Encadré Encarta Figure dans
Bossuet, Sermon sur la mort

Au XVIIe siècle, la Contre-Réforme catholique inaugure une nouvelle pastorale hantée par l’angoisse du salut et la contemplation de la mort. Avec l’emphase des pompes baroques, les obsèques deviennent un fastueux théâtre public dans lequel s’illustrent les plus grands orateurs, tel le prédicateur Bossuet. Extrait de son Sermon sur la mort, ce passage démontre toute l’importance funeste que prend le dernier moment, aux yeux des catholiques, et la nécessité de s’inquiéter du salut de son âme en y contemplant sa dépouille.

Sermon sur la mort de Bossuet

Domine, veni et vide.
Seigneur, venez et voyez.
(Joan., xi, 34.)

Et aussi sur Encarta

Me sera-t-il permis aujourd’hui d’ouvrir un tombeau devant la Cour, et des yeux si délicats ne seront-ils point offensés par un objet si funèbre ? Je ne pense pas, Messieurs, que des chrétiens doivent refuser d’assister à ce spectacle avec Jésus-Christ. C’est à lui que l’on dit dans notre évangile : Seigneur, venez, et voyez où l’on a déposé le corps du Lazare ; c’est lui qui ordonne qu’on lève la pierre, et qui semble nous dire à son tour : Venez, et voyez vous-mêmes. Jésus ne refuse pas de voir ce corps mort, comme un objet de pitié et un sujet de miracle ; mais c’est nous, mortels misérables, [qui refusons] de voir ce triste spectacle, comme la conviction de nos erreurs. Allons, et voyons avec Jésus-Christ ; et désabusons-nous éternellement de tous les biens que la mort enlève.

C’est une étrange faiblesse de l’esprit humain que jamais la mort ne lui soit présente, quoiqu’elle se mette en vue de tous côtés, et en mille formes diverses. On n’entend dans les funérailles que des paroles d’étonnement de ce que ce mortel est mort. Chacun rappelle en son souvenir depuis quel temps il lui a parlé, et de quoi le défunt l’a entretenu ; et tout d’un coup il est mort. Voilà, dit-on, ce que c’est que l’homme ; et cet homme ne s’applique rien, oublieux de sa destinée ! ou s’il passe dans son esprit quelque désir volage de s’y préparer, il dissipe bientôt ces noires idées ; et je puis dire, Messieurs, que les mortels n’ont pas moins de soin d’ensevelir les pensées de la mort que d’enterrer les morts mêmes. Mais peut-être que ces pensées feront plus d’effet dans nos cœurs, si nous les méditons avec Jésus-Christ sur le tombeau de Lazare ; mais demandons-lui qu’il nous imprime par la grâce de son Saint-Esprit, et tâchons de la méditer par l’entremise de la Sainte Vierge : [Ave].

Source : Lebarcq (abbé) éd., Œuvres oratoires de Bossuet, 7 volumes, Lille, 1890-1897.

Figure dans

Bossuet, Jacques Bénigne ; mort, histoire de la

© 2008 Microsoft