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Fréhel

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Plan de l'article
1

Présentation

Fréhel (1891-1951), interprète française.

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Une enfant de la rue

Née à Paris, sous le nom de Marguerite Boulc’h, Fréhel est une enfant de la rue. Sa vie ressemble à ces chansons noires dont elle finira par se faire une spécialité. Ces chansons que l’on prétend réalistes, où le drame se pare tour à tour des oripeaux de l’espoir et de la poisse.

Fille d’un ancien marin breton devenu invalide après avoir été happé par une locomotive, et d’une mère ramenant régulièrement ses amants à la maison, la petite Marguerite est très tôt livrée à elle-même et commence à chanter dans les cours dès l’âge de cinq ans, en compagnie d’un vieil aveugle qui l’accompagne à l’orgue de Barbarie. Adolescente, sa voix et sa beauté la font remarquer par la Belle Otero, qui la prend sous sa protection et la fait débuter à la Brasserie de l’Univers sous le nom de Pervenche. Elle n’a alors que quatorze ans et chante bientôt à la Taverne de l’Olympia, pour un litre de café et quelques croissants par représentation.

3

Le succès… et sa rançon

En 1908, enceinte — mais l’enfant ne vivra pas —, elle épouse Robert Hollard, dit « Roberty », jeune bourgeois noceur par ailleurs comédien, professeur de chant et de diction, qui sera également le mentor et l’amant de Damia. Celui-ci lui fait modifier son répertoire, et le succès vient rapidement avec « Sur les bords de la Riviera ». Le contraste entre la gouaille faubourienne de la chanteuse et son allure svelte, gracieuse et distinguée est saisissant. Touchant le public populaire, grâce à sa voix chaude et sa diction sans artifice, Pervenche devient également la coqueluche du Tout-Paris de la nuit. Elle s’étourdit alors de fête en fête, absorbe en quantité alcool et cocaïne et défraie la chronique par ses multiples liaisons ; jusqu’à ce qu’une passion malheureuse pour Maurice Chevalier — qui la quitte pour Mistinguett — l’amène à une tentative de suicide, puis à un exil volontaire de onze ans (à Saint-Pétersbourg, où la grande-duchesse Anastasia la réclame, à Bucarest et à Constantinople).

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Une voix forgée au feu de tous les malheurs

Lorsqu’elle revient en France en 1923, droguée et physiquement méconnaissable, Pervenche s’est effacée derrière une Fréhel obèse et vieillie, qui se présente au public de l’Olympia comme « l’inoubliable inoubliée ». L’entreprise serait pitoyable s’il n’y avait cette voix forgée au feu de tous les malheurs, portant chaque mot au paroxysme de l’émotion. Le public lui fait un véritable triomphe et, en quelques semaines, la chanteuse retrouve son statut incontesté de vedette populaire. C’est le début d’une seconde carrière, bien plus accomplie que la première, qui verra celle que Piaf n’appelait jamais autrement que « la grande Fréhel » tenir l’affiche des plus grands music-halls pendant plus de vingt ans, enregistrer près d’une centaine de titres (« la Java bleue », « Sans lendemain », « Où sont tous mes amants ? », « Tel qu’il est », « la Coco », etc.), et jouer dans une bonne quinzaine de films, dont l’inoubliable Pépé le Moko de Julien Duvivier (1936), où elle chante « Où est-il donc ? », et l’Éternel Retour de Jean Delannoy (1943).

Pourtant, comme pour rester fidèle à sa légende tragique, c’est dans la misère et la solitude que Fréhel s’éteint, en 1951, dans une sordide chambre d’hôtel de la rue Pigalle. Seule, mais pas oubliée du public populaire, puisque la foule suivra son cercueil jusqu’au cimetière de Pantin, celui que l’on surnomme « le cimetière des chiens ».

Sélection discographique :

  • 1990 - Fréhel 1909-1930 (Chansophone — 100)
  • 1990 - Fréhel (Music Memoria / Virgin — 308 12)
  • 1991 - Fréhel 1927-1934 (Chansophone — 105)
  • 1991 - Fréhel 1926-1936 (Chansophone — 113)
  • 1993 - Fréhel 1933-1939 (Chansophone — 125)

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