Corneille lisant Polyeucte à l'hôtel de Rambouillet
Au xviie siècle, la vie à l'hôtel de Rambouillet est assez plaisante. On y organise des jeux de société (jeu du cœur volé, de la chasse à l'amour, du corbillon ou de la lettre), et les divertissements littéraires (lecture, écriture) et musicaux sont pléthore. Quelquefois, ils se transforment même en débats exaltés, comme notamment la controverse sur la conjonction « car » lancée en 1637 par l'académicien Marin Le Roy de Gomberville ou la querelle des sonnets qui a lieu entre 1648 et 1650.
En 1640, Pierre Corneille y fait la première lecture de sa tragédie Polyeucte. Le salon, considéré alors comme le « tribunal des affaires d'esprit », applaudit la pièce, plus par déférence pour l'auteur que par réel enthousiasme. En effet, dans une analyse qu'il fait sur la pièce de Corneille, Voltaire revient sur cette lecture : « C'est une chose assez connue que Corneille ayant lu Polyeucte chez Mme de Rambouillet où se rassemblaient alors les esprits les plus cultivés, cette pièce y fut condamnée d'une voix unanime, malgré l'intérêt qu'on prenait à l'auteur dans cette maison » (Voltaire, Commentaires sur Corneille, 1764). En effet, le poète Vincent Voiture, l'un des habitués de l'hôtel de Rambouillet, avait exposé à Corneille, que le « christianisme en [avait] fort déplu ». Le public en 1643, lors des représentations de la pièce, ne partage pas l'avis de cette société, et la pièce est applaudie, sans aucune réserve cette fois !
Bibliotheque Nationale, Paris, France/ Archives Charmet/Bridgeman Art Library