| Format recherche | marxisme | Format lecture |
| 1. | Présentation |
marxisme, doctrine et méthode d’analyse formulées par Karl Marx et Friedrich Engels et développées par leurs disciples.
On emploie l’adjectif « marxien », plutôt que « marxiste », pour désigner précisément le corpus initial des œuvres de Marx et Engels, tandis que le terme « marxisme » s’applique aux thèses de ceux qui se veulent les continuateurs de Marx à différents titres, et recouvre les mouvements socialistes qui ont pris appui sur ses thèses.
Karl Marx apparaît comme le théoricien le plus analysé et peut-être le plus influent du XXe siècle. Avant l’effondrement du communisme en Europe, un tiers de l’humanité vivait sous des régimes qui se disaient inspirés de l’œuvre et de la pensée de Marx.
| 2. | Le marxisme classique et l’œuvre de Marx |
Ce qui fonde l’originalité du marxisme et structure sa pensée, c’est de se concevoir à la fois comme une critique théorique et un projet révolutionnaire. Il s’agit de comprendre pour transformer, théorie et pratique étant indissociables dans la pensée de Marx. Si le marxisme recouvre à la fois les domaines de la philosophie, de l’histoire, de la sociologie et de l’économie, la pensée de Marx est avant tout sous-tendue par le fait que les phénomènes sociaux et donc historiques peuvent être expliqués par l’analyse des lois économiques.
| 1. | La lutte des classes et le matérialisme historique |
Dans beaucoup de ses ouvrages et notamment dans son œuvre principale, le Capital, Marx analyse les lois internes du développement du capitalisme, en tant que lois qui reposent sur un rapport d’exploitation des salariés. C’est de la lutte des classes, avant tout, dont il rend compte dans son analyse de la production capitaliste.
Selon lui, chaque époque historique est caractérisée par un mode spécifique de production et d’exploitation auquel correspond un système de pouvoir particulier et une classe dominante. L’histoire est faite de transformations dont le moteur est la lutte des classes. De l’esclavage au féodalisme et du féodalisme au capitalisme, des transitions sont rendues nécessaires lorsque les forces de production (force de travail et moyens de production concrets, comme les machines) ne peuvent plus se développer à l’intérieur des relations de production existantes, c’est-à-dire aussi à l’intérieur des rapports de classes existants.
Le capitalisme ne correspond qu’à un système transitoire de rapports sociaux et économiques : il a dû abolir le mode féodal de production pour se développer, et porte en lui les germes de sa destruction. Le communisme, précédé du socialisme, est le stade que la société atteindra au terme de son évolution.
| 2. | Le capital et le surtravail |
Le capitalisme est fondé sur le principe de l’investissement et de l’accroissement de valeur. Seul le capital industriel peut produire une quantité de valeur supplémentaire, la plus-value. Outre la propriété des moyens de production (machines, matières premières), la production de valeur suppose l’achat de la force de travail. C’est, en dernière analyse, sur le travail que repose tout le principe de la production capitaliste : pour chaque marchandise produite, une quantité de valeur proportionnelle à la quantité de travail mise en œuvre s’ajoute à la valeur issue des moyens de production.
Or, dans le salariat, le prix de la force de travail est sous-évalué par rapport à la valeur qu’elle produit. Le salaire que chaque travailleur reçoit pour consommer et reproduire ainsi sa force de travail reste inférieur à la valeur que son travail produit : chaque salarié fournit donc un excédent de travail, un surtravail. Le principe même qui permet de dégager la plus-value est donc un principe d’exploitation : les lois économiques du capitalisme sont indissociables de la lutte des classes qui les sous-tend.
| 3. | La superstructure et la société capitaliste |
Puisque le capital résulte d’une accumulation de plus-value, accumulation qui a sa source dans le surtravail, l’écart se creuse entre les propriétaires du capital, qui augmentent ainsi leur richesse et les travailleurs qui sont maintenus dans un rapport de dépendance vis-à-vis de leurs employeurs. Ces derniers détiennent donc aussi le pouvoir. Une « superstructure » politique complexe faite de lois et d’idéologies contribue à perpétuer ces rapports sociaux.
Mais cette superstructure, en particulier l’État qui en est l’expression politique principale, bien qu’elle soit déterminée par une base économique, ne saurait se réduire, selon Marx, à ce seul déterminisme économique. Elle conserve une part relative d’autonomie et peut, le cas échéant, influer sur la sphère économique et la faire évoluer.
Aussi les capitalistes déterminent-ils à leur avantage l’orientation globale de la société. Si les biens produits par le capitalisme doivent posséder « une valeur d’usage », sans laquelle ils ne trouveraient pas d’acheteurs, les capitalistes privilégient la valeur d’échange. La société capitaliste est essentiellement tournée vers la circulation marchande et monétaire, qui est improductive. La concurrence conduit les capitalistes non efficaces à la faillite ; les moyens de production se concentrent donc nécessairement de manière croissante, tandis que les marchés se développent. Le capitalisme tend également à accroître la plus-value par une augmentation de la productivité du travail. Il est donc contraint de révolutionner sans cesse les techniques de production.
| 4. | Le marxisme politique |
L’application politique du marxisme découle directement de l’analyse économique. Marx fait du rapport de travail le rapport social fondamental. Les crises sont un élément central du capitalisme. Les capitalistes sont incités à allonger la durée du travail quotidien, à augmenter l’intensité ou la productivité du travail. Il apparaît alors comme légitime que les travailleurs s’associent de façon à leur opposer une résistance. Victime de l’exploitation, le prolétariat incarne les contradictions du capitalisme qui sont aussi ses limites. C’est pourquoi il devra être l’agent du dépassement historique du capitalisme dans la révolution. De plus, la transformation du mode de production capitaliste doit s’accompagner d’une nécessaire prise de contrôle par les travailleurs et les organisations révolutionnaires, de l’État et, plus largement de l’ensemble de l’appareil politique. Marx considère, à la différence des anarchistes, qu’au lendemain de la révolution, une phase transitoire est nécessaire, caractérisée par la dictature du prolétariat, conçue comme celle de la majorité sur la minorité. Le dépérissement de l’État, temporairement maintenu, doit intervenir lorsque disparaîtront les classes sociales.
| 3. | Les marxismes |
| 1. | Le marxisme-léninisme |
Karl Kautsky, théoricien du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD), a longtemps été considéré comme l’héritier direct du marxisme. Mais la révolution russe de 1917 est en fait apparue comme la première mise en pratique de principes dérivés du marxisme. À Kautsky, qui insiste sur l’aspect quasi automatique de l’accentuation des contradictions du capitalisme et donc sur sa destruction inéluctable, et préconise par conséquent le simple renforcement des partis ouvriers dans l’attente de cette destruction, Lénine oppose la nécessité d’une action politique favorisant la venue de la révolution. Surtout, il fait des principes d’organisation révolutionnaire un point central de la pratique marxiste, en prônant la constitution d’un parti de révolutionnaires professionnels, discipliné et très structuré, le parti communiste, qui se présente comme l’avant-garde consciente et agissante du prolétariat. Ajoutant une théorie de l’impérialisme et une autre sur le rôle de l’État, il créé ainsi le « marxisme-léninisme ».
| 2. | Le marxisme occidental |
On désigne sous le terme de « marxisme occidental » plusieurs courants qui se sont développés en Europe occidentale à partir de la Première Guerre mondiale. Parmi ses représentants, on trouve le Hongrois György Lukács (Histoire et conscience de classe, 1923), qui s’intéresse à l’aliénation de la conscience ouvrière ainsi qu’au phénomène de réification, propre au capitalisme. Le communiste italien Antonio Gramsci met pour sa part l’accent sur le rôle qu’occupe l’idéologie dans la société civile pour la construction de l’hégémonie politique. Les théoriciens de l’école de Francfort intègrent le marxisme à d’autres courants de pensée, telles la phénoménologie ou la psychanalyse (Max Horkheimer, Theodor Adorno, Walter Benjamin, Herbert Marcuse), pour fonder la théorie critique ou s’en servent comme point de départ d’une théorie globale de la connaissance et de la communication (Jürgen Habermas). Jean-Paul Sartre et Louis Althusser témoignent dans les années cinquante d’une philosophie intégrant le marxisme comme objet de réflexion et comme concept opératoire. Jusqu’à la fin des années soixante-dix, enfin, le marxisme exerce une influence considérable dans le champ des sciences sociales.
Malgré son rayonnement intellectuel, le marxisme a traversé une crise profonde. Antérieure à l’effondrement des régimes communistes dans l’Europe de l’Est, cette remise en cause est d’abord liée aux révélations faites sur la réalité du stalinisme, à la faillite des économies socialistes et à la caducité qui frappe des notions comme celle de « dictature du prolétariat ». Plus profondément, la perte de crédibilité du marxisme est apparue liée aux problèmes que pose l’inévitable devenir étatique de la politique prolétarienne, alors même qu’elle prévoit un dépérissement de l’État, tandis que son analyse économique apparaît liée à un certain stade de développement du capitalisme, le capitalisme industriel du xixe siècle, rendant compte assez mal de son évolution ultérieure.
Mais réhabilité par certains penseurs en tant que philosophie, et non plus en tant que système théorique ayant des implications pratiques révolutionnaires ; le marxisme, débarrassé de son statut d’idéologie officielle, offre aujourd’hui encore, au-delà de ses aspects historiquement dépassés, une méthode, la dialectique, et des concepts qui peuvent permettre, dans le cadre d’une remise en question de l’« économisme », promu au nom du triomphe de l’économie de marché d’opérer certaines lectures éclairantes, et conserve sa vigueur critique et révolutionnaire aux yeux de toute une partie de la gauche.