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fantastique, cinéma
1. Présentation

fantastique, cinéma, panorama historique et thématique de la production cinématographique fantastique.

Le fantastique s'est tôt fait une place de choix dans le cinéma : des films fondateurs, souvent chefs-d’œuvre du genre (comme Dracula ou Frankenstein), aux parodies retorses (comme la trilogie Scream de Wes Craven), le genre a brassé et absorbé toutes les évolutions, échappant à une définition stricte pour se rassembler autour des notions essentielles de distorsion de la réalité, de malaise et de peur, voire d’épouvante. Perméable à d’autres genres, comme la science-fiction (qui implique une « autre » réalité, inconnue) ou l’horreur (dont le principal ressort dramatique est la violence), qui peut en être vu comme une continuité, le fantastique hante littéralement le cinéma.

Le genre fantastique a particulièrement profité des innovations technologiques qui ont jalonné l’histoire du cinéma, notamment pour produire des effets spectaculaires. Toutefois, outre ces images au fort pouvoir d’attraction/répulsion, le cinéma fantastique repose avant tout sur la description — parfois suggérée, parfois explicite — d’une réalité cachée, parallèle à la réalité visible : ainsi, créatures extraordinaires et monstres, apparitions, hallucinations et illusions, rêves et cauchemars sont autant de manifestations des angoisses profondes de l’homme, de ses phobies et de ses inhibitions, mais également de ses fantasmes et de ses vices. À l’opposé d’un cinéma du réel, le fantastique est un cinéma proche de l’inconscient.

2. Le cinéma fantastique muet
1. Le pionnier : Georges Méliès

C'est à l'un des pères fondateurs du cinéma, George Méliès, que l'on doit les premières séquences fantastiques sur pellicule, avec une série de petits films à l’ésotérisme facétieux et aux trucages astucieux et novateurs : le Mystère indien (1896), le Manoir du diable (1896), le Cabinet de Méphistophélès (1897), le Masque diabolique (1898), Illusions fantasmagoriques (1898), le Spectre (1899), Évocation spirite (1899), l’Antre des esprits (1901) et les Quat’ Cents Farces du diable (1905).

À sa suite, une poignée de réalisateurs prometteurs s'essaient au genre, le peuplant de fantômes (le Fantôme du Moulin Rouge de René Clair en 1924), de savants fous (la Folie du docteur Tube d’Abel Gance en 1915), de malades mentaux (Une page folle [ou Kuratta ippeiji] de Teinosuke Kinugasa en 1926), de momies (les Yeux de la momie Ma [ou Die Augen der Mumie Ma] d’Ernst Lubitsch en 1918) et de démons, incubes et succubes (la Sorcellerie à travers les âges [ou Häxan] de Benjamin Christensen en 1921).

2. Adaptations d’œuvres littéraires

Plus essentielles, les premières adaptations cinématographiques de romans fantastiques populaires font leur apparition sur les écrans : Frankenstein (1910) de Thomas Edison d’après Mary Shelley, le Portrait de Dorian Gray (Das Bildnis des Dorian Gray, 1917) de Richard Oswald d’après Oscar Wilde, Dr Jekyll and Mr Hyde (1920) de John S. Robertson d’après Robert Louis Stevenson, Notre-Dame de Paris (The Hunchback of Notre-Dame, 1923) de Wallace Worsley d'après Victor Hugo, le Monde perdu (The Lost World, 1925) de Harry Hoyt d’après Arthur Conan Doyle, le Fantôme de l'opéra (The Phantom of the Opera, 1925) de Rupert Julian d’après Gaston Leroux, la Petite Marchande d'allumettes (1927) de Jean Renoir d’après Hans Christian Andersen et la Chute de la maison Usher (1928) de Jean Epstein d’après Edgar Allan Poe.

3. L’expressionnisme allemand

Ce n’est cependant qu’avec l'essor, dans les années 1920, de l'expressionnisme allemand, dont les cadrages décalés et les clair-obscur inquiétants agencent des atmosphères proprement surnaturelles, que le fantastique produit ses premiers classiques : le Cabinet du docteur Caligari (Das Kabinett des Dr Caligari, 1919) de Robert Wiene, le Golem (Der Golem, 1920) de Paul Wegener, les Trois Lumières (Der Müde Tod, 1921) de Fritz Lang, le Cabinet des figures de cire (Das Waschsfigurenkabinett, 1924) de Paul Leni et le Montreur d'ombres (Schatten, 1922) d’Arthur Robinson. En 1922, F.W. Murnau offre pour sa part une réécriture radicale du point de vue de la forme au mythe de Dracula (Nosferatu le vampire [ou Nosferatu, eine Symphonie des Grauens]), à force de plans hallucinants — ombres étirées de la silhouette voûtée du héros, ongles démesurés et oreilles effilées — et d’onirisme malsain qui marquent les esprits et influencent durablement, parfois jusqu'à la parodie involontaire, des générations de cinéastes.

3. L'essor commercial : le cinéma fantastique hollywoodien
1. L’empreinte gothique

Né en Europe, le cinéma fantastique n'atteint pourtant un large public qu’à la faveur des efforts commerciaux de l'industrie hollywoodienne, qui, en quelques années et sous l'impulsion particulière des studios Universal et RKO, s'empare de thèmes littéraires — la plupart déjà traités quelques années auparavant — et les inscrit dans un cadre gothique (voir roman gothique), souvent de tonalité victorienne, pour les revitaliser : Docteur Jekyll et Mr. Hyde (Dr Jekyll and Mr Hyde, 1931) de Rouben Mamoulian, Dracula (1931) de Tod Browning (d'après le roman de Bram Stoker), Frankenstein (1931) et sa suite la Fiancée de Frankenstein (The Bride of Frankenstein, 1935) de James Whale, la Momie (The Mummy, 1932) de Karl Freund, le Chat noir (The Black Cat, 1934) de Edgar G. Ulmer d'après Edgar Allan Poe, l'Homme invisible (The Invisible Man, 1933) de James Whale et l'Île du Docteur Moreau (Island of Lost Souls, 1932) de Erle C. Kenton, tous deux d'après Herbert George Wells. Portés, pour l'essentiel, par des acteurs comme Lon Chaney, surnommé « l'homme au mille visages », Bela Lugosi, indéfectiblement associé à son rôle du comte Dracula, et Boris Karloff, éternel « monstre » du docteur Frankenstein, ces films connaissent un succès sans précédent dans une époque, marquée par la Grande Dépression, favorisant l’angoisse sourde et le repli morbide.

Face à ces adaptations, des réussites moins spécifiquement littéraires font date, comme le White Zombie (1932) de Victor Halperin, les Poupées du diable (The Devil Doll, 1936) de Tod Browning, Masques de cire (The Mystery of the Wax Museum, 1933) de Michael Curtiz, la Chasse du Comte Zaroff (The Most Dangerous Game, 1932) d’Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel, tourné par l’équipe, et dans le décor, d'un sommet du genre, King Kong (1933) de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, réécriture puissante du conte de la Belle et la Bête touchant au mythe.

Exploité, voire surexploité, le genre marque le pas dans les années 1940, peinant à se renouveler et offrant, déjà, des déclinaisons laborieuses des Dracula et Frankenstein originaux — quand les deux sinistres héros ne sont pas artificiellement réunis pour les besoins de films commerciaux calamiteux.

2. L’avènement du merveilleux

En marge de ces œuvres terrifiantes, un fantastique aux tonalités plus romantiques, débarrassé des effets gothiques du genre, éclaire Peter Ibbetson (1935) de Henry Hathaway, La vie est belle (It's A Wonderful Life, 1946) de Frank Capra, l'Aventure de Madame Muir (The Ghost and Mrs Muir, 1947) de Joseph Mankiewicz et Pandora (1951) d’Albert Lewin. Originale et épurée, l’œuvre du cinéaste américain d’origine française Jacques Tourneur (la Féline [ou Cat People], 1942, Vaudou [ou I Walked With A Zombie] en 1943, l’Homme-léopard [ou The Leopard Man], 1943) se distingue par le refus du recours à l’explicite et réussit ainsi à capturer l’essence même du fantastique : la suggestion. Enfin, à la périphérie du genre, le Magicien d’Oz (The Wizard of Oz, 1939) de Victor Fleming, l’une des œuvres les plus populaires de la culture américaine, mêle toutes les ressources du film fantastique, du film d’aventures et de la comédie musicale.

Comparées aux films américains, les productions fantastiques françaises font peu de place à l’épouvante et, bien que parfois sombres et pessimistes, relèvent généralement du merveilleux et du féerique comme dans les Visiteurs du soir (1942) de Marcel Carné, la Belle et la Bête (1946) et Orphée (1950) de Jean Cocteau, l'Éternel Retour (1943) de Jean Delannoy, la Nuit fantastique (1941) de Marcel L'Herbier, le Baron fantôme (1942) et la Fiancée des ténèbres (1944) de Serge de Poligny, Sylvie et le Fantôme (1945) de Claude Autant-Lara, les Belles de nuit (1952) de René Clair et Orfeu Negro (1959) de Marcel Camus.

3. Le péril atomique, ou la menace de la guerre froide

Le fantastique plus « traditionnel » bénéficie, quant à lui, des progrès techniques qui lui permettent d'enrichir son bestiaire, souvent objet de mutations nucléaires alors fortement redoutées, dont Godzilla (Gojira, 1954) de Inoshiro Honda et la Mouche Noire (The Fly, 1958) de Kurt Neumann constituent les monstres emblématiques. Pétri d'une terreur diffuse paranoïaque (Des monstres attaquent la ville [ou Them!] de Gordon Douglas en 1954, la Chose d'un autre monde [ou The Thing From Another World] de Christian Nyby en 1951 et l'Invasion des profanateurs de sépultures [ou Invasion of the Body Snatchers] de Don Siegel en 1956), ce cinéma fantastique témoigne alors avec acuité des peurs et des angoisses collectives du grand public américain, marqué par les inquiétudes que suscite alors la guerre froide.

4. Le cinéma fantastique se libère
1. Le fantastique anglais : le déchaînement des couleurs

Les années 1960 sont véritablement, pour le cinéma fantastique en particulier, la décennie de la couleur : à l'optimisation croissante et irrépressible des effets spéciaux s’ajoute dès lors un réalisme accru qui, en renouvelant le genre, contribue aussi à le scinder en un cinéma véritablement fantastique, fondé sur l'ellipse et la suggestion, et un cinéma d'horreur, descriptif et explicite.

Traité en Technicolor flamboyant, le cinéma fantastique devient, en quelques films, l'apanage d'une firme anglaise, la Hammer Film Productions, qui propose dès la fin des années 1950 de nouvelles versions, sensuelles et resplendissantes, des classiques produits par les Studios Universal : Frankenstein s'est échappé (The Curse of Frankenstein, 1957) du réalisateur vedette de la firme, Terence Fisher, qui signe aussi les classiques le Cauchemar de Dracula (Horror of Dracula, 1958), le Chien des Baskerville (The Hound of the Baskervilles, 1959), la Malédiction des Pharaons (The Mummy, 1959) et la Nuit du loup-garou (The Curse of the Werewolf, 1961). Héros de cette nouvelle vague du fantastique — rejetée par les puristes ne jurant que par la beauté en noir et blanc des premiers « Universal Monsters » —, Peter Cushing (le baron Frankenstein) et Christopher Lee (le comte Dracula) imposent leur jeu glacial et mesuré à une nouvelle génération de spectateurs.

Face à cette hémoglobine torrentueuse, certains réalisateurs persistent à assumer un noir et blanc tout aussi terrifiant pour distiller une angoisse sourde, comme Wolf Rilla (le Village des damnés [ou Village of the Damned], 1960), Jack Clayton (les Innocents [ou The Innocents], 1961), John Gilling (le Spectre du chat [ou The Shadow of the Cat], 1961), Robert Wise (la Maison du diable [ou The Haunting], 1963). Deux parodies, dues à des cinéastes de renom, et en couleurs pour leur part, attestent de la grande popularité du genre, désormais livrée aux pasticheurs : Dr Jerry et Mister Love (The Nutty Professor, 1963) de Jerry Lewis et le Bal des Vampires (The Fearless Vampire Killers, 1967) de Roman Polanski.

2. Le fantastique italien : la surenchère baroque

Dès les années 1940, les cinéastes italiens font de fréquentes incursions dans le domaine fantastique, notamment Alessandro Blasetti avec la Couronne de fer (la Corona di fero, 1941), Mario Soldati avec Malombra (1942) et Mario Camerini avec Ulysse (Ulisse, 1954).

À partir des années 1960, souvent sous l’étiquette du giallo, genre cinématographique spécifiquement italien qui mêle intrigue policière, horreur et érotisme, Mario Bava (le Masque du démon [ou la Maschera del demonio] en 1960, les Trois Visages de la peur [ou I Tre Volti della Paura] en 1963, le Corps et le Fouet [ou la Frusta e il Corpo] en 1963, et Six Femmes pour l'assassin [ou Sei donne per l'assassino] en 1964), Riccardo Freda (les Vampires [ou i Vampiri] en 1956 et l'Effroyable Secret du Dr. Hitchcock [ou l'Orribile Segreto del dottore Hitchcock], réalisé en 1962 sous le pseudonyme de Robert Hampton) et Antonio Margheriti (Danse Macabre [ou Danza macabra], 1964) impriment au genre des tonalités baroques et une démesure inédite. Quelques années plus tard, Dario Argento, leur héritier, repousse davantage encore ces limites et refond violemment le genre, sans toujours éviter le mauvais goût ni la surenchère gratuite : l'Oiseau au plumage de cristal (L'uccello dalle piume di cristallo, 1970), les Frissons de l'angoisse (Profondo rosso, 1975), Suspiria (1977) et Inferno (1980).

3. Le film d’horreur à son apogée

Les années 1960 s’achèvent pour le cinéma fantastique sur deux films américains majeurs qui donnent de nouvelles directions au genre : l'un, en noir et blanc, dû à George Romero (la Nuit des morts-vivants [ou The Night of the Living Dead], 1968), montre que le film d'horreur peut s'adresser à un très large public et prétendre à une respectabilité critique ; l'autre, en couleurs et tourné par Roman Polanski avec Mia Farrow et John Cassavetes dans les principaux rôles (Rosemary's Baby, 1968), confirme ce constat mais y apporte un succès commercial sans précédent qui alerte les producteurs des grands studios.

3.1. Vers une violence paroxystique

La censure se faisant moins présente, c'est le film d’horreur qui, graphiquement affranchi par l'importance des budgets, s'épanouit plus encore que le fantastique « classique » dans les salles américaines au moment où la société de production Hammer entame son baroud d'honneur. Si le premier long métrage d'un jeune réalisateur américain prometteur, Wes Craven, donne le ton d'une décennie ouverte à tous les excès (la Dernière Maison sur la gauche [ou The Last House on the Left], 1972), ce sont deux autres films, particulièrement choquants, qui la marquent de leur empreinte : l'Exorciste (The Exorcist, 1973), récit grand-guignolesque d'une possession démoniaque réalisé par William Friedkin, se place en tête du box-office américain ; l'année suivante, Tobe Hooper livre un film d'horreur à la violence outrancière (Massacre à la tronçonneuse [ou The Texas Chainsaw Massacre], 1974) qui jette les bases d'un sous-genre caractérisé par ses excès, le gore, dont les sommets choquants, rythmés par des tortures, des mutilations et des amputations, deviennent le fait de réalisateurs italiens, comme Lucio Fulci (l'Enfer des zombies [ou Zombi 2], 1979) et Ruggero Deodato, dont le Cannibal Holocaust (1979) touche à l'insoutenable.

3.2. L’horreur se teinte de psychologie

De jeunes metteurs en scène se rallient eux aussi au film d'horreur, auquel ils apportent une nouvelle profondeur psychologique et une qualité cinématographique reconnue, sans renoncer aux prétentions populaires du genre. Le réalisateur canadien David Cronenberg donne avec Frissons (Shivers, 1975) le coup d'envoi d'une filmographie névrotique, organique et viscérale : Videodrome (1982), Dead Zone (1983), la Mouche (The Fly, 1986), remake de la Mouche noire (The Fly, 1958) de Kurt Neumann, et Faux-semblants (Dead Ringers, 1988). Brian de Palma adapte quant à lui le roman (Carrie au bal du diable, ou Carrie, 1976) d'un jeune écrivain alors inconnu, Stephen King, et débute une œuvre conçue comme un hommage permanent à l'art du suspense d'Alfred Hitchcock : Furie (The Fury, 1978), Pulsions (Dressed To Kill, 1980). Consécration du genre, les réalisateurs les plus prestigieux cèdent aux attraits d'un genre souple et protéiforme, comme en témoigne Shining (The Shining, 1980) de Stanley Kubrick.

3.3. Tueurs masqués et autres figures terrifiantes

Les films fantastiques et d'horreur — les différences entre les deux genres deviennent ténues — continuent par ailleurs de faire la part belle aux effets spéciaux, dont les limites sont régulièrement repoussées, avec notamment le retour d'un monstre très populaire, le loup-garou : Hurlements (The Howling, 1980) de Joe Dante et le Loup-Garou de Londres (An American Werewolf in London, 1981) de John Landis. Le public adolescent devient plus spécifiquement le cœur de cible du genre, qui développe un nouveau sous-genre, le slasher, ordonné autour de tueurs masqués traquant des victimes pubères : Halloween, la nuit des masques (Halloween, 1978) de John Carpenter, Vendredi 13 (Friday the 13th, 1980) de Sean S. Cunningham et les Griffes de la nuit (A Nightmare on Elm Street, 1984) de Wes Craven. Signe de la popularité renouvelée du genre, ces tortionnaires sanguinaires (Freddy Krueger, Jason Voorhees, etc.), armés de leurs lames tranchantes, deviennent de véritables coqueluches auprès des jeunes spectateurs et inspirent d'innombrables suites à la qualité déclinante.

L'humour parvient par ailleurs à s'exprimer dans un genre qui s'y prête pourtant de moins en moins : le réalisateur américain Sam Raimi apporte ainsi un comique hérité des bandes dessinées dans Evil Dead (1981) ; le Néo-Zélandais Peter Jackson réalise des films gore à l'extrême (Braindead, 1992), au budget minimal, dont les outrances doivent être comprises au second degré ; Joe Dante, quant à lui, connaît un succès populaire et critique étonnant avec ses mogwais, adorables petites bêtes se transformant en monstres terrifiants (Gremlins, 1984).

5. Un genre unique, de multiples déclinaisons
1. Figures classiques

Alors que le genre menace de s'essouffler, malgré de spectaculaires réussites commerciales et souvent critiques (Hellraiser de Clive Barker en 1987, Candyman de Bernard Rose en 1992), des réalisateurs renommés le réinvestissent brillamment, comme John Carpenter (l'Antre de la folie [ou In the Mouth of Madness], 1995), Mike Nichols (Wolf, 1994), Kenneth Branagh (Frankenstein [ou Mary Shelley’s Frankenstein], 1994) et surtout Francis Ford Coppola qui réalise une adaptation inattendue, car exceptionnellement fidèle au roman originel, d'un mythe fondateur du fantastique (Dracula, [ou Bram Stoker’s Dracula], 1992).

Une veine plus spécifiquement fantastique revient également sur les écrans, grâce au réalisateur M. Night Shyamalan, qui renoue avec les ambiances surnaturelles et inquiétantes du cinéma fantastique des origines (Sixième Sens [ou The Sixth Sense], 1999). Tourné en quelques jours, le Projet Blair Witch (The Blair Witch Project, 1999) de Daniel Myrick et Eduardo Sánchez, joue pour sa part sur l'ambiguïté d'images faussement amateur qui ont fait le douteux succès de Cannibal Holocaust, et devient un des films les plus rentables du genre.

Le Japon se réapproprie lui aussi le fantastique et l'horreur, mais de manière plus morbide (Ring [ou Ringu] de Hideo Nakata en 1998) et plus radicale (Audition [ou Ôdishon] de Takashi Miike en 2002).

2. Manipulations et détournements

C'est à Wes Craven, toutefois, qu'on doit le plus spectaculaire bouleversement narratif avec sa trilogie Scream (1996, 1997 et 2000) — et ses assassins au fameux masque inspiré du tableau le Cri d'Edvard Munch —, qui manipule insolemment les clichés du genre, les tournant délibérément en dérision sans que l'effroi des scènes d'horreur en soit entamé.

En 2005, une série de films d'horreur destinée à la télévision, « Masters of Horror », réunit treize des plus grands réalisateurs du genre (parmi lesquels Dario Argento, Tobe Hopper, John Landis, Stuart Gordon, Clive Barker et John Carpenter). Homecoming, la contribution de Joe Dante, qui se présente comme une satire politique féroce (les médias découvrent que des morts vivants ont investi l’élection présidentielle américaine), de même que Land of the Dead de George Romero (réalisé pour le cinéma en 2005), farouchement opposé à la politique du président américain George W. Bush, attestent de la vitalité et de la malléabilité d'un genre appelé sans cesse à se renouveler.