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Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels (extrait)

La première semaine de la retraite spirituelle proposée par Ignace de Loyola dans les Exercices spirituels (rédigés à partir de 1522 environ) est dédiée à l’« examen général de conscience » au cours duquel le « retraitant » médite sur ses pensées et sur la meilleure voie à suivre pour éviter que celles-ci ne se transforment en péchés, véniels ou mortels. Adoptant un ton clair, précis et direct s’inscrivant dans une démarche de type pédagogique, Ignace de Loyola guide le retraitant dans son « exercice » de retour sur soi destiné, dans un premier temps, à purifier sa conscience qui peut ainsi se mettre, dans un second temps, au service de la volonté divine.

Exercices spirituels d’Ignace de Loyola

Examen général de conscience pour se purifier et pour mieux se confesser


Je présuppose qu’il y a en moi trois sortes de pensées : l’une qui m’est propre, qui naît de ma seule liberté et de mon seul vouloir ; et deux autres qui viennent du dehors, l’une qui vient du bon esprit et l’autre du mauvais.

De la pensée

Il y a deux manières de mériter quand une mauvaise pensée vient du dehors : par exemple une pensée me vient de commettre un péché mortel, j’y résiste aussitôt, et elle est vaincue.
La seconde manière de mériter est celle-ci : lorsque cette mauvaise pensée me vient, moi je lui résiste ; et qu’elle recommence plusieurs fois à venir, moi je lui résiste toujours, jusqu’à ce que la pensée s’en aille vaincue. Cette seconde manière est plus méritoire que la première.
On pèche véniellement quand la même pensée de pécher mortellement vient et qu’on lui prête l’oreille en s’y attardant quelque peu ou en accueillant quelque jouissance des sens, ou encore lorsqu’il y a quelque négligence à rejeter cette pensée.

Il y a deux manières de pécher mortellement :
La première manière est quand on donne son consentement à la mauvaise pensée pour agir ensuite conformément à ce à quoi on a consenti ou bien pour passer à l’acte si c’était possible.
La seconde manière de pécher mortellement est quand on pose l’acte de ce péché, et c’est encore plus grave pour trois raisons :
— la première, à cause de la plus grande durée ;
— la deuxième, à cause de la plus grande intensité ;
— la troisième, à cause du plus grand dommage pour les deux personnes.

De la parole

Ne jurer ni par le Créateur, ni par la créature si ce n’est avec vérité, nécessité et révérence.
J’entends par nécessité, non pas lorsqu’on atteste par serment n’importe quelle vérité, mais quand celle-ci a quelque importance pour un profit de l’âme ou du corps ou des biens temporels.
J’entends par révérence lorsque, prononçant le nom du Créateur et Seigneur, on est attentif à lui rendre l’honneur et la révérence qui lui sont dus.

Il faut remarquer que si, dans un serment fait à la légère, nous péchons davantage en jurant par le Créateur que par la créature, il est cependant plus difficile de jurer comme il se doit, avec vérité, nécessité et révérence, par la créature que par le Créateur, et cela pour les raisons suivantes.
La première raison : quand nous voulons jurer par quelque créature, le fait de vouloir prononcer le nom d’une créature ne nous rend pas aussi attentifs et prudents, pour dire la vérité ou pour l’attester avec nécessité, que le fait de vouloir prononcer le nom du Seigneur et Créateur de toute chose.
La deuxième raison : lorsqu’on jure par une créature, il n’est pas aussi facile de rendre révérence et respect au Créateur, qu’en jurant en prononçant le nom du Créateur et Seigneur lui-même ; parce que le fait de vouloir prononcer le nom de Dieu notre Seigneur inspire plus de respect et de révérence que le fait de nommer une chose créée. C’est pourquoi on accorde plus facilement aux parfaits qu’aux imparfaits de jurer par une créature, car les parfaits en raison de la continuelle contemplation et illumination de l’intelligence, considèrent, méditent et contemplent davantage que Dieu est dans chaque créature selon sa propre essence, présence et puissance ; ainsi, en jurant par la créature, sont-ils plus aptes et disposés que les imparfaits à rendre respect et révérence à leur Créateur et Seigneur.
La troisième raison : Lorsqu’on jure continuellement par les créatures, il y a davantage lieu de craindre l’idolâtrie chez les imparfaits que chez les parfaits.

Ne dire aucune parole oiseuse.
J’entends par là une parole qui n’est profitable ni à moi ni à autrui, ou qui n’est pas ordonnée à un tel but. De sorte qu’il n’est jamais oiseux de parler de tout ce qui est ou qui a pour but d’être profitable à mon âme, ou à celle d’autrui, au corps ou aux biens temporels. Ce n’est pas le cas non plus, quand quelqu’un parle de choses qui sont étrangères à son état, par exemple si un religieux parle de guerres ou de commerce. Mais, dans tout ce qui est dit il y a mérite à bien ordonner ses paroles, et il y a péché à parler de façon déréglée ou à la légère.

Ne pas dire de choses diffamatoires ou médisantes.
Parce que, si je révèle un péché mortel qui n’est pas public, je pèche mortellement ; si c’est un péché véniel, véniellement ; si c’est un défaut, je révèle mon propre défaut. Si l’intention est saine, on peut parler de deux manières du péché ou de la faute d’autrui.
La première manière : quand le péché est public, par exemple lorsqu’il s’agit d’une prostituée publique, d’une sentence rendue par jugement ou d’une erreur publique qui contamine les âmes qu’elle atteint.
La seconde manière : quand le péché caché est révélé à quelqu’un pour aider celui qui est en état de péché à se relever, pourvu cependant que l’on ait quelques motifs sérieux ou quelques raisons probables de penser que cela pourra l’aider.

De l’action

Prendre pour matière d’examen les dix commandements, les préceptes de l’Église et les ordonnances des supérieurs ; toute action commise à l’encontre de l’un de ces trois domaines est, selon sa plus ou moins grande gravité, un péché plus ou moins grand.
Par ordonnance des supérieurs, j’entends par exemple les bulles de croisades et autres indulgences, comme celles pour obtenir la paix, accordées à condition de se confesser et de recevoir le Très Saint Sacrement. Car, on ne pèche pas peu alors, en étant cause de ce que d’autres agissent contre de si pieuses exhortations et ordonnances de nos supérieurs, ou en agissant ainsi soi-même.


Manière de faire l’examen général
Elle comprend cinq points


Le premier point
est de rendre grâce à Dieu notre Seigneur pour les bienfaits reçus.
Le deuxième point : demander la grâce de connaître ses péchés et de les rejeter.
Le troisième point : demander à mon âme qu’elle me rende compte, depuis l’heure du lever jusqu’au présent examen, heure par heure ou période par période, d’abord des pensées, puis des paroles, puis des actions, selon le même ordre qui a été indiqué dans l’examen particulier.
Le quatrième point : demander pardon de ses fautes à Dieu notre Seigneur.
Le cinquième point : former le propos de s’amender avec sa grâce. Pater noster.

[…]

Et aussi sur Encarta

Source : Ignace de Loyola (saint), Exercices spirituels, Paris, Desclée de Brouwer, coll. « Christus n° 61 », 1985.

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Ignace de Loyola, saint ; Contre-Réforme

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