|
Dans les Bacchantes, l’une des dernières pièces du poète tragique Euripide, le jeune roi Penthée s’oppose à Dionysos et au culte licencieux qu’il propage tout autour de lui, célébré par des femmes infernales : les Bacchantes. Cette pièce, porteuse d’une humanité douloureuse, aborde des thèmes mythiques avec plus de liberté et de diversité que les œuvres précédentes de l’auteur. Si Euripide y préfère Penthée, incarnation de la raison, à Dionysos, représentant le mystère barbare, le poète ressent le charme de l’extase dionysiaque au sein de laquelle on oublie la douleur de l’existence et éprouve la volonté de communier avec la beauté de la nature.
 |
LE CHŒUR DES BACCHANTES
Strophe.
Ainsi, en des danses nocturnes,
je ferai donc de nouveau dans l’ivresse
rebondir mes pieds blancs.
Je jetterai ma gorge
dans l’air que fraîchit la rosée,
pareille au faon qui s’ébat
dans la joie verdoyante des prés,
lorsque, les traqueurs évités,
il échappe à la chasse terrible,
franchit les filets bien tendus,
pendant que le chasseur
précipite en criant
la course de ses chiens.
Par l’effort de ses élans rapides,
le faon, comme la tempête, bondit
à travers la plaine
riveraine du fleuve,
se réjouit des lieux
désertés par les hommes,
et des jeunes pousses
de la forêt
à la feuillée ombreuse.
Est-il une plus belle sagesse
et les hommes peuvent-ils
obtenir des dieux
un plus beau privilège,
que de pouvoir tenir
une main victorieuse
sur une tête ennemie ?
Ce qui est glorieux
est toujours agréable.
Antistrophe.
Lentement elle se meut
la justice divine,
mais elle vient sûrement.
Elle châtie les mortels
qui révèrent l’ignorance
et qui, par l’effet
d’une opinion démente,
ne favorisent pas
le culte des dieux.
Avec astuce, les dieux
cachent l’antique pied du Temps
et pourchassent l’impie.
Il ne faut jamais
ni penser ni agir
en dehors des coutumes.
C’est dépense légère
de se soumettre à leur autorité,
et de se conformer,
quels qu’ils soient,
aux usages divins
qui se sont perpétués
dans la longueur du Temps,
et qui toujours ont leur source
dans la Nature.
Est-il une plus belle sagesse,
et les hommes peuvent-ils
obtenir des dieux
un plus beau privilège,
que de pouvoir tenir
une main victorieuse
sur une tête ennemie ?
Ce qui est glorieux
est toujours agréable.
Épode.
Heureux certes est celui,
qui ayant échappé
aux tempêtes des mers,
est arrivé au port !
Heureux aussi celui
qui est parvenu
au-dessus de ses peines !
Les hommes diversement,
par la richesse ou la puissance,
les uns les autres se dépassent.
Ils ont mille espérances
pour mille biens à venir ;
les unes font que les mortels
parviennent au bonheur,
les autres sont parties
avant que d’aboutir.
Mais je proclame heureux
celui dont le bonheur
tout au cours de sa vie
se fait au jour le jour !
 |
|
Et aussi sur Encarta |
|
 |
|
|
|
|
Source : Euripide, les Bacchantes, trad. par Mario Meunier, Paris, Payot, 1923.
Figure dans
Dionysos ; Euripide ; Bacchantes, les [Euripide]
|