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Loin de l’angoisse ou de l’évocation de l’amour comme passion violente et dévastatrice, « l’Invitation au voyage » — extrait de la première partie des Fleurs du mal, « Spleen et Idéal » — chante un amour tendre, l’éclat mouillé des yeux de la femme aimée invitant à un voyage dans une Hollande toute d’eau et de lumière. Dans un rare état de bien-être, la rêverie créatrice du poète s’épanouit, superposant aux images traditionnelles de la Hollande un pays imaginaire, chimérique, splendeur au-delà du réel où femme et paysage se confondent harmonieusement, où éclat, couleurs et odeurs se répondent, faisant émerger un paradis perdu dans lequel le désir serait enfin pleinement satisfait et la mort sereinement envisagée.
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Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale.
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
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Source : Baudelaire (Charles), les Fleurs du mal, 1857.
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française, littérature ; poésie ; Fleurs du mal, les [Charles Baudelaire] ; Baudelaire, Charles
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