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Plan de l'article
Présentation ; Le journaliste : un fléau ? ; Naissance et reconnaissance d'une liberté ; Une professionnalisation progressive ; De l'après-guerre à nos jours ; Une confiance introuvable ?
journalisme, histoire du, histoire du métier de journaliste et des pratiques journalistiques.
Au XVIIIe siècle, la presse périodique prend véritablement son essor, mais le « journalisme » (le mot n'existe pas encore) n'est pas encore une profession reconnue, quoique le terme « journaliste » apparaisse avec le Journal de Trévoux (1703). Le journaliste entretient des relations conflictuelles avec le monde des lettres, dont il est pourtant issu. Voltaire parle de lui comme d'un fléau (ce qui ne l'empêche pas de collaborer au Mercure de France). Cette mauvaise réputation, sous des formes diverses, perdure peu ou prou jusqu'à aujourd'hui, soit que le journalisme soit considéré comme un genre d'écriture mineure, soit que l'on reproche aux journalistes de colporter de « fausses nouvelles »(selon l'expression consacrée) ou de divulguer une information peu fiable ou partiale. La crise de confiance est ancienne. On comprend mieux, dès lors, qu'à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles, dans un temps politique troublé où les journaux participent activement au débat politique (Révolution), le thème du quatrième pouvoir s'enracine durablement. Journalistes politiques, « gazetins » et nouvellistes sont accusés de bien des maux : fauteurs de troubles, trop curieux, plumitifs de second ordre fabriquant la « pâture de l'ignorant » (selon l'expression de Diderot citée par Charles Delporte [1995]). Surtout, on pointe du doigt leur influence, ce que laisse transparaître la définition alors en vogue du mot journalisme : « moyen d'action des journaux » (1836 — le terme étant entré dans le dictionnaire en 1778 pour définir la « profession »). Cette critique, liée en effet au pouvoir journalistique, détermine le maintien, après la courte période de liberté révolutionnaire, d'un encadrement très strict du métier, sous la Restauration et jusqu'à la IIIe République (voir censure). Toutefois, ces critiques sont progressivement compensées par la collaboration croissante de grandes plumes littéraires aux journaux (pour le XIXe siècle : Émile Zola, Jules Vallès, Henri Rochefort, Théophile Gautier, Honoré de Balzac, Victor Hugo, Alexandre Dumas ) et par l'affirmation grandissante du succès de la presse auprès de toutes les couches de la population — notamment pendant les périodes chaudes de l'histoire, comme la IIe République. Reste que la lutte contre le journalisme est régulièrement réactivée, comme à l'issue de la révolution des Trois Glorieuses (1830), lors de laquelle les rédacteurs du National, du Courrier français et du Constitutionnel jouent un rôle clef dans le déclenchement des émeutes. Parallèlement et durant tout le XIXe siècle, les genres journalistiques s'affirment, ce qui contribue à assouplir l'image d'un journalisme néfaste et à développer la notion « d’univers journalistique » (terme inscrit au dictionnaire en 1866). À côté de la catégorie reine du journalisme politique apparaissent, en réponse aux besoins des journaux et de leur popularisation, les critiques littéraires, les critiques de théâtre, les échotiers mondains, les rédacteurs spécialisés, les reporters, les éditorialistes, etc.
La renaissance d'un débat démocratique avec l'avènement de la IIIe République et la loi de liberté de la presse du 29 juillet 1881 constitue un cap. Dans cette nouvelle conjoncture, les journalistes peuvent se constituer en tant que profession, agir légalement en tant qu'acteurs libres de la vie publique et politique, voire peser sur le cours des événements (à l'exemple de leur rôle capital dans l’affaire Dreyfus). Cette évolution fondamentale favorise le divorce — relatif — avec les représentations méprisantes faisant du journaliste un sous-homme de lettres venu à l'écriture journalistique à défaut d'une carrière plus prestigieuse. Un divorce favorisé aussi par l'implication des hommes politiques dans la presse (Jean Jaurès par exemple). Elle n'entame cependant pas la réputation de corruption, réactivée régulièrement par les scandales, comme l’affaire de Panamá. Parallèlement, le boom des tirages marque, dans l'histoire de la presse, un âge d'or (1880-1914). Cette accélération entraîne une professionnalisation des méthodes journalistiques (le télégraphe révolutionne la transmission d'information, le reportage gagne ses lettres de noblesse, les rubriques se diversifient) et une évolution de l'identité et du nombre de journalistes déterminées par la naissance de la presse industrielle (le Petit Parisien compte plus de 450 rédacteurs au début du siècle). Elle détermine enfin une hiérarchisation des fonctions (rédacteur en chef, secrétaire de rédaction, journalistes appointés, pigistes, « articliers », reporters, photographes, dessinateurs, etc.), qui est également déterminée par la diversification des supports de presse, notamment dans l'univers des périodiques.
L'identité professionnelle des journalistes (ils sont environ 6 000 en 1900) se construit donc à mesure que se professionnalisent et que se canonisent les techniques et les visées d'une presse en plein développement. Au reste, le journalisme paie encore mal son homme. Aussi la profession se constitue-t-elle en réseaux : associations et syndicats plaident en faveur de revendications sur la définition d'un statut juridique et social permettant d'obtenir retraite, protection sociale et congés, qui font cruellement défaut. Les journalistes réagissent aussi, au cours des années vingt, contre la dépréciation du métier, entraînée par l'industrialisation à outrance et le contrecoup de retentissantes affaires de corruption qui posent la question de la déontologie journalistique. La « Charte des journalistes », édictée par le Syndicat des journalistes en 1918, a pour objet de moraliser la profession. Elle joue un rôle cardinal dans la réflexion sur le statut du journaliste et ses devoirs (elle est remaniée en 1938 et complétée, en 1971, par la « Déclaration des devoirs et des droits des journalistes » de Munich). Sur cette base, les années trente, avec leur puissant essor médiatique, marquent une nouvelle étape, ponctuée par la reconnaissance du journalisme en tant que profession à part entière. En 1935 et 1936 sont successivement créés le statut de journaliste et la carte afférente. Ils déterminent jusqu'à nos jours les conditions d'accès à la profession (Commission de la carte) et d'exercice (statuts, modalités de calcul des salaires, retraites, déontologie). Pour autant — et à la différence ce qui se passe aux États-Unis ou en Allemagne — on « n’apprend » pas encore à être journaliste en France. La formation s'effectue principalement « sur le tas », en dépit de la création d'une école de journalisme dès 1899 et de deux autres lieux d'apprentissage, à Lille (1924) et à Paris (1929).
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