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Gémier, Firmin (1869-1933), acteur, metteur en scène et directeur de théâtre français, un des principaux promoteurs du théâtre populaire en France.
Né à Aubervilliers, Firmin Gémier, de son vrai nom Firmin Tonnerre, échoue en 1888 à l’examen d’entrée au Conservatoire national d’art dramatique. Formé à l’école du mélodrame, il débute comme acteur au théâtre de Belleville avant d’être engagé en 1892 comme acteur et régisseur par André Antoine, directeur du Théâtre-Libre. Il crée en 1896 le rôle d’Ubu dans Ubu Roi d’Alfred Jarry, mis en scène par Aurélien Lugné-Poe au théâtre de l’Œuvre. Sa carrière de metteur en scène commence au théâtre de l’Odéon (1892-1900), avec André Antoine. Il prend ensuite la direction du théâtre de la Renaissance (1901-1902), où il monte le Portefeuille d’Octave Mirbeau et le Quatorze Juillet de Romain Rolland. Il joue et met en scène au Gymnase, au Châtelet et aux Capucines avant de s’installer au Théâtre Antoine : c’est là qu’il exerce le plus longtemps (1906-1919). Entre 1892 et 1914, il interprète quelque deux cents personnages, s’illustrant particulièrement dans des rôles de composition comme Petrucchio dans la Mégère apprivoisée de Shakespeare, Brideau dans la Rabouilleuse (d’après Balzac) ou Laurency dans le Simoun, une pièce de Henri-René Lenormand.
Influencé par l’idée d’un « théâtre pour le peuple » tel que l’envisage Romain Rolland et encouragé par le succès du Théâtre du peuple de Maurice Pottecher, à Bussang, Firmin Gémier tente en 1911 l’expérience d’un théâtre national ambulant qui présente l’été en province des pièces montées à Paris (notamment Anna Karénine, la Rabouilleuse et les Gaîtés de l’escadron de Courteline). Plusieurs camions sont nécessaires pour assurer le transport de la troupe et du matériel technique, dont une salle démontable de 1 650 places ; l’aventure tourne rapidement au désastre financier. En 1917, Firmin Gémier lance la Société Shakespeare, destinée à mieux faire connaître le grand dramaturge anglais, et met en scène le Marchand de Venise, la Mégère apprivoisée, et Antoine et Cléopâtre. De 1919 à 1921, il collabore avec Gaston Baty au cirque d’Hiver et présente deux spectacles marquants : Œdipe, roi de Thèbes de Saint-Georges de Bouhélier et la Grande Pastorale de C. Hellem. Il crée également un cours d’art dramatique, le Conservatoire syndical, où enseigne Charles Dullin. En 1920, il fonde le premier Théâtre national populaire, qui s’installe dans l’ancien Trocadéro, une salle de plus de 5 000 places (l’aventure se poursuit, malgré de nombreuses difficultés financières, jusqu’à sa mort). En 1922, il prend la succession d’André Antoine à la direction du théâtre de l’Odéon, dont il modifie le système d’éclairage, se consacrant jusqu’en 1930 à la mise en scène d’œuvres classiques et contemporaines. En 1926, il fonde une autre société théâtrale, la Société universelle du théâtre, qui servit de base à la création de l’Institut international du théâtre de l’Unesco (1948).
Novateur au même titre qu’André Antoine et Jacques Copeau, Firmin Gémier a mis l’acteur au centre de son dispositif scénique. Peu attiré par le théâtre à l’italienne, il a cherché à abolir la frontière entre la scène et le public, notamment dans ses mises en scène de Shakespeare. Il a défendu l’idée d’un théâtre du peuple, montrant une prédilection pour les mises en scène spectaculaires et les effets de foule, nécessitant un grand nombre de figurants. Il est l’un des premiers à avoir réclamé le création d’un théâtre national populaire et à s’être battu pour que cette institution devienne réalité.