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chanson françaiseArticle
Plan de l'article
Présentation ; La transmission des chansons ; Les premiers auteurs, compositeurs et interprètes de chansons en France (1800-1950) ; La naissance de la chanson française : la chanson « rive gauche » (années 1950) ; Le yé-yé et la guitare électrique (années 1960) ; Les mutations de la chanson française (années 1970) ; La chanson française s’ouvre à de nouveaux horizons musicaux (années 1980) ; Une chanson française aux multiples identités (depuis 1990)
Si l’on excepte Georges Brassens ou Jacques Brel, qui ont poursuivi leur carrière, impavides, portés par leur public, les auteurs-compositeurs-interprètes ont tous souffert de la vague yé-yé : la chanson rive gauche connaît dans les années 1960 un net recul, qui dure environ une décennie. Puis émerge un nouveau courant, une relève novatrice et pourtant fidèle à ses origines. En fait, il existe deux mouvements contraires : l’un qui tend vers le retour aux sources, vers la tradition, et l’autre qui pousse au changement, à la mutation.
Du côté de la tradition, il faut noter les références constantes de jeunes artistes : Serge Lama chante Jacques Brel (il lui consacre un disque entier), Maxime Le Forestier puis Renaud chantent Georges Brassens (deux disques pour le premier, un pour le second), Catherine Ribeiro chante Édith Piaf, Bernard Lavilliers interprète Léo Ferré, Julien Clerc chante Édith Piaf ou ou Léo Ferré sur scène, Jacques Higelin chante Charles Trenet, tandis que Serge Gainsbourg donne une interprétation provocatrice de « Mon légionnaire », à cent lieues de la façon dont Édith Piaf chante cette chanson. Tous semblent indiquer de quel côté se trouvent leurs racines, dessinant ainsi une généalogie de la chanson française, un héritage et un patrimoine qu’ils respectent et entendent préserver.
Mais les forces de mutation sont à l’œuvre. L’électrification des instruments puis la numérisation, l’utilisation des synthétiseurs, l’échantillonnage des instruments et des sons, changent les conditions de la création. En outre, les lieux de spectacles évoluent vers le gigantisme. Les cabarets disparaissent lentement et les artistes se produisent dans des endroits de plus en plus grands : le Palais des sports, le Palais des congrès, et plus tard, le Zénith, le Palais omnisports de Bercy, pour ce qui concerne Paris, des chapiteaux, des stades pour les tournées en province. Alors qu’un cabaret moyen des années 1950 pouvait contenir une cinquantaine de spectateurs, Bercy peut en accueillir quinze mille. Et cette évolution vers le gigantisme rend impossibles les jeux de scène à l’ancienne, imposant une évolution des prestations ; les éclairages prennent une grande importance, la mise en scène devient l’une des principales composantes du spectacle. La prestation d’un Georges Brassens guitare en bandoulière et le pied posé sur un tabouret n’est plus qu’un souvenir lointain.
La conséquence peut-être la plus visible de cette évolution des technologies musicales et scéniques est l’explosion de la variété dans les années 1970, qui connaît son heure de gloire avec l’apparition du disco. Certains chanteurs en sont issus, beaucoup s’y sont reconvertis — Patrick Juvet, Cerrone, Mike Brant, Michel Fugain, Mireille Mathieu, Frédéric François, Stone et Charden, Sheila, Michel Sardou, Dalida, Michel Polnareff, Nicole Croisille, Michel Berger et France Gall, etc. —, mais peu, une fois la mode passée, parviendront à pérenniser leur succès.
Cependant, dans ce mouvement dialectique entre tradition et mutation, et à l’exception de quelques artistes au talent irréductiblement singulier, comme Gérard Manset, Jacques Higelin ou William Sheller, pour ne citer que les plus connus, c’est finalement la tradition qui l’emporte. La chanson à texte ressort de l’ombre en utilisant les nouvelles technologies. Si Maxime Le Forestier débute avec une guitare sèche entouré d’une petite formation (une deuxième guitare, une contrebasse), avec des musiques inspirées de Georges Brassens et de l’héritage hippie (voir mouvement hippie) de la côte ouest des États-Unis (« San Francisco », 1972), si Bernard Lavilliers, Alain Souchon, Yves Simon et bien d’autres encore se produisent d’abord en grattant leur guitare, tous vont d’une façon ou d’une autre assimiler le changement, intégrer dans leur univers la musique électrique et les nouveaux rythmes. Cette « nouvelle chanson française » (l’expression, lancée par Alain Souchon, est reprise dans la presse et devient même le nom d’une émission de radio spécialisée) culmine au tournant des années 1970 et 1980. Yves Simon, Alain Chamfort, Michel Jonasz, Francis Cabrel et Bernard Lavilliers en sont les principaux fleurons. Tous sont marqués par les musiques nouvelles et n’ignorent rien du rock qui, parallèlement, continue son évolution ; Michel Jonasz flirte avec le jazz, Bernard Lavilliers évolue entre rock et rythmes tropicaux (salsa et reggae notamment), tandis que d’autres, comme Pierre Vassiliu, sont marqués par les rythmes africains. Parallèlement cette démarche d’ouverture à des sonorités inédites, tous restent attachés à la chanson à texte, dans le droit fil de leurs aînés et d’autres modèles anglo-saxons comme Bob Dylan, Leonard Cohen ou John Lennon. Les auteurs-compositeurs-interprètes demeurent la caractéristique principale de la chanson française.
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