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La Bhagavad-Gita, partie intégrante du Mahabharata, est un poème indien mystique et philosophique d’éducation religieuse et de piété. Arjuna et Krishna — incarnation de Vishnou — y dialoguent, exposant un ensemble de concepts et de réflexions édifiantes. Dans cet extrait, Krishna, en essayant d’extraire les doutes et les hésitations d’Arjuna face au combat qui se prépare, définit la valeur de la concentration mentale (yoga) qui prépare à un état de sagesse et d’indifférence aux choses extérieures (brahman).
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Le Bienheureux Seigneur dit :
55. Quand un homme, ô Pârtha, chasse de son esprit tous désirs, et qu’il est satisfait dans le moi par le moi, on le dit alors stable en son intelligence.
56. Celui dont le mental n’est pas troublé au milieu des chagrins, et qui, parmi les plaisirs, reste libre de désirs, celui qu’ont quitté attraction, peur et colère, celui-là est le sage dont est fermement fixé l’entendement.
57. Qui en nulle chose n’est affecté, même si tel bien ou tel mal lui échoit, et ne hait ni ne se réjouit son intelligence est fermement établie dans la sagesse.
58. Qui retire les sens des objets des sens, comme la tortue retire ses membres dans sa carapace, son intelligence est fermement établie dans la sagesse.
59. Si l’on s’abstient de nourriture, l’objet des sens cesse d’être affecté, mais l’affection même des sens (rasa) demeure ; le rasa aussi disparaît lorsqu’est vu le Suprême.
60. Même l’esprit de l’homme sage qui s’efforce vers la perfection est entraîné, ô fils de Kuntî, par l’insistance véhémente des sens.
61. Ayant maîtrisé tous les sens, il doit rester fermement établi en yoga, entièrement consacré à Moi. Car l’intelligence de celui dont les sens sont maîtrisés est fermement établie.
62. En celui dont le mental s’attarde sur les objets des sens avec un intérêt absorbant, il se forme un attachement à ces objets ; de l’attachement naît le désir, et du désir la colère.
63. La colère conduit à l’égarement ; de l’égarement vient la perte de la mémoire, par quoi l’intelligence est détruite ; par la destruction de l’intelligence, l’homme périt.
64-65. C’est en examinant les objets avec les sens, mais en maintenant les sens soumis au Moi, libérés de toute attraction et répulsion, que l’on parvient à une vaste et douce clarté de l’âme et du tempérament où n’ont plus place la passion et le chagrin ; l’intelligence d’un tel homme est rapidement établie.
66. Pour qui n’est pas en yoga, il n’est ni intelligence, ni concentration de pensée ; pour qui est sans concentration, il n’y a pas de paix ; et pour qui est sans paix, comment y aurait-il bonheur ?
67. Tel de nos sens vagabonds auquel s’attache le mental emporte la compréhension, comme sur l’océan les vents emportent un navire.
68. Aussi, guerrier au bras puissant, chez celui qui a refréné entièrement l’excitation des sens par leurs objets, l’intelligence est fermement établie dans une calme connaissance de soi.
69. Cet [être supérieur] qui pour toutes les créatures est une nuit, est pour le sage qui se maîtrise l’état de veille ; la vie des dualités qui est pour les créatures l’état de veille est une nuit pour le sage qui voit.
70. Celui-là atteint la paix, en qui tous les désirs pénètrent comme les eaux dans l’océan, qui toujours se remplit et pourtant demeure immobile — non pas celui qui [comme des eaux troubles et boueuses] est troublé par le moindre afflux de désir.
71. Qui abandonne tous les désirs et vit et agit libre de tout appétit, qui n’a ni « moi », ni « mien », il parvient à la grande paix.
72. Telle est brâhmi sthiti, ô fils de Prithâ. L’ayant atteint, l’homme n’est plus égaré. Ferme en cet état à l’heure de sa fin, il peut parvenir à l’extinction en Brahman.
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Source : Bhagavad-Gita, Paris, Librairie d’Amérique et d’Orient, Adrien-Maisonneuve, 1962.
Figure dans
Krishna (divinité) ; Mahabharata ; sanskrite, littérature ; Bhagavad-Gita
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