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Bénédicité, le [Jean-Baptiste Chardin]

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Chardin, le BénédicitéChardin, le Bénédicité
Plan de l'article
1

Présentation

Bénédicité, le [Jean-Baptiste Chardin], tableau réalisé vers 1740 par Jean-Baptiste Chardin.

Reçu au Salon de 1740, le Bénédicité formalise tout le talent de Jean-Baptiste Chardin à représenter des scènes de genre, intimes et familières, qu’il baigne d’une atmosphère à la fois tendre et grave.

2

Une scène intimiste de la vie quotidienne

Le titre du tableau (huile sur toile, 49,5 × 39,5 cm, musée du Louvre, Paris) évoque un thème souvent traité par les Hollandais du xviie siècle, celui de la prière récitée avant le repas, commençant par le mot latin « Benedicite » (« bénissez »). Jean-Baptiste Chardin, cependant, ne s’attache pas à la dimension religieuse de la scène mais saisit avec une infinie tendresse les échanges qui s’opèrent à ce moment entre la mère et ses deux enfants : les personnages s’insèrent dans une structure pyramidale lumineuse, appuyée par les obliques du sol et accentuée par le fond brun, où sont rejetés divers objets sur les bords du cadre. Les regards de l’aînée et de la mère convergent vers le garçonnet du premier plan, habillé de vêtements qui ne caractérisent pas encore le sexe, mais identifié par le tambour accroché à la chaise. Le spectateur, placé au même niveau par un point de vue général en contre-plongée, participe de ces liens créés « entre la chaleur et les étoffes, entre les êtres et les choses, entre le passé et la vie, entre le clair et l’obscur », comme le souligne Marcel Proust en 1895.

3

La magie d’un instant suspendu

Offert par l’artiste au roi Louis XV de France avec la Mère laborieuse — autre tableau représentant une scène familiale (av. 1740, musée du Louvre) — le Bénédicité s’inscrit dans le courant du xviiie siècle qui cherche à dépeindre « le monde comme il va » (Voltaire) tout en prêtant une attention nouvelle à l’enfance et à l’éducation. La connotation morale n’est d’ailleurs certainement pas exempte de l’œuvre, traversée par une spirale qui peut également suggérer les différents âges de la vie.

Pourtant le véritable sujet de l’œuvre semble autre. Certes, le tableau marque une évolution stylistique et thématique dans la production de l’artiste — les modèles ne proviennent plus des milieux populaires mais de la bourgeoisie, l’échelle des personnages diminue, l’espace s’élargit, la touche est plus fondue —, mais le peintre conserve son habitude de représenter les personnages immobiles et distants de l’action qu’ils exécutent. À travers les gestes arrêtés et les regards lointains, Jean-Baptiste Chardin parvient à retranscrire la magie d’un instant suspendu.

Plusieurs versions du tableau existent, notamment une de qualité moindre également conservée au musée du Louvre.

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