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Shoah [Claude Lanzmann]

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1

Présentation

Shoah [Claude Lanzmann], film documentaire français en couleurs de Claude Lanzmann, réalisé entre 1974 et 1985.

2

Filmer l’invisible, dire l’indicible

Shoah est un mot hébreu qui signifie « catastrophe ». Comment filmer la Shoah ? Comment représenter l’anéantissement ? C’est à ces questions à la fois historiques et philosophiques que répond Claude Lanzmann avec Shoah, un film consacré à l’extermination des Juifs européens pendant la Seconde Guerre mondiale. Dès les premières scènes toutefois, un témoin (Simon Srebnik) affirme : « On ne peut raconter ça. Personne ne peut se représenter ce qui s’est passé ici. Impossible. Et personne ne peut comprendre cela. » Les limites de la représentation sont d’emblée posées. Partant du principe qu’il est impossible de montrer ce qui n’est pas montrable, de scénariser ce qui est indicible, de « reconstituer » le processus d’extermination en faisant jouer des acteurs, ou de la mettre en scène comme n’importe quel autre événement, Claude Lanzmann interroge sans cesse le rôle de l’image face à la vérité historique et propose une approche scientifique des faits pour tenter de rendre compte de l’horreur, de la mort et de l’absence.

3

Une méthode scientifique

3.1

Les témoignages

Shoah dure 9h30. Claude Lanzmann a consacré onze années à la réalisation du film, de 1974 à 1985, accumulant 350 heures de témoignages. Il a recherché ceux qui ont été, de 1941 à 1945, les acteurs et les témoins du plus grand des crimes contre l’humanité (6 millions de morts) : des « revenants », ces Juifs qui sont ressortis vivants, mais détruits, des camps d’extermination, mais aussi des Allemands et des Polonais. Il a également filmé les lieux de la « Solution finale » (devenus « lieux de mémoire »), afin d’y inscrire les récits des événements. À travers ces témoignages, Claude Lanzmann fait revivre le voyage des Juifs européens vers la mort.

Car Shoah ne contient pas d’images d’archives, pas de commentaires d’experts ou d’historiens : c’est un film d’histoire au présent. Il montre l’horreur absolue sans images de cette horreur, il montre la mort sans montrer de cadavres. Ni fiction, ni documentaire, Shoah est une re-création du passé — et non une reconstitution. Les paysages qui ont abrité les massacres trente ans auparavant sont désormais déserts et banals, comme absents et indifférents à la douleur. Mais les voix et les visages des témoins interrogés sans relâche par Claude Lanzmann sur les lieux mêmes des événements font vivre au spectateur la « réalité » de l’univers concentrationnaire et « ressuscitent » en quelque sorte les victimes de la Shoah.

En outre, sans respecter la chronologie des événements, les témoignages se répondent les uns aux autres, rebondissent les uns sur les autres, pour former un récit rythmé par le bruit et l’image de convois ferroviaires roulant vers les camps.

3.2

Le réalisateur

Le réalisateur Claude Lanzmann est un personnage à part entière du film. Il interroge, pose et repose plusieurs fois la même question s’il le faut. Il pousse parfois ses interlocuteurs dans leurs derniers retranchements, aussi bien les rescapés qui ne peuvent pas poser de mots sur ce qu’ils ont vécu que leurs bourreaux qui ne veulent pas nommer ce qu’ils ont fait. Claude Lanzmann se livre en cela à un véritable travail d’historien du temps présent : les hésitations, les non-dits, les mimiques et les gestes des témoins sont aussi importants que le récit lui-même ; leur humanité présente participe de la valeur de leurs témoignages.

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