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Cellini, la Vie de Benvenuto Cellini (extrait)

Personnalité énergique, turbulente et haute en couleur, Benvenuto Cellini est l’une des grandes figures de l’école de Fontainebleau. Son autobiographie écrite en 1558 et 1566 constitue un témoignage pittoresque sur la vie artistique et sur les mœurs de son temps. Dans ce passage, il décrit en détail son chef-d’œuvre d’orfèvrerie, une salière en or et en émail réalisée pour François Ier (1543, Kunsthistorisches Museum, Vienne), et relate le moment de sa présentation au roi.

La Vie de Benvenuto Cellini écrite par lui-même de Benevenuto Cellini (extrait)

[…] Comme un plus grand nombre d’ouvriers pouvait travailler avec commodité sur la salière mieux que sur le Jupiter, elle était complètement terminée. Le roi étant de retour à Paris, j’allai le trouver et la lui apportai. Je l’ai déjà dit en décrivant le modèle, la pièce était de forme ovale, deux tiers de brasse environ, tout en or travaillé au ciseau.

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L’Océan et la Terre étaient assis, les jambes entrelacées par allusion aux golfes qui pénètrent dans les terres et aux caps qui s’avancent dans la mer ; cela donnait une attitude très gracieuse. Dans la main droite de l’Océan j’avais mis un trident et dans la gauche une nef d’un travail exquis pour le sel. Au-dessous il y avait quatre chevaux marins qui n’avaient du cheval que la tête, le poitrail et les pattes antérieures, le reste en queues de poissons joliment entremêlées. Au-dessus, dominateur, était assis l’Océan, entouré d’une foule de poissons et d’animaux marins. Des vagues figuraient les flots, remarquablement émaillées à la couleur de l’eau. J’avais donné à la Terre l’apparence d’une femme superbe, entièrement nue comme l’Océan, tenant une corne d’abondance. Dans sa main gauche, un petit temple ionique, délicatement travaillé, avait été mis pour recevoir le poivre. Sous la déesse se trouvaient les plus beaux animaux de la terre ; une partie des rochers était émaillée, l’autre laissée en or. J’avais placé ce groupe sur un socle d’ébène noir, de dimension appropriée, avec une gorge que je recouvris d’or et quatre figures d’or un peu plus saillantes qu’en demi-relief : la Nuit, le Jour, le Crépuscule et l’Aurore. On y voyait également quatre autres figures de même taille représentant les quatre vents dominants, ciselées et émaillées avec tout le soin imaginable. Quand je mis cet ouvrage sous les yeux du roi, il poussa un cri d’étonnement et ne pouvait se rassasier de le contempler. Il m’enjoignit de le remporter chez moi ; il m’indiquerait en temps utile ce que je devais en faire. Je l’emportai donc et invitai tout de suite de bons amis à déjeuner, avec la salière au milieu de la table ; nous fûmes ainsi les premiers à nous en servir ; le repas fut très gai.

Source : Cellini (Benvenuto), la Vie de Benvenuto Cellini écrite par lui-même, trad. par Nadine Blamoutier, Paris, Scala, 1992.

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orfèvrerie ; Cellini, Benvenuto ; bijoux ; autobiographie

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