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L’entreprise encyclopédique de Diderot et d’Alembert marque l’esprit philosophique de l’époque des Lumières en voulant présenter l’ensemble des connaissances disponibles et, parallèlement, l’art de raisonner. Dans le « Discours préliminaire de l’Encyclopédie », ouvrant le premier volume, d’Alembert expose l’esprit de l’Encyclopédie, reposant sur l’ordre alphabétique, la logique et « l’arbre généalogique des connaissances », afin de donner à l’ouvrage un double aspect : documentaire et philosophique.
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[...] L’avantage que les hommes ont trouvé à étendre la sphère de leurs idées, soit par leurs propres efforts, soit par le secours de leurs semblables, leur a fait penser qu’il serait utile de réduire en art la manière même d’acquérir des connaissances, et celle de se communiquer réciproquement leurs propres pensées ; cet art a donc été trouvé, et nommé Logique. Il enseigne à ranger les idées dans l’ordre le plus naturel, à en former la chaîne la plus immédiate, à décomposer celles qui en renferment un trop grand nombre de simples, à les envisager par toutes leurs faces, enfin à les présenter aux autres sous une forme qui les rende faciles à saisir. C’est en cela que consiste cette science du raisonnement qu’on regarde avec raison comme la clef de toutes nos connaissances. Cependant il ne faut pas croire qu’elle tienne le premier rang dans l’ordre de l’invention. L’art de raisonner est un présent que la Nature fait d’elle-même aux bons esprits ; et on peut dire que les livres qui en traitent ne sont guère utiles qu’à celui qui se peut passer d’eux. On a fait un grand nombre de raisonnements justes, longtemps avant que la logique réduite en principes apprit à démêler les mauvais, ou même à les pallier quelquefois par une forme subtile et trompeuse.
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Cet art si précieux de mettre dans les idées l’enchaînement convenable, et de faciliter en conséquence le passage des unes aux autres, fournit en quelque manière le moyen de rapprocher jusqu’à un certain point, les hommes qui paraissent différer le plus. En effet, toutes nos connaissances se réduisent primitivement à des sensations, qui sont à peu près les mêmes dans tous les hommes ; et l’art de combiner et de rapprocher des idées directes, n’ajoute proprement à ces mêmes idées, qu’un arrangement plus ou moins exact, et une énumération qui peut être rendue plus ou moins sensible aux autres. L’homme qui combine aisément des idées, ne diffère guère de celui qui les combine avec peine, que comme celui qui juge tout d’un coup d’un tableau en l’envisageant, diffère de celui qui a besoin pour l’apprécier qu’on lui en fasse observer successivement toutes les parties : l’un et l’autre en jetant un premier coup d’œil, ont eu les mêmes sensations, mais elles n’ont fait, pour ainsi dire, que glisser sur le second ; et il n’eût fallu que l’arrêter et le fixer plus longtemps sur chacune, pour l’amener au même point où l’autre s’est trouvé tout d’un coup. Par ce moyen, les idées réfléchies du premier seraient devenues aussi à portée du second, que des idées directes. Ainsi il est peut-être vrai de dire qu’il n’y a presque point de science ou d’art dont on ne pût à la rigueur, et avec une bonne logique, instruire l’esprit le plus borné ; parce qu’il y en a peu dont les propositions ou les règles ne puissent être réduites à des notions simples, et disposées entre elles dans un ordre si immédiat, que la chaîne ne se trouve nulle part interrompue. [...]
Source : Diderot et d’Alembert, l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, 1757.
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Encyclopédie [Diderot et d'Alembert] ; science ; France (histoire) ; Alembert, Jean Le Rond d' ; française, littérature ; Lumières, siècle des
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