Carmen [Prosper Mérimée]
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Carmen [Prosper Mérimée]
3. La femme, le lit, la mort

Nourrie de ses voyages personnels, mais aussi héritière de Cervantès, la célèbre nouvelle de Mérimée mêle un reportage ethnographique sur une Andalousie de feu à une sèche tragédie de la captation amoureuse. Une ironie désinvolte, survivance du « premier » Mérimée, laisse à distance la réalité frémissante, violente de cette passion en Espagne. Une curiosité expressément fantasmatique réinvestit la mode ibérique des années 1830 et explore les singularités du peuple gitan, son érotique sauvage et son éthique anarchique. Don José illustre l’attraction irrésistible de ce monde inaccessible. Carmen, bijou noir, est la figure inoubliable d’une liberté incendiaire et mortelle, l’incarnation d’une jouissance fataliste. Ce tempérament est pleinement servi, en 1875, par la musique, haletante et charnelle, posée par Georges Bizet sur l’espagnolisme facile de ses librettistes Meilhac et Halévy (Carmen de Bizet).L’histoire du cinéma, de Cecil B. DeMille (Carmen, 1915) à Francesco Rosi, en passant par Otto Preminger (Carmen Jones, 1954), ne cessera de réinventer ce visage.