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Duvivier, Julien

Duvivier, Julien (1896-1987), réalisateur français.

Né à Lille, Julien Duvivier commence ses études dans un collège de jésuites de la capitale lilloise, et les achève à Paris. Son ami Pierre Bertin le pousse alors à devenir comédien de théâtre. Julien Duvivier entre ensuite à l'Odéon, où le metteur en scène André Antoine lui conseille de s’orienter vers le cinéma.

Il travaille d'abord sur les productions de la Société des gens de lettres, devient ensuite l'assistant de Louis Feuillade chez Gaumont, écrit des scénarios et réalise son premier film, un western intitulé Hacelmada ou le Prix du sang (1919), avec Séverin-Mars dans le rôle principal. Il tourne ensuite la Réincarnation de Serge Renaudier (1920) et connaît son premier grand succès public avec les Roquevillards (1922).

Très tôt, il se distingue en choisissant de traiter des sujets ambitieux, comme l’opposition entre science et religion dans Credo ou la Tragédie de Lourdes (1924), ou l’histoire du cinéma dans la Machine à refaire la vie (1924).

De cette période muette, les historiens du cinéma retiennent surtout sa première version de Poil de Carotte (1925) de Jules Renard, une fresque religieuse sur un anarchiste ramené à la foi par son père, l'Agonie de Jérusalem (1926), une évocation de Thérèse de Lisieux, la Vie miraculeuse de Thérèse Martin (1929) et une adaptation d'un roman d’Émile Zola, Au Bonheur des Dames (1930), œuvre qui annonce le pessimisme de la plupart de ses œuvres futures.

L'arrivée du parlant ne lui pose aucun problème, et il devient l'un des grands metteurs en scène français des années trente. Son collègue Jean Renoir le surnomme alors « l'architecte ».

Il entreprend d'abord une adaptation du roman d’Irène Nemiroswki, David Golder (1931), film dans lequel Harry Baur est admirable. Il retrouve ce comédien pour l’intéressant Cinq Gentlemen maudits (1932), et réalise ensuite un film parlant, tout à la fois français et allemand, Allo, Berlin ? Ici Paris ! (1932). Il signe une nouvelle version, parlante, de Poil de carotte (1932), puis adapte le roman de Georges Simenon : la Tête d'un autre (1933), avec Harry Baur dans le rôle du commissaire Maigret.

Duvivier entame, peu après, une collaboration fructueuse avec Jean Gabin dans Maria Chapdelaine (1934), réalisé au Canada, Golgotha (1935) et la Bandera (1935). Il donne également un beau rôle à Maurice Chevalier dans l'Homme du jour (1936).

À cette époque, il est l’un des rares cinéastes français à tourner à l'étranger : le Golem (1936) à Prague et Toute la ville danse (The Great Waltz, 1939) à Hollywood. Il signe un film-témoignage sur le Front populaire, la Belle Équipe (1936), avec Jean Gabin, et retrouve ce dernier pour Pépé le Moko (1937), dont le succès est international. Pionnier du film à sketches avec Un carnet de bal (1937), il tourne ensuite des films d'une extrême noirceur, la Fin du jour (1939), un remake de la Charrette fantôme (1939) et Untel père et fils (1940). Son goût du sordide s'y affirme avec une rage hautaine.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il réalise de bons films à sketches à Hollywood : Lydia (1941, un remake de Carnet de bal), Six Destins (Tales of Manhattan, 1942), Obsessions (Flesh and Fantasy, 1943), puis tourne l'Imposteur (The Impostor, 1943), avec Jean Gabin en vedette. De retour en France à la Libération, il transpose au cinéma les Fiançailles de Monsieur Hire de Georges Simenon dans Panique (1946), puis hésite un temps entre une carrière américaine, avec Anna Karénine (1948) et Black Jack (1950), et une carrière française avec Au royaume des cieux (1949). Mais il finit par rester en Europe où il cumule les expérimentations, comme Sous le ciel de Paris (1951) et la Fête à Henriette (1952), et les succès commerciaux, comme le Petit Monde de Don Camillo (1952) et le Retour de Don Camillo (1953).

Aimant aborder tous les genres, il s’adonne au film à thèse avec l'Affaire Maurizius (1954), au lyrisme avec Marianne de ma jeunesse (1955), retrouve Jean Gabin pour une œuvre au sordide absolu, Voici le temps des assassins (1956), réalise une parodie de film policier avec l'Homme à l'imperméable (1957), revient aux grandes adaptations littéraires en dirigeant Gérard Philipe dans Pot-Bouille (1957), d'après le roman d’Émile Zola, et Brigitte Bardot dans la Femme et le Pantin (1959), d'après le roman de Pierre Louÿs. Il filme également une pièce de théâtre à succès, Marie-Octobre (1959).

Réfractaire à la Nouvelle Vague, il tourne en Allemagne la Grande Vie (Das Kunsteidene Mädchen, 1960), avant d'employer Jean-Pierre Léaud dans une adaptation d'un roman de Robert Sabatier, Boulevard (1960).

Duvivier réalise ensuite l’une des rares adaptations réussies de John Dickson Carr, la Chambre ardente (1962), tourne un film à sketches, le Diable et les Dix Commandements (1960), puis deux films policiers, Chair de poule (1963), d’après le roman de James Hadley Chase, Tirez la chevillette, et Diaboliquement vôtre (1967), son dernier film, interprété par Alain Delon.