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Labiche, Eugène
1. Présentation

Labiche, Eugène (1815-1888), dramaturge français, auteur de très nombreux vaudevilles et comédies à succès durant le second Empire.

2. Un auteur efficace et honoré

Né à Paris, Eugène Labiche est le fils d'un industriel enrichi. Après des études de droit, le nécessaire voyage en Italie d'une jeunesse libérale et des débuts comme journaliste à la Revue du théâtre, il accède au succès en proposant à diverses scènes parisiennes ses pièces comiques, souvent courtes, et qui, au départ, relèvent du genre du vaudeville (Monsieur de Coyllin, ou l'homme infiniment poli, 1838 ; Embrassons-nous, Folleville, 1850). Désireux cependant d'accéder à la « grande comédie », Labiche écrit, à partir d’Un chapeau de paille d'Italie (1851), de plus en plus souvent des comédies de mœurs ou de caractères en cinq actes. Ayant ainsi trouvé sa formule (montrer les mésaventures conjugales, sociales, financières, d'un bourgeois enrichi à la bêtise crasse), Labiche multiplie les créations ; l'Affaire de la rue de Lourcine (1857), le Voyage de Monsieur Perrichon (1860), la Poudre aux yeux (1861), la Cagnotte (1864), Célimare le bien-aimé (1863), et bien d'autres, puisqu'il est l'auteur, seul ou avec des collaborateurs, de plus de cent soixante-dix pièces. Avec ces œuvres des années 1860, il obtient, outre un succès public jamais démenti, la reconnaissance sociale : après le théâtre du Palais-Royal, le théâtre du Gymnase, les Variétés ou les Bouffes-Parisiens, Labiche voit jouer ses pièces à la Comédie-Française à partir de 1864, puis est élu, en 1880, à l'Académie française.

3. La comédie des bourgeois

La mécanique comique, chez Labiche, repose essentiellement sur l'exploitation toujours joviale, souvent acerbe, des clichés verbaux, intellectuels et moraux de la bourgeoisie industrielle toute-puissante dont il est issu, et pour laquelle il écrit. Qu'il s'agisse de vaudevilles en un acte ou de longues comédies plus structurées, c'est toujours la bêtise vaniteuse du « philistin » que les dialogues, les multiples rebondissements et les quiproquos visent à souligner et à fustiger. Pièce célèbre et caractéristique des procédés de l'auteur, le Voyage de Monsieur Perrichon met en scène un représentant de cette bourgeoisie triomphante, le carrossier Perrichon, inculte et vaniteux, empêtré dans ses prétentions intellectuelles et mondaines. Malmené par les péripéties fâcheuses d'un voyage familial en Suisse, manipulé allègrement par un jeune homme qui prétend épouser sa fille, Perrichon est le produit par excellence de l'ordre bourgeois posé comme absolument nécessaire et inamovible, qui fossilise les idées comme les sentiments, les êtres comme leur langage.

4. Un théâtre féroce

Le propre de cette dramaturgie est ainsi de teinter toujours de cruauté la légèreté joviale du vaudeville. L'ambivalence naît d'un usage constant de la citation ironique et d'un regard sur le monde bourgeois aussi aigu qu'éminemment satirique. C'est ce regard que choisissent aujourd'hui de valoriser les metteurs en scène : si Labiche est un initiateur important du théâtre de boulevard, son sens de la critique féroce et de l'absurde ouvrent aussi la voie au théâtre du XXe siècle.