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David, De la nudité dans le tableau des Sabines

En 1799, à l’occasion de la présentation de sa toile les Sabines (1799, musée du Louvre) au Palais national des Sciences et des Arts, Jacques Louis David prend la plume pour justifier la représentation de figures nues dans ses peintures. L’exaltation de l’Antiquité et de ses vertus, qui constitue la base même de son art, nécessite le recours à des pratiques directement empruntées à l’époque classique. Le traitement délicat et complexe de la nudité représente pour le chef de file du mouvement néoclassique le moyen d’égaler l’idéal de perfection défini par ses aînés.

« De la nudité dans le tableau des Sabines » par Jacques Louis David

Une objection qu’on m’a déjà faite, et qu’on ne manquera pas de reproduire, c’est celle de la nudité de mes héros. Les exemples à citer en ma faveur sont si nombreux dans ce qui nous reste des ouvrages des Anciens, que la seule difficulté que j’éprouve vient de l’embarras du choix. Voici comme j’y réponds. C’était un usage reçu parmi les peintres, les statuaires, et les poètes de l’Antiquité, de représenter nus les dieux, les héros, et généralement les hommes qu’ils voulaient illustrer. Peignaient-ils un philosophe ? Il était nu, avec un manteau sur l’épaule, et les attributs de son caractère. Peignaient-ils un guerrier ? Il était nu, le casque en tête, l’épée attachée à un baudrier, un bouclier au bras, et des brodequins aux pieds ; quelquefois ils y joignaient une draperie, quand ils jugeaient qu’elle pouvait ajouter à la grâce de sa figure : ainsi des autres, comme on le voit dans mon Tatius, ou pour mieux dire, comme on pourra l’observer incessamment au Musée central des arts, dans la figure de Phocion, nouvellement arrivée de Rome. Ne sont-ils pas nus, les deux fils de Jupiter, Castor et Pollux, ouvrages de Phidias et de Praxitèle, qui se voient à Rome, à Monte-Cavallo ? [...] Et combien d’autres autorités ne pourrais-je pas citer encore ! Celles que je viens de rapporter suffiront sans doute pour que le public ne s’étonne pas que j’aie cherché à imiter ces grands modèles dans mon Romulus, qui lui-même est fils d’un dieu. Mais en voici une que j’ai réservée pour la dernière, parce qu’elle est le complément de toutes les autres : c’est Romulus lui-même qui est représenté nu sur une médaille, au moment où, après avoir tué Acron, roi des Céninéens, il porte sur ses épaules un trophée formé de ses armes, qu’il déposa ensuite dans le temple de Jupiter Férétrien ; et ce furent là les premières dépouilles opimes. Actuellement que je crois avoir répondu d’une manière satisfaisante au reproche que l’on m’a fait, ou qu’on pourra me faire, sur la nudité de mes héros, qu’il me soit permis d’en appeler aux artistes. Ils savent mieux que personne combien il m’eût été plus facile de les habiller : qu’ils disent combien les draperies me fournissaient de moyens plus aisés pour détacher mes figures de la toile. Je pense au contraire, qu’ils me seront gré de la tâche difficile que je me suis imposée, pénétrés de cette vérité, que qui fait le plus peut faire le moins. En un mot, mon intention, en faisant ce tableau, était de peindre les mœurs antiques avec une telle exactitude, que les Grecs et les Romains, en voyant mon ouvrage, ne m’eussent pas trouvé étranger à leurs coutumes.

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Source : Lichtenstein (Jacqueline) (sous la dir. de), la Peinture, Paris, Larousse-Bordas, coll. « Textes essentiels », 1997.

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nu (art) ; David, Jacques Louis

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