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Plan de l'article
Présentation ; Du bouffon de cour… ; … à l’artiste complet ; Renouveau du jonglage depuis les années 1970
jonglage, art de lancer et de maintenir en l’air plusieurs objets en mouvement, pratiqué traditionnellement dans un cirque ou un music-hall, qui a acquis une reconnaissance en tant qu’art autonome depuis les années 1980. On distingue au sein de la pratique le jonglage « lancé » (utilisation de balles, massues, chapeaux, etc.), le jonglage de « contact » (manipulation d’objets à l’aide de différentes parties du corps tout en conservant un contact permanent), le jonglage « gyroscopique » (utilisation d’assiettes plates, du diabolo, du Yo-Yo), le jonglage « d’équilibre » (le jongleur maintient en équilibre un ou plusieurs objets sur une partie de son corps), et l’antipodisme (manipulation d’objets avec les pieds).
La première représentation connue de jongleurs est relatée sur une fresque égyptienne du xviiie siècle av. J.-C., retrouvée dans la tombe de Beni Hassan. On trouve également des représentations chez les Aztèques, notamment d’antipodistes. Le terme de « jongleur » est forgé au Moyen Âge ; dérivé du latin joculator (« rieur »), il témoigne à l’origine du statut conféré au bateleur dans l’Occident médiéval. Il ne prend son sens actuel qu’au xvie siècle. Le « jongleur », jusqu’au xiie siècle, est un professionnel itinérant qui chante et joue les œuvres littéraires composées par les troubadours et trouvères (mais le jongleur peut également être l’auteur), dans les palais ou sur les places publiques. Le jongleur est également celui qui se livre à des manipulations d’objets, à des acrobaties et montre des animaux savants. Il assume aussi le rôle de bouffon : le plus célèbre est Taillefer, bouffon de Guillaume le Conquérant. Au xiiie siècle, l’arrivée dans les cours de ménestrels écarte progressivement les jongleurs, qui ne sont plus alors que de simples exécutants. Le terme désigne alors l’ensemble des bateleurs, manipulateurs de balles et d’épées, équilibristes ou escamoteurs qui se produisent dans les foires.
Les premiers jongleurs qui se produisent sur les pistes de cirque, au début du xixe siècle, viennent d’Inde, du Japon ou de Birmanie. Ils apportent avec eux de nouveaux accessoires (bâtons et grosses boules de coton), adoptés par la suite par les jongleurs occidentaux. À partir de 1870, l’ouverture de nombreux music-halls offre autant de nouvelles scènes aux jongleurs, dont les styles se diversifient. En 1890, le Français Agoust crée l’entrée jonglée dite « du Restaurant », où les objets utilisés sont les couverts, les assiettes, les verres, etc., tandis que l’Allemand Michael Steiner, connu sous le nom de Kara, invente le personnage du gentleman-jongleur, portant haut-de-forme et queue-de-pie — qu’il utilise comme accessoires. L’âge d’or de la jonglerie s’étend des années 1910 à 1940, période qui voit triompher à l’Alhambra de Paris, au cirque Medrano ou au Wintergarten de Berlin un jongleur italien, Enrico Rastelli. « Le plus fort jongleur du monde », en tenue de footballeur, présente un numéro long de quarante-cinq minutes, caractérisé par une inflation d’objets manipulés avec virtuosité. Pour la première fois, le nom d’un jongleur tient le haut de l’affiche et remplit les salles. Après la Seconde Guerre mondiale, tandis que décline le spectacle de cirque et de music-hall en Europe, les jongleurs privilégient la créativité artistique plutôt que la performance physique. Francis Brunn, Bela Kremo, puis son fils Kris, Bobby May ou Bob Bramson perpétuent ainsi sur les grandes scènes américaines une tradition que Sergueï Ignatov ou Stéphane Gruss maintiennent dans les cirques. La quête de l’exploit, toutefois, demeure : en 1993, le jeune Américain Anthony Gatto bat le record du nombre d’objets lancés, avec la manipulation de douze anneaux.
Depuis les années 1970, le jonglage connaît un renouveau spectaculaire, aux États-Unis comme en Europe, où chaque année des milliers d’amateurs s’initient à cet art ; cette popularité féconde par rebonds une pratique professionnelle. Le jonglage, avec l’avènement du « nouveau cirque», prend une nouvelle dimension. Quelques caractéristiques se dégagent : l’abandon du chapiteau pour un dispositif frontal, et l’abandon du numéro basé sur la virtuosité, pour préférer des formes moyennes ou longues. Jérôme Thomas, avec Extraballe, créé en 1990, marque véritablement la naissance du « théâtre jonglé » : minimalisme (jonglage avec une seule balle), usage du second rebond, jonglage à la fois en l’air et au sol, improvisation avec les musiciens. Jérôme Thomas crée une discipline à la croisée de la danse contemporaine et du jonglage, le « jonglage cubique », qui unit la manipulation d’objets et la gestuelle corporelle dans un « ballet jonglé » — comme en témoigne sa pièce Rain/Bow (2006). La génération suivante renonce ainsi à la virtuosité pure pour préférer la création d’un spectacle « total », où les artistes peuvent explorer de nouveaux univers et tisser des liens avec la danse, le théâtre, ou d’autres arts du cirque comme le clown, l’acrobatie, le mime, etc. Au milieu des années 1980, une méthode de notation du jonglage inventée par des mathématiciens américains, le siteswap, permet de transcrire les figures de jonglage, et d’imaginer de nouveaux gestes en testant leur faisabilité. Denis Paumier, jongleur-chercheur qui se pose à l’opposé du théâtre jonglé, est l’un des premiers en France à l’exploiter, notamment dans Contrepoint (2004), une pièce écrite graphiquement avant d’être réalisée.
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