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Les analyses du critique et historien d’art américain Bernhard Berenson, fondées davantage sur une immense expérience de « connaisseur » que sur une approche scientifique, font une large part à la subjectivité et à l’intuition. On trouvera dans les lignes qui suivent, consacrées au nu et à l’étude anatomique chez Michel-Ange, un exemple de son style.
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[…] Comment, en dehors du nu, prétendre réaliser pleinement le fonctionnement des muscles, le jeu des pressions et des résistances, la somme d’énergie fournie ? Ce n’est que sur le vif que nous pouvons saisir ces contractions musculaires, ces tensions, ces relâchements et ces frémissements de la chair dont la répercussion en notre individu nous donne la pleine perception du mouvement. Là, du fait de la multiplicité et de la netteté des indications, la sympathie est immédiate, et l’exaltation vitale qui en résulte ne peut être poussée plus loin, tandis que les figures drapées restent muettes de nerfs et de chair et ne nous transmettent le mouvement qu’en nous obligeant à un déchiffrement où nous n’avons guère lieu de nous glorifier de nos facultés physiques.
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Voilà pourquoi tout art voué à la figure humaine doit se vouer à l’étude du nu et pourquoi cette étude tient la première place dans l’art classique de tous les temps. Non seulement l’art ne saurait trouver un meilleur intermédiaire pour les vibrations stimulantes qu’il doit adresser à notre sens vital, mais encore chercherait-il vainement ici-bas un sujet par lui-même aussi évocateur. À Michel-Ange revient l’honneur d’avoir compris ce que le monde avait oublié depuis la Grèce : à savoir que le nu, c’est le grand art lui-même. Avant lui, on l’avait étudié comme moyen, pour servir soit à des recherches scientifiques, soit au bon équilibre des draperies, Michel-Ange y vit un but qui contenait tout le reste, le but suprême de son art, de sorte que les deux termes se fondirent indissolublement en son esprit. […]
Source : Berenson (Bernhard), les Peintres italiens de la Renaissance, trad. par Louis Gillet, Paris, Londres, Gallimard / Phaidon Press Ltd., 1953.
Figure dans
Michel-Ange ; David [Michel-Ange] ; Berenson, Bernhard ; nu (art) ; italien, art
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