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Crime de Monsieur Lange [Jean Renoir]

Crime de Monsieur Lange [Jean Renoir], film français en noir et blanc de Jean Renoir, réalisé en 1935.

Un immeuble parisien abrite une blanchisserie tenue par Valentine (Florelle) et une maison d'édition dirigée par Batala (Jules Berry), un escroc séduisant qui publie des romans populaires et exploite Amédée Lange (René Lefèvre), auteur des aventures d’Arizona Jim.

Les deux petits mondes communiquent dans la cour de l’immeuble. La jeune blanchisseuse Estelle (Nadia Sibirskaïa) aime Charles (Maurice Baquet), le fils du concierge (Marcel Levesque), mais Batala la séduit et la met enceinte avant de fuir pour cause de faillite. Son train déraille et tout le monde le croit mort. L'héritier de l'imprimerie (André Guisol) accepte alors que les ouvriers fondent une coopérative pour continuer la publication des histoires d’Arizona Jim, qui ont de plus en plus de succès.

Estelle accouche d'un enfant mort-né et retrouve Charles, tandis que Valentine et Lange nouent une idylle. Tout va pour le mieux jusqu'à ce que Batala, rescapé de l'accident ferroviaire, revienne déguisé en prêtre pour récupérer son affaire et ruiner les efforts de la coopérative. Ne supportant pas cette idée, Lange tue Batala et s'enfuit en Belgique avec Valentine.

Devant à l’origine être réalisé par Jacques Becker, le film revient finalement à Jean Renoir qui le prépare avec Jacques Prévert et intègre une partie des comédiens du groupe Octobre à la distribution.

Marquée par les récents succès de la gauche aux élections municipales, cette œuvre aux tonalités anarchistes annonce le Front populaire et défend avec chaleur le principe des coopératives ouvrières. Cependant, Renoir se garde de tout manichéisme militant, montrant avec finesse les mobiles de chaque personnage et ne diabolisant aucun d’entre eux. Il faut d’ailleurs saluer la composition savoureuse de Jules Berry, franchement crapuleux et démoniaque, mais non dépourvu d’une sympathique humanité.

Le film a porté le titre provisoire Dans la cour, celle-ci étant en effet le cadre des scènes essentielles du récit ; mais si cette cour évoque une scène de théâtre, la mise en scène de Renoir est aux antipodes du théâtre filmé, le travail du son rehaussant encore la dynamique de l'image. La séquence de l'exécution de Batala dans la cour est d’ailleurs un modèle d'écriture cinématographique, sur le principe du plan-séquence.

Populaire, émouvant, drôle, d’une grande liberté de ton, le Crime de Monsieur Lange est d’une rare modernité stylistique. Il faut remarquer que les dernières séquences du film ont nettement bravé la censure de l'époque en montrant un criminel qui échappe à la justice, même s'il est entendu, dans un café, par un jury populaire formé de frontaliers.