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Ces réflexions, en forme d’aphorismes, sont extraites d’un petit livre d’Émile Bernard relatant une conversation avec Cézanne lors d’une promenade dans les environs d’Aix-en-Provence. Elles offrent un condensé de la pensée du peintre qui s’est tenu, durant l’essentiel de sa carrière, en dehors de tout mouvement ou école. En évoquant Monet et Pissarro, Cézanne y exprime sa détermination à peindre la nature.
[…] « Je considère que c’est en partant de la nature que l’on doit aboutir à l’art. Le tort des éducations de Musées est de vous maintenir dans des méthodes qui écartent tout à fait de l’observation de la nature, laquelle doit rester le guide » […]
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[…] « Il faut donner une image consciente de la nature, jusqu’ici on n’a fait que l’homme. » […]
[…] « Voici un spectacle parfait ; je veux le traduire. Pour y arriver, je m’anéantis en lui, je m’y soumets, j’attends qu’il en sorte ma vérité personnelle. Pourquoi me souviendrais-je des philosophes devant ce grand livre, et des peintres devant ce vaste tableau, le plus beau de tous ? Croyez-moi, avec la nature, il faut redevenir un enfant. » […]
[…] « Quant à moi, je veux être un enfant, et je me réjouis de voir, d’entendre, de respirer, d’être une sensibilité extasiée, qui analyse et cherche à se traduire sur la toile. » […]
[…] « La peinture n’a pour but qu’elle-même. Le peintre peint : une pomme ou un visage, c’est pour lui prétextes à un jeu de lignes, de couleurs, rien de plus. » […]
[…] « Il y a dans la nature deux agents qui travaillent à l’harmonie, c’est la lumière et l’air. La lumière colore, l’air enveloppe. » […]
[…] « Soyez peintre, et non pas écrivain ou philosophe ! Moi aussi, j’ai voulu goûter à l’imagination. Delacroix m’entraînait, les maîtres du Louvre m’y poussaient. Ma jeunesse a été remplie de toiles exaltées, où tour à tour je refaisais à ma manière Véronèse, Ribera, Le Caravage, le Calabrèse, Courbet et Delacroix lui-même. J’ai compris lorsque je rencontrai Monet et Pissarro, qui, eux, s’étaient débarrassés de tout ce bagage, qu’il ne fallait demander au passé que l’enseignement de la Peinture. Ils avaient comme moi l’enthousiasme du grand romantique, mais au lieu de se laisser entraîner par ses vastes machines, ils ne recherchaient en lui que les bénéfices du coloris d’où devait sortir une nouvelle application de la palette. Pissarro a fait la nature comme personne ; quant à Monet, je n’ai jamais rencontré un pareil metteur en place, une facilité si prodigieuse à saisir le vrai… L’imagination, c’est très beau ; mais il faut avoir les reins solides ; moi, au contact des impressionnistes, j’ai compris que je devais redevenir un élève du monde, me refaire étudiant, tout simplement. Je n’ai pas plus imité Pissarro et Monet que les grands du Louvre. J’ai tenté une œuvre à moi, une œuvre sincère, naïve, selon mes moyens et ma vision. » […]
[…] « Je suis le primitif d’un nouvel art. J’aurai, je le sens, des continuateurs. » […]
[…] « Certes, nous ne devons pas nous en tenir à la stricte réalité, au trompe-l’œil. La transposition que fait le peintre, dans une optique à lui, donne à la nature reproduite un intérêt nouveau ; il écrit en peintre ce qui n’est pas encore peint ; il le rend peinture absolument. C’est-à-dire autre chose que la réalité. Ceci, ce n’est plus l’imitation plate. » […]
[…] « L’étude de l’art est très longue et très mal conduite. Aujourd’hui le peintre doit tout découvrir seul, car il n’y a plus que de très mauvaises écoles, où l’on se fausse, où l’on n’apprend rien. Il faudrait d’abord étudier sur des figures géométriques le cône, le cube, le cylindre, la sphère. Quand on saurait rendre ces choses dans leurs formes et leurs plans, on saurait peindre. » […]
[…] « Il serait trop long de vous dire ce que je pense de la critique ; jusqu’ici elle m’a fort maltraité, peut-être qu’un jour elle me couvrira d’éloges aussi sots qu’elle me lapide actuellement d’absurdes méchancetés. Je ne lui en veux pas. Je ne la lis plus. Le peintre doit se renfermer dans son œuvre ; il faut répondre non pas avec des mots, mais avec des tableaux. » […]
Source : Bernard (Émile), Conversation avec Cézanne, Paris, Séguier, 1995.
Figure dans
Cézanne, Paul ; moderne, art ; français, art
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