Format recherche français, art

Pour rechercher un mot ou une expression dans cet article, sélectionnez dans votre navigateur Internet l'option qui vous permet de faire des recherches dans une page. Dans Internet Explorer, cette option se trouve sous le menu Edition.

Étant donné que la recherche s'effectue exactement sur le mot ou l'expression que vous avez tapés, essayez, si la recherche n'aboutit pas, de vérifier l'orthographe du mot tapé ou de trouver un autre mot clé pour le sujet concerné.

français, art
1. Présentation

français, art, panorama de l'art et de l'architecture en France, de la naissance du royaume unifié à nos jours.

Source d'inspiration et modèle pour de nombreuses autres cultures occidentales, la tradition française est l’une des plus cohérentes et novatrices de l'art occidental. Elle s’est particulièrement distinguée au Moyen Âge, ainsi qu’aux XVIIe, XIXe et XXe siècles.

2. L’époque médiévale

Le royaume Franc se substitue, en 843, à l’entité territoriale connue sous le nom de Gaule, lorsque les Francs occidentaux (la future France) se séparent des Francs orientaux (la future Allemagne) à la signature du traité de Verdun. À l’époque médiévale, l’art français, d’abord de style carolingien, s’épanouit ensuite à travers les styles roman, puis gothique.

1. Le temps des cathédrales

L'abbaye bénédictine de Cluny, phare de l'ordre clunisien, témoigne de la transition entre la tradition carolingienne et le style roman. Fondée en 910, elle est agrandie en 955, puis en 1085, la dernière partie de l'ouvrage offrant un exemple exceptionnel d'architecture romane. La basilique Saint-Sernin de Toulouse (v. 1080-1120), autre joyau de l'architecture romane, est érigée à la même époque, tout comme l'église abbatiale de Saint-Étienne de Caen (début XIIe siècle) et celle de Saint-Gilles-du-Gard (1150-1200).

Dès 1140, dans le nord de la France, l’architecture de style gothique fait son apparition, avec la construction de la basilique Saint-Denis, au nord-est de Paris, avant de se répandre dans toute l'Europe. Le déambulatoire de Saint-Denis, avec ses arcs brisés et sa voûte nervurée en croix, définit les éléments clés du gothique, qui atteint l'apogée de son expression dans les grandes cathédrales construites dans la première moitié du XIIIe siècle — période dite du haut gothique —, telles les cathédrales d'Amiens (1220-1240), de Chartres (v. 1194-1220), de Reims (à partir de 1211) et Notre-Dame de Paris (1163-1250). Ces édifices, qui intègrent à l’architecture un travail extrêmement élaboré de sculpture et de vitrail, sont remarquables, et représentent une manifestation plastique extraordinairement unifiée de la pensée médiévale.

2. La sculpture

L'essor des ordres monastiques et des projets de construction permet le développement de la sculpture romane dans le sud et le centre de la France, comme la basilique Saint-Sernin à Toulouse, dont le tympan représente un Christ en majesté sculpté en relief dans le marbre (v. 1096), et comme l’église de la Madeleine à Vézelay (v. 1120-1132). Fait important, le Jugement dernier (v. 1140) qui orne le tympan du portail ouest de la cathédrale d'Autun en Bourgogne, porte pour la première fois la signature du sculpteur, Gislebertus, traduisant une prise de conscience décisive de l'artiste quant à son rôle social et au statut de son œuvre.

Les véritables débuts de la sculpture gothique remontent aux statues-colonnes des portails de la cathédrale de Chartres, vers 1145, où le traitement des figures, hiératiques et allongées, le réalisme des visages et la finesse des drapés annoncent clairement les grands principes de ce style sculptural. La France reste jusqu’à la fin de la période gothique flamboyante — au XVe siècle — un important centre de sculpture, avec des chefs-d’œuvre tels l’Ange au sourire de la cathédrale de Reims, les Apôtres de la Sainte-Chapelle, la Vierge dorée de la cathédrale d’Amiens et les représentations de l’Église et de la Synagogue de la cathédrale de Strasbourg. Au XIVe siècle, les artistes français excellent aussi dans la sculpture sur ivoire, modeste de proportions, mais remarquable par sa finesse et son expressivité, dont la pièce maîtresse est la Vierge à l’Enfant de Villeneuve-lès-Avignon.

3. La tapisserie de Bayeux

Le plus célèbre exemple d'art profane de la période romane est la Tapisserie de Bayeux (v. 1073-1083, musée de la Tapisserie de la Reine Mathilde, Bayeux). Cette longue bande de tissu brodé, mesurant près de 70 m de long et 49,5 cm de large, relate en une série de scènes réalisées dans un style simple et expressif, l'invasion de l'Angleterre et sa conquête en 1066 par Guillaume le Conquérant.

4. Peintures et manuscrits enluminés

L’église de Saint-Savin-sur-Gartempe, à une cinquantaine de kilomètres de Poitiers, renferme le cycle le plus complet de fresques romanes (v. 1100) en France. Les fresques de la crypte retracent la vie des deux saints patrons de l'église, saint Savin et saint Cyprien.

Le style gothique, expressif et allongé, touche d’abord les arts graphiques, comme en témoignent les enluminures du Psautier de Saint Louis (1253-1270, Bibliothèque nationale de France, Paris), et reste prépondérant dans ce domaine jusqu’aux enluminures des Heures de Rohan (v. 1418-1425, Bibliothèque nationale de France). En peinture, il trouve son expression la plus intense, quoique tardive, dans la Pietà de Villeneuve-lès-Avignon (v. 1455, musée du Louvre, Paris) attribuée à Enguerrand Quarton. Plus décoratives, les riches peintures du palais de Bourges, édifié par Jacques Cœur en 1443, forment l’un des plus beaux ensembles de la période gothique.

Dès le XVe siècle, l'influence italienne devient très sensible dans l’art français, par exemple dans les magnifiques enluminures des frères de Limbourg, qui ornent le manuscrit des Très Riches Heures du Duc de Berry (1413-1416, musée Condé, Chantilly). Jean Fouquet, le plus grand enlumineur français du XVe siècle, s’est d’ailleurs rendu en Italie vers 1445. Ses miniatures pour le manuscrit des Antiquités judaïques (Bibliothèque nationale de France), au style d’une finesse caractéristique, ont permis de lui attribuer d'autres réalisations du même type, ainsi que quelques peintures de chevalet dont la célèbre Vierge à l’Enfant entourée d’anges (v. 1452, musée royal des Beaux-Arts, Anvers) et des croquis de sculptures.

3. La Renaissance

Le gothique tardif, apparu vers 1250, demeure en France, comme dans toute l'Europe du Nord, un courant artistique majeur jusqu'au XVIe siècle, mais il est de plus en plus influencé par l'esprit de la Renaissance italienne. Au début des guerres d'Italie, en 1494, l’esprit renaissant domine déjà l'art français. La France dispute pendant plus de soixante ans, essentiellement aux Habsbourg d'Espagne, le contrôle des vulnérables cités-états italiennes. En 1559, le traité du Cateau-Cambrésis met fin à ces conflits, le roi Henri II n'obtenant en définitive aucun territoire en Italie. Mais le formidable exemple italien a entre-temps inspiré à la France de très ambitieux projets artistiques, placés pour l’essentiel sous le patronage de Louis XII et surtout de François Ier. Ce dernier réussit même à faire venir en France Léonard de Vinci, en 1516 ou 1517 : le maître italien résidera au château de Cloux, aujourd’hui Clos-Lucé, près d'Amboise, jusqu'à sa mort en 1519.

1. L’école de Fontainebleau

Le château de Fontainebleau, au sud-est de Paris, est l'un des plus beaux exemples de mécénat de l’époque renaissante. À partir de 1528, François Ier ordonne l’agrandissement de ce château médiéval. En 1530, il fait venir en France l'artiste italien Rosso Fiorentino, rejoint en 1532 par le Primatice. Ces deux artistes forment le pivot de ce que l'on appelle aujourd'hui l'école de Fontainebleau. Le château leur doit un nombre impressionnant de peintures décoratives et de stucs. S'ils n'ont pas été les premiers artistes renaissants italiens à travailler en France, ils sont les plus actifs de l’époque, Léonard de Vinci ayant très peu produit lors de sa retraite à Cloux. Ils développent le maniérisme, un style qui influencera profondément l'art français. Entre deux séjours en Italie, le Primatice poursuit son œuvre à Fontainebleau jusque dans les années 1560, rejoint, en 1552, par le peintre italien Nicolò dell'Abate, introducteur du paysage maniériste en France. Le sculpteur italien Benvenuto Cellini travaille également à Fontainebleau de 1540 à 1545, l'une de ses plus belles œuvres étant une salière en or destinée au service de François Ier (1540-1543, Kunsthistorisches Museum, Vienne).

2. Le maniérisme

Le style maniériste, caractérisé par l’idéalisation et l’allongement des formes, se retrouve dans l'œuvre d'artistes français tels que le peintre François Clouet et le sculpteur Jean Goujon. Clouet, peintre à la cour dès 1541, se spécialise dans le portrait — son père, Jean Clouet, probablement né en Flandres, étant déjà l'auteur de portraits peints dans le style de Hans Holbein le Jeune. Goujon, quant à lui, associe le style de Fontainebleau à des éléments purement classiques, dans une approche très personnelle, dont témoignent ses sculptures du Louvre et de la fontaine des Innocents, érigée en 1550.

3. L’architecture renaissante

En architecture, une nouvelle impulsion arrive d'Italie avec la venue, en 1541, de Sebastiano Serlio, auteur d’un traité d’architecture renommé, qui collabore aux aménagements du château de Fontainebleau et réside en France jusqu'à sa mort en 1554. Deux architectes français — Pierre Lescot et Philibert Delorme — contribuent également à répandre en France les principes architecturaux italiens. Lescot est surtout connu pour ses travaux de reconstruction du Louvre, à partir de 1546, et le talentueux Delorme, formé en Italie, réalise, entre autres, le château d'Anet (v. 1550), en Normandie.

4. Le temps des guerres de Religion

Au XVIe siècle, l'art français se développe dans le climat trouble et violent des guerres de Religion (1562-1598) qui opposent protestants et catholiques. C’est à cette époque qu'entre en scène Jacques Ier Androuet du Cerceau, fondateur d'une dynastie d'architectes active jusqu'à la fin du siècle suivant. Bénéficiant d’un important patronage royal, il a beaucoup construit. Cependant, il est surtout connu pour ses livres de gravure (les Plus Excellents Bastiments de France, 2 volumes, 1576-1579).

L'artiste le plus remarquable du XVIe siècle français est le sculpteur Germain Pilon. Ses premières œuvres traduisent l'influence des stucs du Primatice à Fontainebleau, mais son style évolue ensuite vers un réalisme vivant et expressif. Sous la direction du Primatice, il exécute le tombeau de Henri II et de Catherine de Médicis (1563-1570) en la basilique Saint-Denis, dont les gisants sont particulièrement somptueux. Parmi ses dernières œuvres, la Déposition (v. 1580-1585, musée du Louvre), un relief en bronze probablement destiné à la chapelle de René de Birague en l'église Sainte-Catherine du Val-des-Écoliers, à Paris, est remarquable par son intensité dramatique, qui révèle l'influence de Michel-Ange.

4. Le XVIIe siècle
1. L’architecture au début du XVIIe siècle

L'arrivée de Henri IV à Paris en 1594 annonce la fin des guerres de Religion, auxquelles l'édit de Nantes et le traité de Vervins (2 mai 1598) mettent un terme définitif. La paix revenue, un important programme de construction débute à Paris, avec de grands chantiers tel celui de la place des Vosges qui débute en 1605. Salomon de Brosse, l'architecte le plus inspiré de la période, conçoit des édifices somptueux, dont le palais du Luxembourg (1615), en puisant, suivant la volonté de sa commanditaire, Marie de Médicis, dans le répertoire florentin. De nombreux hôtels particuliers sont également construits, notamment par Jean du Cerceau, architecte de l'hôtel de Sully (1624-1629) ; voir famille Androuet du Cerceau.

2. Le temps des graveurs

Une seconde école de Fontainebleau fleurit alors, pâle copie de la première : ses instigateurs sont Ambroise Dubois, Toussaint Dubreuil et Martin Fréminet. Mais l'œuvre de deux artistes, Jacques Bellange et Jacques Callot, tous deux originaires de Nancy, est plus intéressante. Seule subsiste du travail de Bellange une étonnante série de gravures à l'eau-forte, essentiellement religieuses, qui dénotent l’influence du maniériste italien le Parmesan. Bellange influence à son tour Callot, l'un des plus grands graveurs de tous les temps. Ayant résidé à Florence de 1611 à 1621, où il a réalisé pour Cosme II de Médicis des eaux-fortes sur le thème des festivités de la cour florentine ou des scènes de la commedia dell'arte, Callot regagne Nancy à la mort de son protecteur en 1621, et continue de produire des gravures de fêtes et des scènes de la vie quotidienne. En 1633, lors de la guerre de Trente Ans (1618-1648), le cardinal Richelieu, premier ministre de Louis XIII, envoie les troupes françaises conquérir le duché de Lorraine. Peu après, Nancy est prise et le duc de Lorraine doit capituler. Les horreurs de cette campagne inspirent à Callot son chef-d’œuvre, une extraordinaire série de gravures à l'eau-forte intitulées les Grandes Misères de la Guerre (1633).

3. Les influences italiennes

Le séjour en Italie, destiné à se former au contact des grandes œuvres, est désormais une étape indispensable dans la carrière des artistes français. Aussi, le peintre Simon Vouet y demeure quatorze ans et s'y imprègne d'un nouveau style, le baroque. De retour à Paris, il devient rapidement l'un des peintres les plus en vue, réalisant des tableaux religieux à caractère décoratif, comme ceux — aujourd’hui détruits — de l'hôtel Séguier, à Paris (1638-1649). Sa domination artistique est brièvement ébranlée entre 1640 et 1642, lorsque Nicolas Poussin revient d'Italie où il séjournait depuis 1624. Puis, fin 1642, Poussin repart pour l'Italie où il passera le reste de sa vie.

4. Deux maîtres classiques

Malgré cette expatriation, Poussin, dont l'influence perdure jusqu'au XXe siècle, représente en peinture la quintessence de l'esprit classique français. Fortement inspiré par l'Antiquité pour ses sujets et son esthétique, il exécute des œuvres d’une grande noblesse, caractérisées par un calme, une amplitude et un équilibre profonds. Ses thèmes sont essentiellement religieux et mythologiques, mais l’espace, la lumière, le corps humain et le paysage tiennent dans sa peinture le véritable premier rôle. Sa peinture Bergers d’Arcadie (v. 1650, musée du Louvre) est particulièrement remarquable et fait état d'une emprise accrue de l'émotion sur l'intellect et de la couleur sur la composition géométrique, caractéristiques de la dernière partie de son œuvre.

Á l'instar de Poussin, Claude Gellée dit le Lorrain, autre peintre paysagiste, passe l’essentiel de son temps en Italie. Il y arrive en 1613 et séjourne à Rome jusqu'à sa mort, à l'exception d'un bref retour dans sa ville natale de Nancy en 1625-1627. Bien qu'également influencés par l'Antiquité, les paysages du Lorrain, souvent peuplés de petits personnages bibliques ou mythologiques, ont un rendu très différent de ceux de Poussin : la lumière oblique de l’aube ou du soir, les architectures idéales et les scènes pastorales ou sylvestres suscitent des images d’une grande douceur, aux harmonies émouvantes, comme la Vue d’un pont à l’aube conservée au musée du Louvre. On peut considérer le Lorrain, chez qui la forme humaine se perd dans l'immensité de la nature, comme un précurseur du sentiment romantique.

5. La grandeur baroque

Sous le règne de Louis XIV, la France jouit en Europe d'une influence politique et artistique sans précédent. Le Roi-Soleil, conscient de l’impact politique des arts, ordonne la construction d’un fastueux palais, symbole de sa puissance, sur le site du château de Versailles édifié quelques années auparavant par son père Louis XIII. Il emploie deux des architectes les plus talentueux de l'époque pour agrandir Versailles : dans un premier temps, Louis Le Vau (v. 1669), puis, à partir de 1678, Jules Hardouin-Mansart, petit-neveu de François Mansart, créateur de nombreux et élégants hôtels particuliers à Paris. L'expansion de Versailles, avec ses jardins à la française d'André Le Nôtre, donne naissance à un édifice dont la taille, la structure et la splendeur reflètent parfaitement l'autoritarisme centralisé du règne de Louis XIV.

Sous Louis XIV, la personnalité artistique dominante de la puissante Académie de peinture et de sculpture, fondée en 1648, est le peintre Charles Le Brun, grand admirateur de Nicolas Poussin. Sous la protection du ministre du roi, Jean-Baptiste Colbert, il exerce une fonction directoriale sur les arts français jusqu'à la mort de ce dernier en 1683. Le Brun produit des tableaux monumentaux, s'inspirant de sujets de la mythologie ou de l'histoire ancienne, mais aussi de l'histoire contemporaine, ce dernier genre étant souvent employé comme une forme de propagande royale.

Le respect académique des canons classiques caractérise la sculpture de cette époque, comme le montre le travail d'Antoine Coysevox, qui travaille énormément pour Versailles et pour la cour. Le sculpteur marseillais Pierre Puget est plus original, mais son style baroque, peu apprécié par Colbert, lui vaut un faible succès. Parmi ses œuvres, la puissante statue de Milon de Crotone (1671-1683, musée du Louvre), une représentation de l’athlète grec tué par un lion, est des plus remarquables.

De tous les peintres de grand talent de cette période, Georges de La Tour se signale par son individualisme. Volontairement en retrait du milieu artistique de Paris et de la cour, il réside toute sa vie en Lorraine. Ses grands tableaux nocturnes, aux rougeoyants effets de clair-obscur, en font l’un des successeurs les plus originaux du Caravage. Sa production restreinte témoigne d’une spiritualité profonde et mêle sujets religieux et peinture de genre, comme en témoigne son Adoration des bergers (1644-1645, musée du Louvre). Également influencés par le Caravage et son école, les trois frères Le Nain — Antoine, Louis et Mathieu — sont spécialisés dans les sujets de genre ; il est impossible de discerner avec certitude leurs travaux respectifs, car leurs tableaux sont rarement signés, et ceux qui le sont portent leur seul nom de famille.

La mort de Colbert, en 1683, marque le déclin du long règne de Louis XIV et de la suprématie française en Europe. Des guerres coûteuses (notamment la guerre de Succession d'Espagne, 1701-1714) affaiblissent alors l'économie française et le statut de la France sur la scène internationale.

Voir baroque, art.

5. Le XVIIIe siècle
1. Le rococo et ses contrastes

Après quelques expériences en ce sens sous Louis XIV, c’est principalement sous le règne de Louis XV que les arts délaissent la grandeur baroque et s’affranchissent du style pompeux promu par l'Académie, pour adopter le style plus léger et délicat du rococo. Le premier et principal représentant de cette esthétique nouvelle est Antoine Watteau. Né à Valenciennes, en Flandres, il gagne Paris vers 1702 et connaît le succès jusqu’à sa mort en 1721, devenant membre de l’Académie en 1717. Grand admirateur de son compatriote Rubens, Watteau excelle dans le genre des Fêtes galantes, représentations joyeuses de personnages élégants jouissant des plaisirs de la vie en plein air, comme dans le Pèlerinage à l’île de Cythère (1717, musée du Louvre). Ses œuvres témoignent d'une extraordinaire habileté à rendre les textures et baignent dans une subtile atmosphère poétique. Bien que joyeuses, ces scènes de fêtes traduisent l'aspect éphémère du plaisir et de la vie mêmes, avec une touche mélancolique qui fait toute la singularité de Watteau et distingue ses toiles de la production picturale de son temps.

Jean François de Troy, disciple de Watteau, peint comme lui des Fêtes galantes, mais il crée aussi des scènes de chasse et dépeint, dans des scènes d’intérieur, la bonne société. Une approche plus sensuelle, voire osée, est développée par François Boucher et Jean-Honoré Fragonard. Ayant remporté le prix de Rome, Boucher voyage en Italie, où il est saisi par l'œuvre de Tiepolo, dont le style décoratif et sensuel l’influence profondément. Spécialiste des sujets mythologiques, Boucher peint aussi des scènes de genre et des paysages. Son sens du décor lui permet de créer des croquis de tapisserie et des décors de théâtre. Le style gai et coloré de ses tableaux mythologiques, tel Leda et le Cygne (1741, Nationalmuseum, Stockholm), et sa passion pour le corps féminin lui valent quelques protestations, notamment de la part du célèbre philosophe et critique Denis Diderot, qui voit en Boucher « la ruine de nos jeunes étudiants en peinture », dans la mesure où il les encourage à « transpirer sur des putti enguirlandés, à peindre des derrières roses et dodus et à se complaire dans toutes sortes d'extravagances ». Mais l'érotisme des œuvres de Boucher est encore plus prononcé dans son traitement des scènes de genre. Nu sur un sofa ou Odalisque blonde (1753, Alte Pinakothek, Munich) montre, par exemple, une jeune femme posant de manière très suggestive sur un sofa luxueusement drapé.

Comme Boucher, avec lequel il étudie de 1750 à 1752, Fragonard, qui séjourne à Rome de 1756 à 1761, est influencé par Tiepolo. Après quelques peintures historiques, Fragonard se tourne vers des thèmes plus légers de la vie quotidienne. Les Hasards heureux de l'escarpolette (1766, Wallace Collection, Londres), une de ses premières œuvres majeures, montre une jeune femme se balançant dans un bois ensoleillé et qui, au gré du mouvement de la balancelle, laisse ses jupons se soulever avec complaisance, alors que son amant est allongé sur le sol et la regarde. Dans la même veine l'Amour réveillé dans le cœur d'une jeune fille (1771, Frick Collection, New York) est formé de quatre scènes réalisées pour la maîtresse de Louis XV, Madame du Barry, qui les trouve si peu convenables qu’elle les retourne à Fragonard.

2. L'influence hollandaise

Contemporain de Fragonard, Jean-Baptiste Greuze connaît un grand succès avec des scènes de genre, dépeignant souvent la vie des humbles. Les qualités descriptives et morales de sa peinture ont suscité l’enthousiasme du public, et notamment de Diderot, dans les années 1760. Plus tard, dans les années 1780, malgré la beauté de ses portraits, il perd la faveur du public et est réduit à la misère. En dépit de sa grande maîtrise technique et de son intérêt documentaire, son œuvre est, de nos jours, jugée excessivement sentimentale.

S’opposant aux œuvres de la période rococo, celles de Jean-Baptiste Chardin sont d'un tout autre registre. Ses tableaux de genre traitent des instants les plus quotidiens de l’existence, comme le Bénédicité (v. 1740, musée du Louvre). La gamme sombre et restreinte de la palette, la tendresse du regard et l’humilité des sujets dénotent l'influence de la grande peinture de genre hollandaise. L'attention portée au détail et la sérénité que l'on trouve dans ses scènes de genre étayent également les extraordinaires natures mortes qui composent l’autre volet principal de son œuvre. Elles représentent des ustensiles de ménage, comme Pipe et vase à boire (1760-1763, musée du Louvre), ou, comme la Raie (1727, musée du Louvre), de délicates représentations d’aliments. Là encore, ces images d’apparence humble doivent beaucoup à la peinture hollandaise et sont fortes d’une présence et d’un équilibre qui transcendent l’ordinaire du sujet.

3. Le portrait aristocratique

Élisabeth Vigée-Lebrun acquiert la célébrité, en 1778, grâce à un premier portrait de Marie-Antoinette, dont elle est l’amie et la protégée. Elle est connue dans toute l'Europe et, après la Révolution, réside dans plusieurs cours étrangères. Elle excelle dans les portraits, notamment de femmes et d'enfants, comme dans son Portrait de Marie-Antoinette et de ses enfants (1787, musée national du château de Versailles) et dans son autoportrait Mme Vigée-Lebrun et sa fille (v. 1789, musée du Louvre).

Voir rococo, style.

6. Le XIXe siècle
1. Le néoclassicisme

Rompant avec la tendance générale à l’emphase et à l’extériorisation qui a cours dans l’art du XVIIIe siècle, le style néoclassique, plus austère et plus froid, fait son apparition dès la fin du siècle. Inspiré par le rationalisme du siècle des Lumières, les principes d'ordre et d'harmonie qui étayent ce style offrent un contraste saisissant avec le rococo.

En France, le néoclassicisme possède la particularité de s’être associé sans rupture à deux types très différents de société. D’une part la société des Lumières, d’où émerge le libéralisme radical qui est l'une des principales causes de la Révolution de 1789, et dont le néoclassicisme dévoile les idéaux démocratiques et républicains, et d’autre part la société impériale, au sein de laquelle le néoclassicisme suggère avec force que la France a restauré les antiques valeurs de l’Empire romain, tandis que son armée balaye le continent européen.

Les premiers signes du renouveau classique apparaissent dans l'œuvre du sculpteur Edme Bouchardon, dont la statue équestre de Louis XV (1748-1762, détruite en 1792) fait directement référence au célèbre Marc Aurèle de la place du Capitole à Rome. Ce goût pour l'Antiquité transparaît aussi chez Jean-Baptiste Pigalle, dont la plus célèbre sculpture représente le philosophe Voltaire (1770-1776, musée du Louvre). En architecture, les références classiques abondent dans les plans idéalistes d’Étienne Louis Boullée et dans les édifices de Claude Nicolas Ledoux.

Le représentant le plus remarquable du néoclassicisme français est le peintre Jacques Louis David, héritier de Poussin et fervent robespierriste qui deviendra le peintre attitré de l’empereur Napoléon. Ses scènes de l'histoire antique, comme le magnifique Serment des Horaces (1784-1785, musée du Louvre), semblent avoir eu un très fort impact à leur époque. David peint également des scènes de la Révolution, comme la Mort de Marat (1793, musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles). À travers une série d’œuvres monumentales réalisées avec ses élèves, au nombre desquels Antoine-Jean Gros et Anne-Louis Girodet, David livre une vision grandiose de l’Empereur, qui culmine dans le Couronnement de Napoléon et Joséphine (1805-1807, musée du Louvre).

Suivant les pas de David, Jean Auguste Dominique Ingres perfectionne le style académique, lui donnant des accents plus sensuels, moins sévères et moins martiaux, et atteignant des sommets dans la pureté des lignes et la précision du modelé. Extraordinaire technicien, mais profondément artiste, il excelle tant dans les scènes mythologiques comme Jupiter et Thétis (1811, musée Granet, Aix-en-Provence) que dans les portraits de contemporains, comme celui de Mme Moitessier (1856, The National Gallery, Londres).

2. Romantiques et réalistes

Le romantisme sacralise l’individualité de l’artiste, génie inspiré dont le devoir est d'exprimer librement ses émotions et ses idéaux, sans se laisser entraver par la tradition — une attitude totalement contradictoire avec la rigueur scrupuleuse du classicisme et ses constants appels aux canons antiques. Si l’œuvre d’Ingres possède déjà quelques accents romantiques, le romantisme n’entre véritablement en scène qu’avec des tableaux comme le Radeau de la Méduse (1819, musée du Louvre) du peintre Théodore Géricault. Les couleurs orageuses et livides et le sujet lui-même (un naufrage survenu en 1816) annoncent une nouvelle ère picturale, caractérisée non seulement par une différence de style, mais aussi et surtout par un déplacement de la sensibilité.

Avec l’apparition de la notion d’avant-garde, il est de plus en plus naturel pour l'artiste de heurter le public et la critique par un positionnement « en avance sur son temps », qui destine sa peinture à être comprise seulement par une élite. Eugène Delacroix devient le plus célèbre des artistes romantiques, réalisant une série d'œuvres théâtrales et exotiques, dont la Mort de Sardanapale (1827, musée du Louvre). Les différences évidentes entre son approche et celle d'Ingres sont à l'origine d'un grand débat sur les mérites respectifs du dessin, que valorisent les classiques, et de la couleur, que sacralisent les romantiques. Ce débat, qui rejoint en somme les querelles du XVIIe siècle entre tenants du classicisme et tenants du baroque, marque le début d'une ère de contestation ouverte contre la peinture académique.

En marge de ces conflits artistiques, Jean-Baptiste Camille Corot apporte un souffle nouveau à la peinture de paysage, grâce à ses tableaux réalisés en plein air. Ses œuvres poétiques et spontanées, d’une facture douce et d’un modelé légèrement flou, sont d'abord peu appréciées, puis lui valent une grande réputation dans les années 1850. Il a une forte influence sur l'école de Barbizon, qui compte parmi ses membres Jean-François Millet et Théodore Rousseau. Ce groupe informel s'intéresse surtout aux paysages et aux scènes paysannes.

Si certains tableaux de l'École de Barbizon, notamment ceux de Millet, ont été suspectés de connotations socialistes subversives, le potentiel politique de l'art est plus directement exploité et exprimé par Gustave Courbet. En 1850, Courbet peint l’étonnant Enterrement à Ornans (1849-1950, musée d'Orsay, Paris) qui représente d'humbles funérailles villageoises dans un format généralement réservé aux grandes scènes historiques. La rusticité des personnages, l'apparente grossièreté d’exécution et la vulgarité supposée du sujet outragent les critiques et le public. Artiste engagé, Courbet soutient que des scènes quotidiennes mettant en scène des gens simples sont tout aussi dignes de l'art que des images princières ou héroïques. L’esthétique réaliste de Courbet, théorisée dans son Manifeste du réalisme (1855), révolutionnera la peinture, libérant les artistes des styles et des sujets traditionnels.

3. L’impressionnisme

Les idées de Courbet ont un impact considérable sur la peinture d'Édouard Manet, et deux tableaux de ce dernier, datés de 1863, le Déjeuner sur l'herbe et Olympia (musée d'Orsay) provoquent de très vives réactions lorsqu’ils sont présentés aux salons de 1863 et 1865. Manet, loin d’être un pornographe, a surtout songé à créer un art nouveau, en phase avec le monde moderne, cependant le réalisme des nus soulève des accusations d'immoralité et de dépravation.

Séduit par son art, un groupe de jeunes artistes se rassemble autour de Manet au milieu des années 1860. Ce sont Claude Monet, Pierre Renoir, Camille Pissarro, Alfred Sisley et Edgar Degas, qui formeront le cœur du mouvement impressionniste. Ils font leur première apparition en tant que groupe artistique lors du salon impressionniste de 1874. Monet en est chef de file, prônant une esthétique de « plein air » et peignant le plus souvent ses toiles en extérieur. Quant à Degas, le moins soucieux d’appartenir à un groupe, il suit une voie plus personnelle avec ses scènes de ballet, de cafés et d'intérieurs. Il partage avec les autres impressionnistes le désir de tourner la peinture vers le monde moderne, mais possède un style et un regard uniques. Il réalise également des sculptures, dont la Danseuse de 14 ans (1880-1881, musée d'Orsay), un bronze audacieusement revêtu d’un vrai tutu. Ce salon de 1874 a été tourné en dérision par nombre de critiques, aux yeux desquels les tableaux paraissent inachevés et maladroits.

La facture spontanée des impressionnistes, qui finira par connaître un prodigieux succès, est née de leur désir de représenter la nature telle qu'elle apparaît, sans avoir à satisfaire à de quelconques conventions esthétiques, et, dans ce sens, l’art du sculpteur Auguste Rodin se rapproche beaucoup de l’impressionnisme. Rodin devient le sculpteur le plus célèbre de la fin du XIXe siècle, influencé par le concept du non finito de Michel-Ange, qui prône de laisser la sculpture délibérément inachevée. Auteur de plusieurs chefs-d’œuvre, comme le Penseur (1904, musée Rodin, Paris) ou le Baiser (1888, musée Rodin), Rodin a réalisé la monumentale Porte de l'Enfer (1880-1917, musée Rodin), dont les personnages tourmentés offrent un bel exemple de son incroyable virtuosité et de l’étendue de son vocabulaire figuratif.

Bien qu'il ait un temps été associé aux impressionnistes, et en particulier à Pissarro, Paul Cézanne est l’inventeur d’un style unique, ayant souvent pour thème les paysages de sa Provence natale. Mais, à la différence des impressionnistes préoccupés d’atmosphères et de surfaces, Cézanne fait ressortir la structure sous-jacente de ce qu'il peint, développant une technique synthétique où de petits blocs de couleur disposés de manière rythmique viennent construire l'image finale. Dans les dernières années de sa vie, il est particulièrement fasciné par la montagne Sainte-Victoire, près d'Aix-en-Provence, que l'on retrouve dans de nombreuses toiles.

Ce type d’approche systématique et structurée de la peinture caractérise également ce qu’on appelle le pointillisme, une forme de néo-impressionnisme. Son plus grand défenseur est Georges Seurat. Influencé par les théories contemporaines de la couleur, tout comme l’étaient les impressionnistes, Seurat réalise des tableaux sereins et statiques, tels Un dimanche à la Grande-Jatte (1884-1886, Art Institute, Chicago), en appliquant méticuleusement des petits points de couleur juxtaposés. Plusieurs artistes sont séduits par ce style, dont Paul Signac. L'objectivité tranquille du pointillisme contraste vivement avec les œuvres subjectives et chargées d'émotion du post-impressionnisme et du symbolisme. Le premier, dans lequel on peut dans une certaine mesure inclure Cézanne, gravite autour des personnalités de Paul Gauguin et de Vincent Van Gogh. Gauguin est, dans un premier temps, inspiré par le climat breton, puis par l'exotisme de Tahiti et des Marquises, où il s’expatrie définitivement en 1895. Il développe toute sa vie un style tout en à-plats colorés, influencé par l’art primitif, appelé synthétisme ou cloisonnisme, où l'image est empreinte d'émotion, voire d'humeur. Van Gogh, en revanche, choisit des sujets plus communs, mais sait aussi leur donner, par sa technique violente aux touches épaisses, un fort impact émotionnel. Cependant, alors que l’art de Gauguin demeure dans une certaine mesure romantique et littéraire, sous-tendu par une dialectique de la nature et de la culture, la peinture de Van Gogh est de l’ordre de la vision pure et participe d’une expérience spirituelle indicible. C’est d’ailleurs, sans doute, l’authenticité et la profondeur de sa quête, que l’on peut qualifier de mystique, qui valent à Van Gogh l’extraordinaire popularité qu’il connaît de nos jours.

L'œuvre des peintres symbolistes comme Gustave Moreau, Pierre Puvis de Chavannes et Odilon Redon, en relation étroite avec le courant littéraire du même nom, est quant à elle si lourdement imprégnée de spiritualisme qu’il s’en dégage parfois un sentiment d'oppression et de claustrophobie. Mais, à défaut d’avoir fondé une vision nouvelle du monde, ces artistes à l’imaginaire très riche ont laissé derrière eux nombre de trouvailles et de curiosités.

Voir impressionnisme.

7. Le XXe siècle

Les profonds bouleversements artistiques de la dernière moitié du XIXe siècle ne sont que progressivement absorbés et, au siècle suivant, des artistes de haut niveau se fondent encore sur les acquis de cette période. Les travaux de Pierre Bonnard et d’Édouard Vuillard, par exemple, se rapportent directement à l'impressionnisme et au postimpressionnisme. Au tournant du siècle, Paris devient un tel point de convergence pour les artistes du monde entier que l’« art français » de cette période n’est pas nécessairement produit par des artistes nés en France. En effet, Paris est le lieu d’un formidable brassage artistique, et la source d’un art véritablement cosmopolite.

1. Le fauvisme

Le premier mouvement d'avant-garde au XXe siècle est le fauvisme, animé par Henri Matisse, le chef de file, André Derain, Maurice de Vlaminck, Georges Rouault, et Albert Marquet. Ils sont plus tard rejoints par et Raoul Dufy et Georges Braque. Ce style est ainsi baptisé lors du Salon d'automne de 1905, où les tableaux de ces artistes sont décrits par le critique Louis Vauxcelles comme le travail de « fauves » à cause de leur aspect « violent » et « cru ». Les fauves forment un groupe assez hétérogène, unis surtout par un commun désir de résister à l'académisme étouffant qui persiste à dominer les arts. Leurs œuvres sont caractérisées par des couleurs vives et une technique fougueuse, qui privilégie l’expressivité.

2. Le cubisme

En 1907, l’artiste espagnol Pablo Picasso ouvre une voie artistique radicalement nouvelle avec les Demoiselles d'Avignon (1906-1907, Museum of Modern Art, New York). Ce tableau, qui fait la synthèse de plusieurs sources d'inspiration, dont la peinture de Cézanne, l'art africain et la sculpture ibérique, anticipe les développements du cubisme. Georges Braque est l'un des rares artistes à avoir immédiatement compris la portée de cette œuvre, et devient un ami intime de Picasso. À eux deux, ils font du cubisme le mouvement moderne le plus fructueux et le plus radical, rejoints par d'autres cubistes tels Albert Gleizes et Jean Metzinger, qui contribuent à en élargir la portée. Le cubisme devient bientôt un phénomène public, qui influence l’art du monde entier. Il exerce notamment son influence sur les premières œuvres de Marcel Duchamp, un artiste dont la production ultérieure est inclassable, bien qu'elle possède toujours un caractère extrême, humoristique et subversif. Les formes cubistes trouvent également un écho en architecture dans l'œuvre moderniste de Le Corbusier, dont la réévaluation radicale de l'architecture influencera tout le mouvement moderniste. En revanche, certains artistes majeurs, souvent étrangers, installés en France, développent dès avant la Première Guerre mondiale des styles personnels qui ont relativement peu de rapports avec le cubisme. C’est le cas, par exemple, de Marc Chagall, Amedeo Modigliani et Chaïm Soutine.

3. Dada et surréalisme

Le cubisme survit à la Première Guerre mondiale et demeure présent dans l'art français jusque dans les années vingt. Mais, comme avant-garde, il est dépassé — et même tourné en dérision — par les dadaïstes français, groupe extrêmement provocateur et turbulent animé par le poète Tristan Tzara. La contribution du mouvement Dada aux arts plastiques comporte, outre des peintures comme celles de Francis Picabia et des sculptures comme celles de Jean Arp, des collages, des photomontages et des travaux typographiques. Parmi les dadaïstes figurent bon nombre de ceux qui, autour de la figure d’André Breton, formeront le groupe surréaliste.

En 1924, Breton publie le Manifeste du surréalisme et rassemble autour de lui quelques artistes, dont Max Ernst, André Masson, Yves Tanguy, et par la suite, Salvador Dalí. Le surréalisme, mouvement dogmatique mais protéiforme, a dominé la vie artistique de l'entre-deux-guerres, et influencé de nombreux artistes qui n'ont jamais officiellement adhéré au groupe, dont Picasso. L’intérêt des surréalistes pour le subconscient les a conduits à deux modes d'expression artistique fondamentaux : soit à un style impulsif, quasi abstrait, reposant sur « l'automatisme » tel que l’a pratiqué Masson, soit à la représentation précise et léchée d'un monde « surréel », comme dans les œuvres de Tanguy et Dalí. La sculpture est également représentée, dans le mouvement surréaliste, avec des artistes comme Alberto Giacometti.

En réaction au surréalisme, un groupe informel d'artistes abstraits fonde Abstraction-Création en 1931. Regroupant des peintres et des sculpteurs comme Jean Arp et Auguste Herbin, ils travaillent dans des styles divers, bien que l'abstraction géométrique soit chez eux dominante. Une autre opposition au surréalisme voit le jour chez divers artistes qui désapprouvent son engagement politique en faveur du communisme dans les années trente, alors que la démocratie en Europe est menacée de toutes parts.

4. L’après-guerre

Après la Seconde Guerre mondiale, la France perd sa position prééminente en art, Paris étant supplanté par New York. Au sortir de la guerre, et sans doute en réaction naturelle à ses atrocités, l'art français est caractérisé par sa rudesse. L'art brut de Jean Dubuffet s’inspire du graffiti, de l'art primitif et de l'art des malades mentaux. Bernard Buffet invente le misérabilisme figuratif, gris et livide, aux formes squelettiques. Pendant et après la guerre, Jean Fautrier peint des images quasi abstraites, d’une sourde épaisseur, qui semblent exprimer une horreur muette. Nicolas de Staël, malgré son goût pour la couleur, diffuse lui aussi dans sa peinture un sentiment de solitude et de désespoir. La peinture de Balthasar Klossowski, dit Balthus, est, avec son érotisme subtil, moins clairement liée au contexte historique.

L’art de Georges Mathieu, Olivier Debré et Pierre Soulages représente, dans une certaine mesure, la contrepartie française à l'expressionnisme abstrait américain, mouvement phare des années cinquante et soixante au niveau international. L'art américain est également à l'origine, en France, du Nouveau Réalisme qui s'inspire du travail d'artistes tels Jasper Johns et Robert Rauschenberg, tout en remettant au goût du jour l’approche ludique des dadaïstes. Ses représentants, Jean Tinguely et Yves Klein entre autres, ont le grand mérite d’avoir cherché à établir une nouvelle interactivité entre l’art et la société. Tinguely réalise des machines autodestructrices qui mettent en question le consumérisme et la technologie, tandis que Klein se joue du marché de l’art lui-même, avec une série d'œuvres déconcertantes, tel le Vide de 1958, une galerie entièrement nue.

Les œuvres d'Alain Jacquet et Martial Raysse sont plus proches du pop art américain, comme Peinture simple et tranquille de Raysse (1965, Museum Ludwig, Cologne), une photographie sur laquelle de la peinture et d’autres matériaux ont été ajoutés.

Dans les années quatre-vingt, la France a connu un développement important du marché de l’art contemporain, et de nombreux jeunes artistes et nouveaux courants sont apparus. Parmi ces courants, la figuration libre, animée par Robert Combas, Jean-Charles Blais et Hervé Di Rosa, qui doit son succès international à son joyeux mélange de références à la bande dessinée et à l’art moderne. Gérard Garouste, dont les tableaux pastichent souvent les grands maîtres, se rattache plutôt à un certain postmodernisme pictural. Dans une toute autre veine, Christian Boltanski, Annette Messager et Sophie Calle ont également conquis les galeries internationales, avec des travaux souvent fondés sur la photographie, où se mêlent l’ironie, le drame et l’introspection.