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Légende des siècles, la [Victor Hugo]
1. Présentation

Légende des siècles, la [Victor Hugo], recueil poétique de Victor Hugo, publié en trois livraisons successives (Première Série, Petites Épopées, 1859 ; Nouvelle Série, 1877 ; Dernière Série, 1883), fondues dans une édition ne varietur (1883) qui doit probablement peu à Hugo, et dont la synthèse artificielle trahit une logique poétique, jusque-là fondée sur des visions fragmentaires.

2. La confusion de l’Histoire

La gestation interminable de ce livre immense révèle l’acharnement mis par Hugo à affronter l’omniprésence du désastre dans l’histoire des hommes. En 1859, l’exilé, qui refuse l’amnistie de Napoléon III, continue, comme dans les Châtiments, à fustiger les errements de l’Empire en évoquant l’épopée des petits, par laquelle se dessine une nécessaire démocratie. Le républicain de 1877, dans le contrecoup de l’« Année terrible » (1871, la Commune de Paris), scrute les conditions d’une république aux idéaux pour l’heure aliénés dans l’Ordre moral. Enfin, le vieil écrivain glorieux de 1833 jette ses dernières forces dans le combat contre tous les cléricalismes qui entravent le progrès.

3. « La vision d’où est sorti ce livre »

Les séries, qui ne s’additionnent pas chronologiquement mais reparcourent — chacune différemment — la totalité des temps, fournissent un récit en morceaux de la geste de l’humanité. Ce puzzle dessine, par époques discontinues, une histoire trouée que travaille la ruine, en même temps que le désir d’une apocalypse libératrice. « Mystérieuse sœur de l’histoire sinistre », la légende dégage à travers les moments du passé et du présent les données constituantes de la conscience et de la connaissance, et aide à la levée d’une perspective capable de surmonter l’effroi : celle du progrès, de l’amour et de la lumière, au-delà de l’aliénation des tyrannies et des dogmes.