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feuilleton

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Médias
Sue, les Mystères de ParisSue, les Mystères de Paris
Plan de l'article
3.2

Succès et nouvel enjeu financier

Le changement de statut du roman-feuilleton se produisit lorsque les directeurs de revue se rendirent compte de l’impact publicitaire que pouvait représenter un nom célèbre ou le suspens d’un récit bien mené.

L’une des plus spectaculaires réussites financière du roman-feuilleton fut la publication des Mystères de Paris d’Eugène Sue dans le Journal des débats (140 épisodes en 1842-1843) : le succès phénoménal permit même de sauver le journal qui périclitait. Eugène Sue renouvela l’exploit en 1844-1845 en publiant son roman le Juif errant dans le Constitutionnel, ce qui provoqua une impressionnante vague d’abonnements à ce journal.

Très vite, les plus grands auteurs n’hésitèrent pas à publier leurs œuvres en feuilleton, dans la presse quotidienne ou hebdomadaire, avant de les faire paraître en volume : Alfred de Musset se plia à l’exercice avec ses Comédies et Proverbes qui, par leur brièveté, s’y prêtaient bien. Poussé par le besoin d’argent, Chateaubriand se résigna à confier à Girardin ses Mémoires d’outre-tombe ; la publication posthume du chef-d’œuvre dans la Presse débuta le 21 octobre 1848.

Mais le maître du genre fut sans nul doute Alexandre Dumas. Son roman Capitaine Paul, paru dans le journal le Siècle en 1838, lui apporta un succès qu’il sut renouveler avec des récits tels que les Trois Mousquetaires (1844) ou Joseph Balsamo (1846-1850), pour n’en citer que deux. En 1845, le romancier négocia habilement l’exclusivité de sa production, s’assurant ainsi des revenus confortables.

Dès les années 1840, le feuilleton était devenu un passage obligé pour tout littérateur. On sait que la plupart de romans d’Honoré de Balzac furent d’abord publiés sous forme de feuilleton avant de paraître en volume. Plus tard, Émile Zola publia lui aussi la plupart de ses ouvrages de cette façon mais, mieux que son prédécesseur, il sut utiliser pleinement l’effet promotionnel du feuilleton ; il remporta d’ailleurs quelques grands succès financiers, par exemple avec son roman Nana, qui fit scandale dans la presse et se vendit à 55 000 exemplaires le jour même de sa parution en librairie (1880).

4

Contraintes et limites du genre

4.1

Contraintes du roman populaire

Contrairement à ce que certains littérateurs élitistes ont pu prétendre, le public du roman-feuilleton était varié ; essentiellement populaire, le genre touchait aussi les classes bourgeoises et cultivées. Les œuvres étaient également variées, de même que les auteurs ; à côté des spécialistes du roman populaire, âpres au gain, ou des débutants peu susceptibles de faire comprendre leurs scrupules littéraires à la direction des journaux, des auteurs honorables trouvèrent dans le feuilleton un moyen de gagner leur vie ; ils ne cédèrent pas tous à la contrainte économique, mais leur indépendance de créateurs était souvent mise en péril par le système même du roman-feuilleton.

4.2

Contraintes économiques et temporelles

Assujetti, plus que le livre, à des contraintes économiques à court terme (la vente du numéro suivant de la revue), le récit en feuilleton permettait rarement aux auteurs de disposer d’un temps suffisant pour une grande recherche de qualité, à moins qu’ils ne proposent aux journaux un récit déjà finalisé. Le rythme de travail qu’imposait le feuilleton était soutenu et extrêmement régulier : Balzac, endetté, dut se plier longtemps à ces lois ; il se plaignit souvent de travailler comme un forçat. George Sand, sous contrat pour un roman intitulé Jeanne, s’était engagée à livrer une copie hebdomadaire, mais déplorait de ne pouvoir assurer à cette cadence une qualité satisfaisante.

4.3

Contraintes formelles

Le feuilleton populaire imposait en outre des thèmes ou des schémas narratifs, tels que l’idylle amoureuse ou la multiplication des rebondissements de l’action ; il imposait aussi de créer un effet de suspens à la fin de chaque épisode. Il incitait en outre les auteurs les moins scrupuleux — ou les plus nécessiteux — à adopter une certaine forme d’écriture : le tarif étant fixé à la ligne, Alexandre Dumas multipliait par exemple les lignes courtes (que permettaient les dialogues, par exemple). Ponson du Terrail décidait des épisodes de ses romans en tenant compte de l’opinion des lecteurs.

5

Évolution du genre

Critiqué pour des raisons politiques ou économiques (il fut accusé d’être nuisible à l’industrie du livre), le roman-feuilleton continua pourtant d’exister et de faire connaître des auteurs populaires tels que Émile Gaboriau ou Maurice Leblanc.

Aujourd’hui, même si certains romans, notamment dans le genre policier, paraissent encore en avant-première dans la presse populaire, c’est la télévision qui, pour une large part, a repris la forme narrative du feuilleton.

Voir Narration ; Nouvelle ; Roman.

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