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Présentation ; Aux origines du monopole ; La « guerre des ondes » ; L’impossible émancipation ; La libéralisation des ondes ; Un nouveau paysage radiophonique
radio, histoire de la, étapes et caractéristiques de l’extension des réseaux de radiodiffusion en France. Née au début du siècle, la radio prend son essor dans l’entre-deux-guerres, dans une situation marquée par le monopole de l’État sur le droit à la diffusion. Les années d’après-guerre et la période 1960-2000 voient, parallèlement à la modernisation des techniques de radiodiffusion, la disparition de ce monopole, qui donne naissance à un paysage radiophonique extrêmement diversifié.
Après son expérimentation militaire (avec les puissantes stations radiotélégraphiques de l’Empire colonial, puis pendant la Première Guerre mondiale), la TSF (télégraphie sans fil) n’est offerte au grand public qu’à partir de 1921-1922. Dès l’origine, à cause de son usage militaire, la radio est considérée par les pouvoirs publics comme une nouvelle technologie, non comme un nouveau moyen d’information. Elle ne bénéficie donc pas, comme la presse, du régime très libéral de la loi de 1881 et elle est placée sous la juridiction du ministère des PTT, conformément à une tradition monopolistique sur les postes et le télégraphe. En 1921, un an après les premières émissions américaines, l’émetteur militaire de la tour Eiffel diffuse météorologie, nécrologies et cours de la bourse. En 1923, la Station radioélectrique d’essai de l’École supérieure des PTT émet à son tour. Parallèlement, un premier opérateur privé, Émile Girardeau, est autorisé à créer, en 1922, une station privée : Radiola. Elle diffuse des annonces, de la musique, des dépêches et cherche à promouvoir les récepteurs Radiola. À cette date, rien encore ne régit le régime de la diffusion radiophonique. Mais, dès 1923, la loi du 30 juin en précise le statut juridique en affirmant la liberté de réception, sous réserve de déclarer la possession d’un poste à la mairie de son domicile, pour des motifs touchant à la défense nationale. Ce texte législatif consacre le monopole d’État sur l’émission, mais permet la création de postes privés, soumis à une autorisation administrative et à des contrôles périodiques. Créé en 1926, le Service de la radiodiffusion est chargé de cette surveillance. Dès lors, le réseau national connaît un développement important : par le biais de postes régionaux appartenant à l’État, mais gérés, d’une part par des associations d’auditeurs issues des clubs « sans-filistes » ou « galénistes » (de poste à galènes) qui favorisent l’expansion du parc radiophonique ; et d’autre part par le biais de postes privés. Aux côtés des radios parisiennes, comme le Poste parisien (propriété du quotidien le Petit Parisien) ou Radio Vitus, il existe de nombreuses radios provinciales (Radio Lyon, Radio Toulouse…) nées sur l’initiative de collectivités locales, d’organisations agricoles, de journaux. Les programmes de ces postes donnent une large part à l’actualité locale, aux langues régionales, aux événements culturels ou folkloriques. Leur financement est essentiellement publicitaire. Mais il est encore très difficile de les capter : « Il faut savoir régler les cadrans du récepteur au quart d’angle près, savamment orienter le cadre antenne avant de parvenir à entendre les premiers crachotements signalant la proximité d’une émission » (Agnès Chauveau, Philippe Tétart, 1999).
D’expérimentale, la radio devient bientôt un média à part entière, source d’information et de divertissement, qui éveille les appétits politiques, financiers et industriels. Dès la fin des années 1920, plusieurs facteurs déterminent une tentative de reprise en main du secteur de la radiodiffusion par l’État, conscient de son poids : 4 millions de postes en 1937 et 5 millions en 1940 (contre 1,3 million en 1933) touchent une part grandissante de la population. L’observation de l’usage de la radio aux fins de propagande par le régime nazi en Allemagne et le durcissement des affrontements politiques en France ne sont pas étrangers à cette reprise en main : la radio divertit, informe, mais elle apparaît aussi comme un éventuel outil de contrôle de l’opinion. Pour autant, les tergiversations législatives des années 1920 se clôturent sur un texte de mars 1928 consacrant l’existence d’un double secteur : privé et public. Nonobstant, traduisant ce changement de perspective de l’État, la loi crée la redevance radiophonique en 1933, tandis qu’un décret de 1935, dû à Georges Mandel, ministre des PTT, prévoit que les pouvoirs publics nommeront une partie des membres des conseils d’administration des stations publiques, auxquels s’ajoutent des représentants des auditeurs ayant payé la redevance. Les premières élections radiophoniques sont démocratiques, mais, progressivement et malgré de vigoureuses protestations, l’État s’emploie à vider les conseils d’administration de l’essentiel de leurs pouvoirs. En juillet 1939, un décret met fin à la gestion collective des postes : ils passent sous la coupe administrative de la présidence du Conseil. Il n’en reste pas moins que, dès le début des années 1930, la radio du « double secteur » étend sa toile. Le réseau d’État comprend une quinzaine de stations provinciales (Radio Rennes, Radio Limoges, Radio Strasbourg…) et parisiennes (Paris PTT, station de la Tour Eiffel, Poste Colonial et Radio Paris). D’autre part, on compte treize postes privés, répartis entre neuf stations provinciales (Agen, Béziers, Bordeaux et Toulouse notamment) et quatre postes parisiens (Radio Paris ex-Radiola, Poste Parisien, Radio Vitus, Radio-Cité). Le réseau des postes innove : les « radio-crochets » (qui révèlent notamment Édith Piaf ou Charles Trenet), l’émission la Course au trésor (animée par Pierre Dac sur le Poste parisien), la retransmission de concerts, de pièces de théâtre, l’introduction sur Radio Cité des premières émissions en direct faisant participer les auditeurs, les retransmissions sportives (Tour de France en premier lieu) sont autant de facteurs qui contribuent à asseoir l’audience populaire et à l’inscrire comme une nouvelle pratique culturelle. En tant que moyen de diffusion et de communication de masse, la radio joue donc durant l’entre-deux-guerres un rôle de désenclavement du territoire national comparable à celui qu’a joué la télévision depuis les années 1960. Elle influence les mentalités et la représentation de l’information et du divertissement médiatique. Les hommes politiques, tels André Tardieu ou Gaston Doumergue, découvrent les possibilités de ce moyen de communication et développent, à partir de 1932-1934, le principe des causeries radiodiffusées. En 1936, pour la première fois, les élections législatives (qui voient la victoire du Front populaire) se déroulent en partie à la radio. Parvenu au pouvoir, le gouvernement Léon Blum n’hésite pas, d’ailleurs, à concevoir la radio comme un outil d’éducation populaire avec, notamment, les émissions scolaires voulues par le ministre de l’Éducation nationale, Jean Zay. À la veille de la guerre, la radio a donc non seulement pris une place importante dans le quotidien des Français, mais elle est aussi devenue un fort enjeu politique.
La « guerre des ondes » constitue une étape forte de l’histoire de la radio. Dès le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, la radio, directement rattachée à la présidence du Conseil, par le truchement d’un Commissariat général chargé d’organiser et de coordonner les services de propagande, est soumise à un étroit contrôle. Sous l’Occupation, ce contrôle échoit aux autorités allemandes. Celles-ci imposent Radio Stuttgart et soumettent les postes français à une étroite surveillance tout en assurant directement la gestion de Radio Paris. Cette dernière, outre la diffusion d’émissions de variétés et la retransmission de concerts et de pièces de théâtre, attribue un temps d’antenne régulier à Philippe Henriot et à la milice. Dans la Zone libre, le gouvernement de Vichy fait peser la censure sur les radios publiques et privées. De gré ou de force, elles deviennent de fidèles relais de la Révolution nationale du maréchal Pétain, qui n’hésite pas à intervenir sur les ondes à des fins de propagande. Cependant des auditeurs se reconnaissant dans l’esprit de la Résistance et lassés, au début de la guerre, par la langueur peu combative des postes d’État, s’emploient à capter les émissions françaises de la BBC, où se côtoient messages confidentiels et émissions d’information, animées notamment par Maurice Schumann et Pierre Dac, qui figurent parmi les plus connues des « voix de la France » avec le général de Gaulle. Ce dernier incite les Français à la résistance dans son célèbre discours radiodiffusé du 18 juin 1940. La radio joue donc un rôle capital dans la guerre des propagandes, plus que ne le laisse entrevoir cet étroit panorama. En 1944 cependant, après que les postes compromis, comme la presse écrite, ont subi une draconienne épuration, Albert Camus peut affirmer qu’« à énergie égale, la vérité l’emporte sur le mensonge ». En effet, la radio n’a pas eu raison du libre-arbitre des foules et le principe d’une réception critique s’impose chez les analystes de l’influence radiophonique (voir quatrième pouvoir).
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