fantastique, cinéma
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fantastique, cinéma
3. L'essor commercial : le cinéma fantastique hollywoodien
1. L’empreinte gothique

Né en Europe, le cinéma fantastique n'atteint pourtant un large public qu’à la faveur des efforts commerciaux de l'industrie hollywoodienne, qui, en quelques années et sous l'impulsion particulière des studios Universal et RKO, s'empare de thèmes littéraires — la plupart déjà traités quelques années auparavant — et les inscrit dans un cadre gothique (voir roman gothique), souvent de tonalité victorienne, pour les revitaliser : Docteur Jekyll et Mr. Hyde (Dr Jekyll and Mr Hyde, 1931) de Rouben Mamoulian, Dracula (1931) de Tod Browning (d'après le roman de Bram Stoker), Frankenstein (1931) et sa suite la Fiancée de Frankenstein (The Bride of Frankenstein, 1935) de James Whale, la Momie (The Mummy, 1932) de Karl Freund, le Chat noir (The Black Cat, 1934) de Edgar G. Ulmer d'après Edgar Allan Poe, l'Homme invisible (The Invisible Man, 1933) de James Whale et l'Île du Docteur Moreau (Island of Lost Souls, 1932) de Erle C. Kenton, tous deux d'après Herbert George Wells. Portés, pour l'essentiel, par des acteurs comme Lon Chaney, surnommé « l'homme au mille visages », Bela Lugosi, indéfectiblement associé à son rôle du comte Dracula, et Boris Karloff, éternel « monstre » du docteur Frankenstein, ces films connaissent un succès sans précédent dans une époque, marquée par la Grande Dépression, favorisant l’angoisse sourde et le repli morbide.

Face à ces adaptations, des réussites moins spécifiquement littéraires font date, comme le White Zombie (1932) de Victor Halperin, les Poupées du diable (The Devil Doll, 1936) de Tod Browning, Masques de cire (The Mystery of the Wax Museum, 1933) de Michael Curtiz, la Chasse du Comte Zaroff (The Most Dangerous Game, 1932) d’Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel, tourné par l’équipe, et dans le décor, d'un sommet du genre, King Kong (1933) de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, réécriture puissante du conte de la Belle et la Bête touchant au mythe.

Exploité, voire surexploité, le genre marque le pas dans les années 1940, peinant à se renouveler et offrant, déjà, des déclinaisons laborieuses des Dracula et Frankenstein originaux — quand les deux sinistres héros ne sont pas artificiellement réunis pour les besoins de films commerciaux calamiteux.

2. L’avènement du merveilleux

En marge de ces œuvres terrifiantes, un fantastique aux tonalités plus romantiques, débarrassé des effets gothiques du genre, éclaire Peter Ibbetson (1935) de Henry Hathaway, La vie est belle (It's A Wonderful Life, 1946) de Frank Capra, l'Aventure de Madame Muir (The Ghost and Mrs Muir, 1947) de Joseph Mankiewicz et Pandora (1951) d’Albert Lewin. Originale et épurée, l’œuvre du cinéaste américain d’origine française Jacques Tourneur (la Féline [ou Cat People], 1942, Vaudou [ou I Walked With A Zombie] en 1943, l’Homme-léopard [ou The Leopard Man], 1943) se distingue par le refus du recours à l’explicite et réussit ainsi à capturer l’essence même du fantastique : la suggestion. Enfin, à la périphérie du genre, le Magicien d’Oz (The Wizard of Oz, 1939) de Victor Fleming, l’une des œuvres les plus populaires de la culture américaine, mêle toutes les ressources du film fantastique, du film d’aventures et de la comédie musicale.

Comparées aux films américains, les productions fantastiques françaises font peu de place à l’épouvante et, bien que parfois sombres et pessimistes, relèvent généralement du merveilleux et du féerique comme dans les Visiteurs du soir (1942) de Marcel Carné, la Belle et la Bête (1946) et Orphée (1950) de Jean Cocteau, l'Éternel Retour (1943) de Jean Delannoy, la Nuit fantastique (1941) de Marcel L'Herbier, le Baron fantôme (1942) et la Fiancée des ténèbres (1944) de Serge de Poligny, Sylvie et le Fantôme (1945) de Claude Autant-Lara, les Belles de nuit (1952) de René Clair et Orfeu Negro (1959) de Marcel Camus.

3. Le péril atomique, ou la menace de la guerre froide

Le fantastique plus « traditionnel » bénéficie, quant à lui, des progrès techniques qui lui permettent d'enrichir son bestiaire, souvent objet de mutations nucléaires alors fortement redoutées, dont Godzilla (Gojira, 1954) de Inoshiro Honda et la Mouche Noire (The Fly, 1958) de Kurt Neumann constituent les monstres emblématiques. Pétri d'une terreur diffuse paranoïaque (Des monstres attaquent la ville [ou Them!] de Gordon Douglas en 1954, la Chose d'un autre monde [ou The Thing From Another World] de Christian Nyby en 1951 et l'Invasion des profanateurs de sépultures [ou Invasion of the Body Snatchers] de Don Siegel en 1956), ce cinéma fantastique témoigne alors avec acuité des peurs et des angoisses collectives du grand public américain, marqué par les inquiétudes que suscite alors la guerre froide.