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Bourgoin, Roger Corman (extrait)

Connu pour être un remarquable découvreur de talents, le réalisateur, scénariste, producteur et distributeur américain Roger Corman explique ici avec précision les modalités de sa collaboration avec de jeunes metteurs en scène de cinéma.

Roger Corman de Stéphane Bourgoin (extrait)

[…] « La situation dans laquelle se retrouve la majorité des jeunes diplômés de cinéma, cherchant à réaliser leur premier long métrage, est une position avec laquelle je sympathise pleinement. Je me souviens parfaitement de mes propres débuts, essayant vainement d’entrer dans l’industrie cinématographique où je découvris rapidement qu’il n’y avait aucune possibilité de commencer au bas de l’échelle pour arriver petit à petit à devenir un réalisateur… Personne ne s’empressait de me donner une chance, aussi je décidai de devenir d’abord un producteur, en obtenant les sommes nécessaires à mon premier film de réalisateur… Il était alors virtuellement impossible de travailler en dehors des grands studios et il n’y avait naturellement aucune possibilité que ceux-ci m’offrent de diriger un long métrage. Malgré le développement de compagnies indépendantes ces dernières années, il reste toujours extrêmement difficile d’obtenir cette première chance de réaliser, et c’est une des raisons principales pour laquelle j’aime à engager de jeunes et nouveaux réalisateurs…

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« Au cours de mes rencontres avec des étudiants de cinéma, il m’apparaît qu’il existe fréquemment un malentendu au sujet de mes relations de travail avec ces jeunes réalisateurs. En fait, mes relations sont basées sur un accord à la fois très simple et mutuellement bénéfique. La majorité de mes longs métrages, en tant que producteur, étant orientés vers un public très jeune, dont les analyses prouvent qu’il représente la majorité du public de cinéma, je crois qu’il y a un avantage certain à employer un réalisateur en prise directe avec cette tranche d’âge. Il comprendra leurs aspirations, leur langage et, en particulier, leur humour. D’un autre côté, quel que soit son degré de créativité, l’élément de risque à employer un jeune metteur en scène inexpérimenté reste toujours présent. En conséquence, je m’attends à ce que le réalisateur soit prêt à travailler avec un salaire moindre à celui qu’il obtiendra, une fois sa compétence dûment prouvée. À la lumière de mes remarques précédentes concernant les difficultés de tourner un premier long métrage (principalement à cause des problèmes financiers que causerait un échec éventuel), il n’est guère surprenant, qu’en règle générale, l’aspirant metteur en scène accepte l’opportunité, même s’il sait d’avance qu’il n’en tirera pas de bénéfices considérables.

« Parti sur cette base, j’offre au réalisateur la possibilité de tourner un film d’après un sujet et un scénario qui a reçu mon approbation quant à leur potentiel commercial. Travailler avec de jeunes metteurs en scène reste pour moi une remise en cause constante de ma propre créativité en tant que producteur. Je choisis délibérément un type de film qui puisse être réussi malgré un modeste budget. J’exerce un contrôle attentif sur le développement du scénario, m’assurant que l’histoire comporte suffisamment d’action et d’éléments visuels. Lorsque c’est possible, je préfère que le réalisateur soit étroitement associé à l’écriture du scénario. En tant que vétéran de la production et de la réalisation, j’offre quelques conseils pratiques basés sur ma propre expérience, pendant la période de préproduction. Mais, le choix des acteurs, des lieux de tournage, du planning et de la réalisation elle-même, demeurent la responsabilité entière du seul réalisateur. Invariablement, mon conseil primordial concerne la préparation à l’avance du plan de travail. J’insiste sur le fait que chaque journée de travail doit être disséquée et dessinée, plan par plan, avant que le réalisateur arrive le matin sur le plateau. Une fois ce planning établi, le réalisateur a bien plus de chances de se tirer intelligemment des inévitables crises ou difficultés du tournage proprement dit ; il pourra ainsi improviser en toute confiance, si la nécessité ou l’inspiration le guide. Pour me résumer, je dirais, en tant que producteur, que la meilleure façon de travailler avec de jeunes réalisateurs est de suivre de très près la préparation d’un projet pour se retirer ensuite et laisser le champ libre au metteur en scène.

« Vu mon expérience satisfaisante avec de jeunes réalisateurs, on me demande souvent ce qui inspire mon choix de telle ou telle personne. En fait, j’ai recours à deux méthodes qui se sont toutes deux avérées également satisfaisantes. La première, plus expérimentale, consistait à les engager comme mes assistants pour voir leurs réactions à un tournage. Coppola, Bogdanovich, Hill, Hellman, entre autres, travaillèrent ainsi à différents postes, dont la réalisation de seconde équipe, avant de tourner leur premier film pour moi. Comme j’étais fréquemment producteur-réalisateur, et que j’aimais à travailler en décors naturels, souvent avec une équipe réduite, mes assistants se voyaient offrir d’innombrables occasions de prouver leur initiative et créativité. Hill et Hellman se montrèrent aussi d’excellents monteurs, tandis que Coppola m’impressionna principalement par ses talents d’écriture. Bogdanovich également démontra un sens visuel certain dans les différents travaux d’écriture que je lui confiais.

« Mon autre méthode de sélection consiste à me rendre directement aux départements cinéma des universités pour y rencontrer leurs meilleurs élèves. Par ce biais, j’ai engagé Bruce Clark (de UCLA), Stephanie Rothman (de USC) et Jonathan Kaplan (de NYU) qui avaient tous remporté des prix. Il peut sembler arbitraire de ne choisir que parmi les dix meilleurs élèves, mais le cinéma est devenu l’objet d’une telle popularité dans les universités qu’il me paraît normal de consacrer plus de temps aux personnes qui se sont déjà distinguées parmi leurs confrères.

« En conclusion, j’ajouterais que l’énergie, l’initiative et l’agressivité manifestées par l’aspirant réalisateur ont souvent été le facteur déterminant dans mon choix de leur accorder un film. L’énergie et la décision du réalisateur donnent le ton à la production et souvent au film terminé. Dans le choix d’un réalisateur, outre ses qualifications académiques et son habileté technique, il est vital que celui-ci fasse preuve de combativité, d’obstination et d’imagination aussi bien que de sensibilité ou d’intelligence dans tous les aspects de la création d’un film. »

Source : Bourgoin (Stéphane), Roger Corman, Paris, Edilig, 1983.

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Corman, Roger ; cinéma (production)

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