| romantisme (musique) | Format lecture | ||||
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| 2. | Les thèmes romantiques |
| 1. | L’« opéra de délivrance » |
Les romantiques (écrivains, peintres et musiciens) s’opposent aux idées d’universalité, d’ordre et de raison développées pendant le siècle des Lumières. Après l’onde de choc provoquée par la Révolution française, ils préconisent au contraire l’avènement de l’individu, multiple et irrationnel. L’opéra est la forme musicale qui témoigne le plus explicitement de cette nouvelle pensée : aux intrigues de l’opéra baroque — généralement tirées de l’Antiquité et offrant une vision hiérarchique claire des dieux, des gouvernants et des peuples — succèdent en effet des sujets ancrés dans un présent passionné et troublé.
L’« opéra de délivrance », par exemple, traite de l’emprisonnement d’une jeune femme par un tyran et de sa délivrance par son amant. Il est également redresseur de torts ; toutefois la justice n’y est plus rendue, comme dans l’opéra baroque, par le dieu venu dénouer la situation (le deus ex machina), mais grâce aux efforts d’êtres humains. Lodoiska (1791) de Luigi Cherubini (compositeur italien vivant à Paris) illustre parfaitement ce type d’opéra : le livret présente une bande de Tartares, sortes de « bons sauvages » tels que Jean-Jacques Rousseau les imaginait, philosophant sur la justice et la liberté. Par l’intermédiaire de son unique opéra, Fidelio (la première version date de 1805), Ludwig van Beethoven participe de cet engouement pour un nouvel âge athée au centre duquel se trouvent l’homme (capable de vaincre toutes sortes de difficultés) et les valeurs révolutionnaires — désormais prépondérantes — de liberté, d’égalité et de fraternité.
| 2. | Le héros |
L’ère romantique met le héros sur un piédestal, comme en témoigne la Symphonie héroïque (créée à Vienne en 1805) de Beethoven : le premier mouvement est suivi d’une marche funèbre accompagnant la mort du héros ; puis un scherzo dynamique réaffirme la force de l’idéal héroïque ; enfin le compositeur propose des variations sur un thème associé à la légende de Prométhée (défiant les dieux, celui-ci fait don du feu à l’humanité). La Cinquième Symphonie (1808) traduit quant à elle un acte de défiance de l’homme envers le destin. Dans la Neuvième Symphonie (1824), la forme symphonique est dépassée lorsqu’un chanteur se lève d’entre les musiciens et déclare : « Amis, changez de sons ! » ; il les invite ensuite à chanter avec lui l’Ode à la joie (1785) de Friedrich von Schiller.
| 3. | La nature et la raison |
À l’instar de la littérature, la musique romantique célèbre la nature. Tempêtes, avalanches, incendies, naufrages et autres éruptions volcaniques — autant de manifestations des forces irrationnelles de la nature auxquelles est soumis l’ordre humain — sont par exemple des éléments constitutifs de nombreux opéras de délivrance. Un des mythes romantiques les plus révélateurs de l’esprit de l’époque est celui d’Ondine (ou son homologue slave Roussalka), l’esprit des eaux qui désire se marier avec un humain mais doit retourner à son élément ; cette légende germanique illustre la tentative de réconcilier nature et raison, séparées depuis le siècle des Lumières. E. T. A. Hoffmann, maître du récit fantastique et figure archétypale romantique (à la fois écrivain, compositeur et artiste) traite de ce thème dans l’opéra Ondine (1816).
Beethoven, pour sa part, exprime les joies de la nature (l’un des thèmes favoris de l’art lyrique allemand) dans la Symphonie pastorale (1808), tandis que Franz Schubert, le premier grand compositeur de lied, confie au piano un rôle de description imagée ; ainsi l’évocation des bruits de l’eau parcourt-elle le cycle de lieder intitulé la Belle Meunière (Die schöne Müllerin, 1823), qui traite des amours malheureuses d’un fils de meunier. Il ne s’agit pas de simple imitation, puisque le ruisseau fait écho aux humeurs et au sort changeants du jeune homme, il en fait partie intégrante.
| 4. | L’irrationnel et le mystère |
Le pouvoir de l’irrationnel est dépeint dans l’opéra Der Freischütz (1821) de Carl Maria von Weber : la vie d’une communauté forestière est troublée par les pratiques sataniques qui ont lieu dans la sinistre vallée du Loup. C’est le romantisme qui a élevé l’horreur au rang de catégorie artistique.
| 5. | L’obsession et la souffrance |
Dans certains lieder, un phénomène naturel peut jouer un rôle psychologique encore plus important : Marguerite au rouet (Gretchen am Spinnrade, 1814) de Schubert, sur un texte de Johann Wolfgang von Goethe, introduit un motif récurrent au piano, qui représente non seulement le rouet de la jeune fille trahie, mais aussi ses pensées, qui la ramènent de façon obsessionnelle à son amour perdu.
Robert Schumann explore également les recoins les plus secrets de l’imagination romantique : le crépuscule et les ténèbres, la souffrance d’être séparé d’un être aimé ou du pays natal, la terreur que provoque la forêt, les rêves mystérieux et d’autres thèmes qui font du mystère et des tourments un domaine typiquement et passionnément romantique.