français, art
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français, art
5. Le XVIIIe siècle
1. Le rococo et ses contrastes

Après quelques expériences en ce sens sous Louis XIV, c’est principalement sous le règne de Louis XV que les arts délaissent la grandeur baroque et s’affranchissent du style pompeux promu par l'Académie, pour adopter le style plus léger et délicat du rococo. Le premier et principal représentant de cette esthétique nouvelle est Antoine Watteau. Né à Valenciennes, en Flandres, il gagne Paris vers 1702 et connaît le succès jusqu’à sa mort en 1721, devenant membre de l’Académie en 1717. Grand admirateur de son compatriote Rubens, Watteau excelle dans le genre des Fêtes galantes, représentations joyeuses de personnages élégants jouissant des plaisirs de la vie en plein air, comme dans le Pèlerinage à l’île de Cythère (1717, musée du Louvre). Ses œuvres témoignent d'une extraordinaire habileté à rendre les textures et baignent dans une subtile atmosphère poétique. Bien que joyeuses, ces scènes de fêtes traduisent l'aspect éphémère du plaisir et de la vie mêmes, avec une touche mélancolique qui fait toute la singularité de Watteau et distingue ses toiles de la production picturale de son temps.

Jean François de Troy, disciple de Watteau, peint comme lui des Fêtes galantes, mais il crée aussi des scènes de chasse et dépeint, dans des scènes d’intérieur, la bonne société. Une approche plus sensuelle, voire osée, est développée par François Boucher et Jean-Honoré Fragonard. Ayant remporté le prix de Rome, Boucher voyage en Italie, où il est saisi par l'œuvre de Tiepolo, dont le style décoratif et sensuel l’influence profondément. Spécialiste des sujets mythologiques, Boucher peint aussi des scènes de genre et des paysages. Son sens du décor lui permet de créer des croquis de tapisserie et des décors de théâtre. Le style gai et coloré de ses tableaux mythologiques, tel Leda et le Cygne (1741, Nationalmuseum, Stockholm), et sa passion pour le corps féminin lui valent quelques protestations, notamment de la part du célèbre philosophe et critique Denis Diderot, qui voit en Boucher « la ruine de nos jeunes étudiants en peinture », dans la mesure où il les encourage à « transpirer sur des putti enguirlandés, à peindre des derrières roses et dodus et à se complaire dans toutes sortes d'extravagances ». Mais l'érotisme des œuvres de Boucher est encore plus prononcé dans son traitement des scènes de genre. Nu sur un sofa ou Odalisque blonde (1753, Alte Pinakothek, Munich) montre, par exemple, une jeune femme posant de manière très suggestive sur un sofa luxueusement drapé.

Comme Boucher, avec lequel il étudie de 1750 à 1752, Fragonard, qui séjourne à Rome de 1756 à 1761, est influencé par Tiepolo. Après quelques peintures historiques, Fragonard se tourne vers des thèmes plus légers de la vie quotidienne. Les Hasards heureux de l'escarpolette (1766, Wallace Collection, Londres), une de ses premières œuvres majeures, montre une jeune femme se balançant dans un bois ensoleillé et qui, au gré du mouvement de la balancelle, laisse ses jupons se soulever avec complaisance, alors que son amant est allongé sur le sol et la regarde. Dans la même veine l'Amour réveillé dans le cœur d'une jeune fille (1771, Frick Collection, New York) est formé de quatre scènes réalisées pour la maîtresse de Louis XV, Madame du Barry, qui les trouve si peu convenables qu’elle les retourne à Fragonard.

2. L'influence hollandaise

Contemporain de Fragonard, Jean-Baptiste Greuze connaît un grand succès avec des scènes de genre, dépeignant souvent la vie des humbles. Les qualités descriptives et morales de sa peinture ont suscité l’enthousiasme du public, et notamment de Diderot, dans les années 1760. Plus tard, dans les années 1780, malgré la beauté de ses portraits, il perd la faveur du public et est réduit à la misère. En dépit de sa grande maîtrise technique et de son intérêt documentaire, son œuvre est, de nos jours, jugée excessivement sentimentale.

S’opposant aux œuvres de la période rococo, celles de Jean-Baptiste Chardin sont d'un tout autre registre. Ses tableaux de genre traitent des instants les plus quotidiens de l’existence, comme le Bénédicité (v. 1740, musée du Louvre). La gamme sombre et restreinte de la palette, la tendresse du regard et l’humilité des sujets dénotent l'influence de la grande peinture de genre hollandaise. L'attention portée au détail et la sérénité que l'on trouve dans ses scènes de genre étayent également les extraordinaires natures mortes qui composent l’autre volet principal de son œuvre. Elles représentent des ustensiles de ménage, comme Pipe et vase à boire (1760-1763, musée du Louvre), ou, comme la Raie (1727, musée du Louvre), de délicates représentations d’aliments. Là encore, ces images d’apparence humble doivent beaucoup à la peinture hollandaise et sont fortes d’une présence et d’un équilibre qui transcendent l’ordinaire du sujet.

3. Le portrait aristocratique

Élisabeth Vigée-Lebrun acquiert la célébrité, en 1778, grâce à un premier portrait de Marie-Antoinette, dont elle est l’amie et la protégée. Elle est connue dans toute l'Europe et, après la Révolution, réside dans plusieurs cours étrangères. Elle excelle dans les portraits, notamment de femmes et d'enfants, comme dans son Portrait de Marie-Antoinette et de ses enfants (1787, musée national du château de Versailles) et dans son autoportrait Mme Vigée-Lebrun et sa fille (v. 1789, musée du Louvre).

Voir rococo, style.