
Après la prise, le traitement de la plaque nécessite encore des soins rigoureux. La plaque impressionnée est disposée dans une boîte contenant une cuve de mercure chauffé. Dans les zones exposées (où se trouve l’« image latente »), les vapeurs de mercure se combinent avec l’argent (amalgame) et forment un dépôt blanchâtre qui correspond aux parties claires de l’image. Sur les parties non insolées, il n’y a pas constitution d’amalgame. Afin de fixer l’image, la plaque est ensuite trempée dans une solution d’hyposulfite de sodium peu concentrée (ou, plus simplement, dans une solution salée au sel de cuisine). L’iodure d’argent n’ayant subi aucune transformation est alors dissous — formant ainsi les ombres de l’image.
Le daguerréotype fournit une étonnante précision dans la restitution des détails et une grande diversité de niveaux de gris. Mais des caractéristiques désavantageuses sont inhérentes au procédé : l’image est inversée, l’exemplaire est unique et la contemplation difficile. En effet, suivant l’incidence de la lumière et l’angle d’inclinaison, l’observateur peut voir l’image comme un positif ou comme un négatif, voire un mélange des deux. Les longues minutes de pose excluent l’enregistrement des sujets mobiles. C’est la raison pour laquelle les premiers daguerréotypes sont plutôt des natures mortes (Intérieur d’un cabinet de curiosités, Jacques Daguerre, 1837) et des vues urbaines (Vue du boulevard du Temple, à Paris, Jacques Daguerre, 1839). Ainsi, la Vue du boulevard du Temple, à Paris n’enregistre pas les piétons ou les fiacres ; seuls subsistent un cireur de chaussures et son client immobile pendant l’opération. Le portrait nécessite quant à lui que la tête du modèle soit maintenue à l’aide d’un appui ; cependant le sujet, qui ne peut s’empêcher de ciller des yeux, présente à l’image un regard morne. La correspondance de Jacques Daguerre mentionne néanmoins des tentatives de portraits « assez bien réussis » dès 1835 (M. Huet, 1837, le plus ancien portrait photographique conservé). Dernière particularité du daguerréotype, la plaque fragile doit se conserver sous verre.
Le procédé du daguerréotype bénéficie de nombreuses améliorations après le brevet de Jacques Daguerre. Dès 1839, le baron Pierre-Armand Séguier invente le premier appareil à chambre pliable à soufflet, ce qui abaisse le poids de l’appareil de 50 à 18 kg. L’année suivante, Hippolyte Fizeau, physicien français, préconise l’utilisation du chlorure d’or pour le fixage, ce qui confère à l’image beauté et solidité. En mai 1841, Antoine Claudet, photographe français installé à Londres, perfectionne la préparation des plaques daguerriennes en employant du bromure d’iode ; cette substance augmente la sensibilité des plaques et réduit le temps de pose à quelques secondes. Antoine Claudet inaugure également le coloriage des daguerréotypes, les rendant plus attrayants encore. D’autres innovations améliorent encore le daguerréotype, telles que l’adjonction d’un prisme (corrigeant l’inversion de l’image) ou la mise en place d’un objectif plus lumineux (permettant de réduire le temps de pose). Au début des années 1840, Léon Foucault prend les premiers clichés de vues microscopiques à l’aide d’un microscope assemblé à une chambre daguerrienne (Globules de ferment de levure, 1844) ; avec Hippolyte Fizeau, il réalise les premières vues stéréoscopiques (daguerréotype de la surface du Soleil, 1845) ; pour sa part, Frédéric von Martens invente un appareil panoramique appliqué au daguerréotype et obtient les premières vues panoramiques (Vue panoramique des bords de Seine, 1845).
Dès 1839, le daguerréotype est un succès commercial : des milliers de plaques sont vendues, des équipements complets portant la griffe de Daguerre sont fabriqués par son beau-frère, Alphonse Giroux. Chacun veut capter l’image qui s’offre à sa vue, de sa fenêtre. Afin de propager sa découverte, Jacques Daguerre fait publier la brochure Historique et description des procédés du daguerréotype et du Diorama (1839), traduite et rééditée à de nombreuses reprises. Des démonstrations sont proposées au palais d’Orsay. Jacques Daguerre y réalise lui-même quelques vues de la Seine et des quais. En 1847, on compte cinquante-six studios de daguerréotypie dans la seule ville de Paris. Libre de droits (sauf en Grande-Bretagne où son essor est un temps limité), l’invention franchit les frontières et, partout en Europe, émerveille par sa radicale nouveauté. Dès novembre 1839, les peintres Horace Vernet et Frédéric Goupil-Fesquet réalisent des daguerréotypes en Égypte. Samuel Morse, peintre et inventeur du télégraphe électrique, diffuse le daguerréotype aux États-Unis, où il connaît un succès rapide et durable. En 1840, il ouvre avec John William Draper un atelier dans lequel se forment quelques photographes appelés à devenir célèbres (Edward Anthony, Mathew B. Brady, Albert Sand Southworth). Le daguerréotype devient le substitut en vogue de la peinture de portrait, avec un modèle moins apprêté dans sa mise vestimentaire et sans le décorum des tableaux.
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