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Carmen [Prosper Mérimée]
1. Présentation

Carmen [Prosper Mérimée], nouvelle de Prosper Mérimée, publiée dans la Revue des Deux Mondes en 1845, puis sous sa forme complète, en quatre parties, en 1847.

2. Une nouvelle exemplaire

Un archéologue recueille à Cordoue le récit d’une passion fatale de la bouche d’un bandit condamné à mort, qu’il a rencontré auparavant et par qui il a été sauvé du guet-apens tendu par une bohémienne, la Carmencita (I et II). Jeune militaire basque, Don José est conduit par une bagarre entre femmes à Séville à arrêter Carmen la provocante, puis à la laisser s’enfuir, au mépris de son devoir. Elle se donne à lui, puis l’entraîne dans la contrebande, où elle joue la prostituée et la rabatteuse. Meurtrier d’un lieutenant, puis de son mari, il la conjure d’arrêter cette vie, et, devant son refus, la tue avant de se rendre (III). Une brève encyclopédie des mœurs gitanes conclut le récit (IV).

3. La femme, le lit, la mort

Nourrie de ses voyages personnels, mais aussi héritière de Cervantès, la célèbre nouvelle de Mérimée mêle un reportage ethnographique sur une Andalousie de feu à une sèche tragédie de la captation amoureuse. Une ironie désinvolte, survivance du « premier » Mérimée, laisse à distance la réalité frémissante, violente de cette passion en Espagne. Une curiosité expressément fantasmatique réinvestit la mode ibérique des années 1830 et explore les singularités du peuple gitan, son érotique sauvage et son éthique anarchique. Don José illustre l’attraction irrésistible de ce monde inaccessible. Carmen, bijou noir, est la figure inoubliable d’une liberté incendiaire et mortelle, l’incarnation d’une jouissance fataliste. Ce tempérament est pleinement servi, en 1875, par la musique, haletante et charnelle, posée par Georges Bizet sur l’espagnolisme facile de ses librettistes Meilhac et Halévy (Carmen de Bizet).L’histoire du cinéma, de Cecil B. DeMille (Carmen, 1915) à Francesco Rosi, en passant par Otto Preminger (Carmen Jones, 1954), ne cessera de réinventer ce visage.