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Dans Psychanalyse des contes de fées, publié en 1976, Bruno Bettelheim applique aux contes destinés aux enfants le filtre de l’analyse psychanalytique. Celui des Trois Petits Cochons met en scène le principe de plaisir et le principe de réalité. D’un récit captivant — où les cochons qui préfèrent jouer tout le jour plutôt que de passer du temps à construire une maison solide, résistante à la menace puis aux attaques du loup, sont par lui dévorés, tandis que celui qui est prévoyant et qui accepte de remettre à plus tard son désir de jouer aura la vie sauve et triomphera de son ennemi — l’enfant tire des conclusions pour son propre développement. Chaque cochon représente une étape du développement de la personnalité, d’abord dominée par le ça, puis où se manifeste le surmoi, et que contrôle le moi. La force du moi permet de se protéger et d’anéantir les puissances destructrices et inconscientes que représente le loup.
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[...] en s’identifiant avec les petits cochons, l’enfant apprend qu’une évolution est possible, que l’on peut passer du principe de plaisir au principe de réalité qui, après tout, n’est qu’une modification du premier. L’histoire des trois petits cochons évoque une transformation qui permet un accroissement de plaisir, parce que la satisfaction est alors recherchée en tenant compte des exigences de la réalité. Le troisième petit cochon, intelligent et enjoué, roule plusieurs fois son ennemi : d’abord quand le loup essaie par trois fois de l’attirer hors de la maison où il est en sécurité, en faisant appel à son avidité orale, lui proposant des expéditions à des endroits où ils trouveront tous deux une nourriture délicieuse : le loup le tente avec des carottes, qui ont peut-être été volées, puis avec des pommes et enfin avec la perspective d’une visite à la foire.
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Ce n’est qu’après ces tentatives inutiles que le loup passe à l’action meurtrière. Mais, pour l’attraper, il faut qu’il entre dans la maison du petit cochon, et une fois de plus, c’est ce dernier qui gagne, car le loup tombe dans la cheminée, plonge dans une marmite d’eau bouillante et fera un excellent plat de viande cuite pour le petit cochon. Justice est faite : le loup, qui a dévoré les deux autres petits cochons et qui voulait manger le troisième, sert lui-même de nourriture à son vainqueur.
L’enfant, qui, tout au long de l’histoire, a été invité à s’identifier avec l’un des protagonistes, non seulement est laissé avec de l’espoir, mais apprend que, en développant son intelligence, il peut venir à bout d’adversaires plus forts que lui.
Source : Bettelheim (Bruno), Psychanalyse des contes de fées, Paris, Robert Laffont, coll. « Pluriel », 1976.
Figure dans
contes populaires ; réalité, principe de ; plaisir, principe de ; Bettelheim, Bruno
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