| fantastique, cinéma | Format lecture | ||||
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| 4. | Le cinéma fantastique se libère |
| 1. | Le fantastique anglais : le déchaînement des couleurs |
Les années 1960 sont véritablement, pour le cinéma fantastique en particulier, la décennie de la couleur : à l'optimisation croissante et irrépressible des effets spéciaux s’ajoute dès lors un réalisme accru qui, en renouvelant le genre, contribue aussi à le scinder en un cinéma véritablement fantastique, fondé sur l'ellipse et la suggestion, et un cinéma d'horreur, descriptif et explicite.
Traité en Technicolor flamboyant, le cinéma fantastique devient, en quelques films, l'apanage d'une firme anglaise, la Hammer Film Productions, qui propose dès la fin des années 1950 de nouvelles versions, sensuelles et resplendissantes, des classiques produits par les Studios Universal : Frankenstein s'est échappé (The Curse of Frankenstein, 1957) du réalisateur vedette de la firme, Terence Fisher, qui signe aussi les classiques le Cauchemar de Dracula (Horror of Dracula, 1958), le Chien des Baskerville (The Hound of the Baskervilles, 1959), la Malédiction des Pharaons (The Mummy, 1959) et la Nuit du loup-garou (The Curse of the Werewolf, 1961). Héros de cette nouvelle vague du fantastique — rejetée par les puristes ne jurant que par la beauté en noir et blanc des premiers « Universal Monsters » —, Peter Cushing (le baron Frankenstein) et Christopher Lee (le comte Dracula) imposent leur jeu glacial et mesuré à une nouvelle génération de spectateurs.
Face à cette hémoglobine torrentueuse, certains réalisateurs persistent à assumer un noir et blanc tout aussi terrifiant pour distiller une angoisse sourde, comme Wolf Rilla (le Village des damnés [ou Village of the Damned], 1960), Jack Clayton (les Innocents [ou The Innocents], 1961), John Gilling (le Spectre du chat [ou The Shadow of the Cat], 1961), Robert Wise (la Maison du diable [ou The Haunting], 1963). Deux parodies, dues à des cinéastes de renom, et en couleurs pour leur part, attestent de la grande popularité du genre, désormais livrée aux pasticheurs : Dr Jerry et Mister Love (The Nutty Professor, 1963) de Jerry Lewis et le Bal des Vampires (The Fearless Vampire Killers, 1967) de Roman Polanski.
| 2. | Le fantastique italien : la surenchère baroque |
Dès les années 1940, les cinéastes italiens font de fréquentes incursions dans le domaine fantastique, notamment Alessandro Blasetti avec la Couronne de fer (la Corona di fero, 1941), Mario Soldati avec Malombra (1942) et Mario Camerini avec Ulysse (Ulisse, 1954).
À partir des années 1960, souvent sous l’étiquette du giallo, genre cinématographique spécifiquement italien qui mêle intrigue policière, horreur et érotisme, Mario Bava (le Masque du démon [ou la Maschera del demonio] en 1960, les Trois Visages de la peur [ou I Tre Volti della Paura] en 1963, le Corps et le Fouet [ou la Frusta e il Corpo] en 1963, et Six Femmes pour l'assassin [ou Sei donne per l'assassino] en 1964), Riccardo Freda (les Vampires [ou i Vampiri] en 1956 et l'Effroyable Secret du Dr. Hitchcock [ou l'Orribile Segreto del dottore Hitchcock], réalisé en 1962 sous le pseudonyme de Robert Hampton) et Antonio Margheriti (Danse Macabre [ou Danza macabra], 1964) impriment au genre des tonalités baroques et une démesure inédite. Quelques années plus tard, Dario Argento, leur héritier, repousse davantage encore ces limites et refond violemment le genre, sans toujours éviter le mauvais goût ni la surenchère gratuite : l'Oiseau au plumage de cristal (L'uccello dalle piume di cristallo, 1970), les Frissons de l'angoisse (Profondo rosso, 1975), Suspiria (1977) et Inferno (1980).
| 3. | Le film d’horreur à son apogée |
Les années 1960 s’achèvent pour le cinéma fantastique sur deux films américains majeurs qui donnent de nouvelles directions au genre : l'un, en noir et blanc, dû à George Romero (la Nuit des morts-vivants [ou The Night of the Living Dead], 1968), montre que le film d'horreur peut s'adresser à un très large public et prétendre à une respectabilité critique ; l'autre, en couleurs et tourné par Roman Polanski avec Mia Farrow et John Cassavetes dans les principaux rôles (Rosemary's Baby, 1968), confirme ce constat mais y apporte un succès commercial sans précédent qui alerte les producteurs des grands studios.
| 3.1. | Vers une violence paroxystique |
La censure se faisant moins présente, c'est le film d’horreur qui, graphiquement affranchi par l'importance des budgets, s'épanouit plus encore que le fantastique « classique » dans les salles américaines au moment où la société de production Hammer entame son baroud d'honneur. Si le premier long métrage d'un jeune réalisateur américain prometteur, Wes Craven, donne le ton d'une décennie ouverte à tous les excès (la Dernière Maison sur la gauche [ou The Last House on the Left], 1972), ce sont deux autres films, particulièrement choquants, qui la marquent de leur empreinte : l'Exorciste (The Exorcist, 1973), récit grand-guignolesque d'une possession démoniaque réalisé par William Friedkin, se place en tête du box-office américain ; l'année suivante, Tobe Hooper livre un film d'horreur à la violence outrancière (Massacre à la tronçonneuse [ou The Texas Chainsaw Massacre], 1974) qui jette les bases d'un sous-genre caractérisé par ses excès, le gore, dont les sommets choquants, rythmés par des tortures, des mutilations et des amputations, deviennent le fait de réalisateurs italiens, comme Lucio Fulci (l'Enfer des zombies [ou Zombi 2], 1979) et Ruggero Deodato, dont le Cannibal Holocaust (1979) touche à l'insoutenable.
| 3.2. | L’horreur se teinte de psychologie |
De jeunes metteurs en scène se rallient eux aussi au film d'horreur, auquel ils apportent une nouvelle profondeur psychologique et une qualité cinématographique reconnue, sans renoncer aux prétentions populaires du genre. Le réalisateur canadien David Cronenberg donne avec Frissons (Shivers, 1975) le coup d'envoi d'une filmographie névrotique, organique et viscérale : Videodrome (1982), Dead Zone (1983), la Mouche (The Fly, 1986), remake de la Mouche noire (The Fly, 1958) de Kurt Neumann, et Faux-semblants (Dead Ringers, 1988). Brian de Palma adapte quant à lui le roman (Carrie au bal du diable, ou Carrie, 1976) d'un jeune écrivain alors inconnu, Stephen King, et débute une œuvre conçue comme un hommage permanent à l'art du suspense d'Alfred Hitchcock : Furie (The Fury, 1978), Pulsions (Dressed To Kill, 1980). Consécration du genre, les réalisateurs les plus prestigieux cèdent aux attraits d'un genre souple et protéiforme, comme en témoigne Shining (The Shining, 1980) de Stanley Kubrick.
| 3.3. | Tueurs masqués et autres figures terrifiantes |
Les films fantastiques et d'horreur — les différences entre les deux genres deviennent ténues — continuent par ailleurs de faire la part belle aux effets spéciaux, dont les limites sont régulièrement repoussées, avec notamment le retour d'un monstre très populaire, le loup-garou : Hurlements (The Howling, 1980) de Joe Dante et le Loup-Garou de Londres (An American Werewolf in London, 1981) de John Landis. Le public adolescent devient plus spécifiquement le cœur de cible du genre, qui développe un nouveau sous-genre, le slasher, ordonné autour de tueurs masqués traquant des victimes pubères : Halloween, la nuit des masques (Halloween, 1978) de John Carpenter, Vendredi 13 (Friday the 13th, 1980) de Sean S. Cunningham et les Griffes de la nuit (A Nightmare on Elm Street, 1984) de Wes Craven. Signe de la popularité renouvelée du genre, ces tortionnaires sanguinaires (Freddy Krueger, Jason Voorhees, etc.), armés de leurs lames tranchantes, deviennent de véritables coqueluches auprès des jeunes spectateurs et inspirent d'innombrables suites à la qualité déclinante.
L'humour parvient par ailleurs à s'exprimer dans un genre qui s'y prête pourtant de moins en moins : le réalisateur américain Sam Raimi apporte ainsi un comique hérité des bandes dessinées dans Evil Dead (1981) ; le Néo-Zélandais Peter Jackson réalise des films gore à l'extrême (Braindead, 1992), au budget minimal, dont les outrances doivent être comprises au second degré ; Joe Dante, quant à lui, connaît un succès populaire et critique étonnant avec ses mogwais, adorables petites bêtes se transformant en monstres terrifiants (Gremlins, 1984).