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Patrick Brion, l’un des grands promoteurs du cinéma classique en France, notamment à travers le ciné-club qu’il programma pendant des années sur une chaîne de télévision nationale, raconte comment Greta Garbo, actrice légendaire entre toutes, sut imposer rapidement ses conditions de tournage et créer autour d’elle un halo de mystère.
Plus de quarante ans après la sortie de son ultime film, Greta Garbo, éloignée du cinéma, éloignée du monde, est demeurée aussi célèbre qu’au temps de sa gloire cinématographique et À la recherche de Garbo (Garbo talks), tourné par Sidney Lumet en 1984, témoignait avec justesse de la persistance de ce mythe sur lequel se sont penchés sociologues et historiens.
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Dire que la fascination dont Greta Garbo a été l’objet est née du mystère que celle-ci entretenait est une évidence. Les premières photographies diffusées par le service de presse de la M.G.M. à l’époque du Torrent, montraient une jeune actrice posant avec de sympathiques sportifs américains, accréditant l’idée qu’étant Suédoise, elle se devait d’aimer le sport et les compétitions. Les dirigeants de la Metro comprirent vite que celle qu’ils avaient découverte dans La Légende de Gösta Berling était le contraire même des comédiennes en quête d’une interview ou d’une photo, comme le veut la tradition hollywoodienne. L’immédiate célébrité de Greta Garbo — ne joua-t-elle pas en vedette son premier film américain ? — lui permit d’imposer rapidement ses conditions, ce qui aurait été impossible à une actrice limitée à de seconds rôles, et d’interdire le plateau sur lequel elle tournait aussi bien aux actionnaires new-yorkais de la compagnie qu’à Arthur Brisbane, le rédacteur en chef du tout-puissant groupe Hearst. Louis B. Mayer lui-même affronta l’obstination de Greta Garbo lorsque celle-ci exigea un nouveau contrat, plus conforme au succès de ses films et Harry Edington contribua à créer autour d’elle un halo de mystère qui valut à Garbo de devenir bientôt, photo à l’appui, le « sphinx d’Hollywood ».
Refusant de rencontrer les journalistes et de signer des autographes, brûlant sans même le lire le courrier qu’elle recevait, n’apparaissant à aucune des premières à la mode, déjouant les photographes et les vedettes masculines désireuses de se faire voir en sa compagnie, Greta Garbo se fixa un véritable style de vie et obligea Louis B. Mayer, qui n’avait pas pour habitude de tolérer tous les caprices de ses stars, à s’y plier.
Ces demandes furent d’autant mieux acceptées par le monde hollywoodien qu’elles n’étaient pas le signe de la prétention d’une actrice hautaine imbue de sa propre célébrité mais au contraire celui d’une jeune femme aussi exigeante envers elle-même qu’envers les autres et en proie à une timidité maladive. Tous ceux qui l’ont rencontrée et ont travaillé avec elle ont fait état de cette peur de l’inconnu et de l’étranger et du besoin qu’avait Garbo de pouvoir se rassurer et se replier sur elle-même, à l’image d’une plante délicate qui craint soudain la lumière et les courants d’air.
Les horaires qu’elle imposait — 9 h-17 h — devinrent bientôt aussi fameux que ses lunettes noires et son grand chapeau, mais Ernst Lubitsch avouait lui-même : « Il n’est vraiment pas difficile de travailler avec Garbo. Il faut admettre seulement une chose : à cinq heures elle arrête, et rien au monde ne pourrait faire qu’elle continue à travailler. Même si la scène n’est pas terminée. Il faut remettre au lendemain. De prime abord, un metteur en scène ne voit pas d’un très bon œil qu’elle en fasse ainsi à sa guise. Mais d’un autre côté, à neuf heures précises, elle est prête à tourner, habillée et maquillée. Elle travaille de neuf heures à cinq heures ; physiquement, c’est tout ce qu’elle est capable de supporter. » Ce professionnalisme et ce souci de perfection lui ont d’ailleurs valu tout à la fois l’estime de ses producteurs — y compris Louis B. Mayer ! — et celle des équipes techniques qui appréciaient sa camaraderie, sa chaleur humaine et sa simplicité. Au lieu de se faire servir à l’heure du déjeuner le repas que son rang de star lui aurait permis d’obtenir, elle se contentait d’une légère collation qu’elle avait elle-même apportée, à la manière des figurants de ses films…
Source : Brion (Patrick), Garbo, Paris, Chêne, coll. « Cinéma de toujours », 1985.
Figure dans
mélodrame ; Garbo, Greta ; Metro Goldwyn Mayer [MGM]
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