| Format recherche | Contes [Hans Christian Andersen] | Format lecture |
| 1. | Présentation |
Contes [Hans Christian Andersen], courts récits de Hans Christian Andersen, publiés dans des recueils successifs : Contes pour les enfants (1835), Nouveaux Contes (1843-1848), Nouveaux Contes et Histoires (1858-1872). De toutes natures et de toutes dimensions, ces textes forment un corpus de 173 textes, en tenant compte de ceux qui ont été récemment découverts.
Se situant dans une longue tradition, celle des contes de Perrault et de ceux des frères Grimm, Andersen a su renouveler ce genre littéraire déjà existant. Son premier recueil de contes, publié en 1834 sous la forme de deux minces fascicules, et dans lequel figure en particulier la Princesse au petit pois, connaît un succès immédiat qui ne se démentira pas par la suite. Andersen en est d’ailleurs surpris, lui qui se voulait avant tout romancier, dramaturge, ou journaliste, et s’étonne qu’un de ses mentors, en 1835, lui dise que ses contes le rendront immortel.
| 2. | Des contes pour tous publics |
Les contes d’Andersen ne sont pas expressément destinés aux enfants, même s’il a pu, à l’origine, composer ses premières histoires en pensant particulièrement à eux. Certes, jusqu’en 1841, ce sont des contes « racontés pour des enfants », mais dès les Nouveaux Contes, en 1843, cette mention disparaît définitivement. Andersen affirme d’ailleurs à plusieurs reprises qu’il écrit pour qui veut le lire, et que ses récits présentent plusieurs niveaux de lecture : « Mes contes […] sont tout autant pour les aînés que pour les enfants, ceux-ci ne comprennent que les personnages accessoires, ce sont seulement les personnes mûres qui voient et comprennent le tout. », écrit-il dans son Journal (1875).
| 3. | Entre romantisme et modernité, entre réalité et merveilleux |
Les contes d’Andersen ne sont pas non plus des récits de type populaire, hormis quelques uns comme Hans le Balourd ou Ce que fait le patron est toujours bien fait, même si l’auteur puise, surtout au début, dans un fonds de légendes locales ou plus généralement dans les Mille et Une Nuits. Contrairement aux frères Grimm, qui font œuvre de philologues et rassemblent des contes populaires, il n’entend pas se comporter en folkloriste. Se situant à la charnière entre la culture romantique, attachée à sauver de l’oubli le patrimoine des peuples, et la culture moderne, qui conçoit la littérature comme la production artistique d’un auteur bien déterminé, il invente entièrement une bonne part de ses récits. Tout lui est matière à fiction. Son imagination est vive et il laisse sa plume courir au gré de sa fantaisie.
Andersen distingue lui-même deux catégories : les « contes de fées » (eventyr, en danois), où intervient un élément merveilleux ou surnaturel, comme la Bergère et le Ramoneur, et les autres, qu’il nomme tout simplement « histoires » (historie). Certains ont pour source sa propre vie, tel le Vilain Petit Canard, souvenir transposé d’humiliations vécues. D’autres puisent à la source du folklore populaire nordique et allemand (le Briquet) ou s’inspirent des Mille et Une Nuits (la Malle volante). Nombre de thèmes scandinaves sont présents, tel le culte de la nature, également thème romantique. Maître de la forme brève, Andersen prend souvent la réalité comme point de départ et anime les objets d’un merveilleux teinté de quotidien (l’Intrépide Soldat de plomb). La Petite Fille aux allumettes, inspiré d’une gravure d’almanach, met en scène de façon réaliste le petit peuple danois qu’Andersen connaît d’autant mieux qu’il en a fait partie.
| 4. | Des thèmes récurrents |
| 1. | Le héros « handicapé de naissance » |
Fils d’un cordonnier démuni et d’une lavandière, abandonné très tôt à lui-même après leur mort, Andersen a souffert de la pauvreté et connu des débuts difficiles. Il a été décrit comme étrange physiquement et, malgré ses succès littéraires, n’a jamais pu se considérer comme un membre à part entière du groupe social auquel il ambitionnait d’appartenir. On retrouve ainsi le thème du « héros handicapé de naissance » dans nombre de ses contes, tels le Petit Soldat de plomb et surtout le Vilain Petit Canard, « un reflet de ma propre vie », selon les propres termes de l’auteur. On peut rattacher l’atmosphère pathétique qui y règne au sentiment de solitude existentielle dans lequel Andersen a vécu.
| 2. | L’attrait d’un monde supérieur |
Bien souvent, le héros ou l’héroïne cherche à intégrer un monde qui lui est au départ étranger, un monde supérieur, et possède dès la naissance des qualités rares qui vont lui permettre d’y accéder. L’extrême sensibilité de la Princesse au petit pois signe son appartenance au monde du château ; le Vilain petit canard est en réalité un petit cygne, oiseau royal. Une foi en une issue heureuse sous-tend l’inspiration de l’auteur : « Cela ne fait rien qu’on soit né dans une basse-cour si l’on est sorti d’un œuf de cygne. » Ses propres talents littéraires ne lui ont-ils pas permis d’échapper à son milieu d’origine et de connaître la célébrité ? On peut y voir un écho de ses idées « essentialistes », selon lesquelles une différence d’essence entre les êtres humains est supposée prédéterminer la place de l’individu dans l’ordre social. Mais les qualités exceptionnelles du héros ne suffisent pas toujours… Ainsi la Petite Sirène, dans le conte du même nom, se met au service d’un prince qui n’apprécie jamais totalement sa valeur, malgré sa beauté, sa sensibilité, ses talents de danseuse.
| 3. | Une forte inspiration religieuse |
Mêlant réalisme et inspiration religieuse, Andersen introduit dans ses contes des notions générales d’éthique protestante. Le bonheur ne semble possible que dans le don ou l’effacement de soi, voire l’auto-sacrifice. La mort, omniprésente, apparaît souvent comme une délivrance, un soulagement : celui qui meurt accède à la vie éternelle. La Petite Sirène est entraînée par les « filles de l’air » « dans la lumière du Soleil de Dieu », et la Petite Fille aux allumettes, qu’on retrouve au matin morte de froid, « les joues toutes rouges, un sourire à la bouche », s’envole, joyeuse, dans la nuit, dans les bras de sa grand-mère, et monte « auprès de Dieu », dont la lumière irradie.