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| 6. | La mode de l’après-guerre : une nouvelle ligne |
Contrastant avec cette extravagance, la mode de l’après-guerre se caractérise par un souci du bon goût et de la mesure, qui permet rapidement à Paris de retrouver son statut de capitale de la mode. À côté de maisons déjà existantes, comme Piguet, Jacques Fath, Jacques Heim ou Marcel Rochas, on assiste à l’installation de nouveaux venus qui, tous, ont appris leur métier à Paris, comme Pierre Balmain, Jacques Griffe ou Christian Dior.
Ce dernier est le véritable fondateur du « new-look », ligne que certaines innovations de Jacques Fath ont fait pressentir, mais qu’il synthétise et à laquelle il donne un éclat sans précédent. Réhabilitant les galbes du corps féminin, il impose une mode fastueuse et nostalgique, à jupe allongée, qui se décline en deux silhouettes (la ligne Corolle, à jupe large, et la ligne en huit, à jupe étroite comme un tube). Si le new-look n’a, au sens strict, qu’une existence assez éphémère (Christian Dior lui-même se tourne, à partir de 1954, vers une coupe décintrée et Chanel met à la mode le tailleur de tweed), elle a une profonde influence sur l’ensemble de la création (de Pierre Balmain à Carven en passant par l’Américain Charles James). L’Espagnol Cristóbal Balenciaga, maître de la coupe décintrée (et influence majeure de Givenchy), ou madame Grès, célèbre pour sa technique du drapé, affirment une individualité qui les tient à l’écart de ce mouvement.
Période de transformations, les années cinquante voient l’apparition de la robe cocktail, des talons aiguille (créés par des bottiers comme Roger Vivier ou Delman) mais, malgré les audacieuses créations de Jean Barthet, de Jacques Pinturier ou de Jean-Charles Brosseau, la quasi-disparition du chapeau. Le Nylon est de plus en plus utilisé, entraînant la progressive raréfaction de la lingerie.
Cependant, la principale mutation des années cinquante demeure, aux côtés de la haute couture ou de l’artisanat (donné en exemple par des maisons comme celles de Lola Prusac), le développement de l’industrie de la confection. À l’intérieur de cette industrie, on distingue le prêt-à-porter (production mécanisée, en fonction de tailles prédéfinies), concept importé en France à la fin des années quarante par Weil et par Albert Lempereur ; la mesure industrielle (adaptation du modèle aux mesures du client) ; la couture en gros (caractérisée par une meilleure finition et une diffusion plus restreinte que le prêt-à-porter). Cette expansion de la confection est d’ailleurs souvent encouragée par le monde de la haute couture, qui y voit une possibilité de nouveaux débouchés. Dès la fin des années quarante, par exemple, les Couturiers associés (Carven, Jean Dessès, Piguet, Paquin et Jacques Fath) présentent chaque année une collection de modèles de confection, vendus dans les grands magasins de province. De nombreux couturiers, enfin, ajoutent à leur activité principale la vente de licences pour la fabrication d’accessoires, politique dont Christian Dior est l’un des initiateurs. Enfin, depuis Paul Poiret, qui avait lancé en 1911 le parfum Rosine, et surtout Chanel, célèbre pour le N° 5 créé par Ernest Beaux, la plupart des grands couturiers développent, sous licence, des parfums portant leur nom.