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Moritz, Karl Philipp

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Moritz, Anton ReiserMoritz, Anton Reiser
Plan de l'article
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Présentation

Moritz, Karl Philipp (1756-1793), écrivain allemand. Son œuvre principale, Anton Reiser (4 volumes, 1785-1790), inspirée de la vie même de l’auteur, est le premier roman psychologique de langue allemande et l’une des œuvres en prose les plus marquantes du XVIIIe siècle.

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Éléments de biographie

Né à Hameln, Karl Philipp Moritz grandit dans la pauvreté entre un père piétiste, et tyrannique, et une mère adepte du quiétisme. Devenu apprenti chapelier, il tente de se donner la mort pour échapper aux brimades tant physiques que psychiques que lui inflige son maître. Il interrompt sa formation en 1770, et, grâce à une bourse, entame des études secondaires puis universitaires en théologie. Il s’essaie un temps au métier d’acteur, mais ses tentatives se soldent régulièrement par des échecs. Il décide alors de parcourir l’Angleterre à pied, périple qu’il retrace avec éclat dans un récit intitulé Voyages d’un Allemand en Angleterre en 1782 (Reisen eines Deutschen in England im Jahre 1782, 1782). Puis, se tournant vers l’enseignement, il exerce comme professeur, à l’orphelinat de Potsdam, tout d’abord (1778), puis au lycée berlinois du Grauen Kloster (1784), comme principal. Quelques années auparavant (1779), il s’est en outre affilié à la franc-maçonnerie.

En 1786, Moritz se détourne de l’enseignement, puis séjourne en Italie, où il vit les deux années les plus heureuses de son existence — Voyages d’un Allemand en Italie de 1786 à 1788 (Reisen eines Deutschen in England in den Jahren 1786 bis 1788, 1792-1793). Il y fait la connaissance de Johann Wolfgang von Goethe, qui l’accueille comme « un jeune frère », et qui empruntera plus tard ses traits pour le personnage de Torquato Tasso, dans son drame éponyme (1789). En 1788, Moritz est invité à rejoindre Goethe à Weimar et devient précepteur du duc Karl August. Sur recommandation de ce dernier, Moritz obtient, en 1789, un poste de professeur d’archéologie à l’université des beaux-arts de Berlin. Alexander von Humboldt assiste à ses conférences, ainsi que Ludwig Tieck et Wilhelm Wackenroder. Ces deux derniers s’en inspireront d’ailleurs pour leur roman à deux mains Épanchements d’un moine ami des arts (Herzensergiessungen eines kunstliebenden Klosterbruders, 1795-1796). En 1791, Moritz devient conseiller aulique et membre de l’Académie prussienne. Emporté par la tuberculose deux ans plus tard, après un mariage raté, il meurt à l’âge de 37 ans.

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Œuvre

Son œuvre majeure est, sans conteste, le roman psychologique à forte coloration autobiographique Anton Reiser, qui le propulse au devant de la scène littéraire et incitera Goethe à remanier son récit d’initiation Wilhelm Meister. Il y dépeint le parcours désabusé du héros dans la période du Sturm und Drang et l’effondrement de ses idéaux d’évasion lyrique et de fuite vers des sphères littéraires, propres au culte du génie de l’époque. En précurseur, Moritz développe ici des notions essentielles de la psychanalyse et de la psychologie de l’individu. Issu d’un foyer où les émotions sont gouvernées par le piétisme, Reiser va, au terme d’une carrière d’écrivain et de comédien avortée, perdre toute confiance en lui. Il sombrera peu à peu dans la dépression. Tragique et « opprimé dès le berceau », mû, malgré tout, par un irrépressible désir d’épanouissement personnel, le héros placera son dernier espoir dans une troupe de théâtre, mais se heurtera à la cupidité du régisseur. Reiser espérait que le théâtre, « véritable monde imaginaire », constituerait « un refuge contre toutes ces contrariétés et ces oppressions ». Mais la dernière phrase du livre tombe comme un couperet : « La compagnie Speische n’était donc plus désormais qu’un troupeau dispersé. »

Ce roman influencera longtemps l’évolution de la littérature allemande. Arno Schmidt (1914-1979), dans l’éloge qu’il en fait, qualifie Anton Reiser de « livre comme aucun autre peuple de la Terre n’en possède ».

Outre Anton Reiser, Moritz a écrit notamment Andreas Hartknopf, Eine Allegorie (1786) et Andreas Hartknopfs Predigerjahre (1790). Un disciple y décrit le parcours utopique de son maître — tour à tour prédicateur, martyr et successeur du Christ —, que l’auteur s’emploie à réduire à l’absurde, tantôt au moyen d’une légère ironie, plus fréquemment toutefois avec un comique énergique. Deux autres de ses œuvres ont également eu un grand retentissement : Essai de prosodie allemande (Versuch einer deutschen Prosodie, 1786) et un traité d’esthétique qui rompt avec les conceptions classiques, De l’imitation figurative du Beau (Über die bildende Nachahmung des Schönen, 1788). Né d’une querelle avec Goethe — qui reconnaît néanmoins que son Voyage en Italie est le fruit des discussions entre les deux auteurs —, cet essai théorique se fait l’ardent défenseur d’un art autonome, « parfait en soi ». La poétique de Moritz suggère également l’existence d’une fonction créatrice propre chez le poète, notion exprimée de manière ironique dans Anton Reiser par un certain dilettantisme, et parfaitement en accord avec l’idée de « génie créateur » développée par le romantisme.

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