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Massignon, Opera Minora (extrait)

Orientaliste français, Louis Massignon apprend l’arabe littéral et vulgaire à l’École nationale des langues orientales au début du XXe siècle. Célèbre pour ses travaux sur la mystique islamique, auteur d’un Essai sur les origines du lexique technique de la mystique musulmane, il a consacré une partie de son œuvre à l’étude du livre sacré de l’islam, le Coran. Ainsi dans Opera Minora, qu’il publie en 1962, analyse-t-il le Coran, « forme parfaite de la Parole divine » au regard de la langue arabe ; ses mots semblent être ceux d’un poète.

Opera Minora de Louis Massignon (« le Coran »)

Pour essayer de comprendre l’influence du Coran, écrit en arabe, et qui a fait de l’arabe une langue de civilisation pour des centaines de millions d’âmes, il faut souligner les aspects spéciaux de la grammaire arabe, langue sémitique, puisqu’ils ont marqué le style de la pensée coranique.

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D’elle-même, la langue arabe coagule et condense, avec un durcissement métallique, et parfois une réfulgence de cristal, l’idée qu’elle veut exprimer, sans céder sous la prise du sujet parlant. Elliptique et gnomique, discontinue et saccadée, l’idée jaillit de la gangue de la phrase comme l’étincelle du silex. Déjà l’écriture arabe nous souligne cette densité : des mots, elle ne note que le « corps », les consonnes, seules écrites en noir sur la ligne ; tandis que l’« âme » des mots, leurs vocalisation et intonation, n’est notée que facultativement (et jadis en rouge) hors de la ligne. Cette physionomie de contrastes condensés a été imposée par la littérature arabe à la rhétorique de tous les peuples musulmans. Voici quelques exemples, empruntés à la poésie profane et amoureuse, où l’idée est condensée, au lieu que, dans nos langues aryennes, elle serait explicitée :

« La chambre où Te voici n’a plus besoin de flambeaux. » (Ibn al Mu’adhadhal.) — « Ah ! n’accomplis pas ta promesse de m’aimer, de peur que vienne l’oubli. » (Ibn Dâwoûd.) — « Pense au Voisin d’abord, ensuite à la maison. (il s’agit du Paradis). » (Râbia.) — « Je voulais vaincre en toi mon désir, mais c’est mon désir qui l’emporte. » (Motanabbi.) — « T’invoquerai-je : “C’est Toi”, si Tu ne m’avais dit : “C’est Moi” » — allusion à la Fatiha du Coran, que nous allons lire — (Hallâj.)

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Source : Massignon (Louis), Opera Minora, Liban, Dar Al-Maaref, 1963.

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Coran ; Massignon, Louis

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