mode, histoire de la
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mode, histoire de la
7. L’époque contemporaine
1. Une mode pour la jeunesse

Les années soixante marquent une nouvelle rupture, peut-être plus radicale puisqu’elle concerne prioritairement la jeunesse issue du baby-boom, désireuse de se démarquer du monde des adultes. Initiatrice d’une véritable contre-culture, cette génération cherche dans le vêtement un moyen d’affirmer ses choix, que symbolisent, par exemple, le port du pantalon pour les jeunes filles ou le désir de faire disparaître les différenciations sexuelles par le moyen de la mode unisexe. Si la haute couture subsiste, elle assiste au développement parallèle du prêt-à-porter, qui devient un territoire d’expérimentation particulièrement actif. La création, par Jacques Esterel, de la robe de mariée en vichy, portée par l’actrice Brigitte Bardot lors de son mariage avec Jacques Charrier (1958), reproduite à des milliers d’exemplaires, préfigure ce mouvement. Désormais, les stylistes de prêt-à-porter signent leurs collections, ce qui constitue une véritable nouveauté. Travaillant pour leur propre compte, pour un confectionneur ou pour un bureau de style (comme Mafia ou Promostyl), ils rénovent profondément l’esthétique vestimentaire dans les années soixante.

2. Les stylistes

Les stylistes captent les nouvelles références de la jeunesse, de la mode hippie à la mode chinoise, des tendances folkloriques au patchwork. Jean Bousquet, fondateur de Cacharel, lance les chemisiers en madras et reprend le motif Liberty. La Britannique Laura Ashley s’illustre dans la mode rétro, tandis que Jacqueline Jacobson (qui dirige la maison Dorothée Bis) propose la mode des shorts que l’on porte sous des maxi-manteaux, et que Sonia Rykiel se spécialise dans un style décontracté, faisant un large usage de la maille. Daniel Hechter lance la mode « Babette », inspirée du film de Christian-Jaque Babette s’en va-t’en guerre (1958).Parmi les stylistes les plus célèbres de l’époque, on trouve : Karl Lagerfeld, qui dessine des collections pour Chloé ; Christiane Bailly et Gérard Pipart, futur directeur artistique de Nina Ricci ; Michèle Rosier, qui crée des tenues sportives pour la marque V de V ; Emmanuelle Khanh, qui propose certains modèles à La Redoute.

Les années soixante voient aussi l’apparition, après Pierre Cardin, d’un certain nombre de nouveaux couturiers, dont Yves Saint Laurent, qui travaille d’abord chez Dior avant de fonder sa propre maison, Paco Rabanne, André Courrèges, Jean-Louis Scherrer, Emmanuel Ungaro et Louis Féraud.

Plusieurs d’entre eux s’illustrent par leurs innovations futuristes, comme André Courrèges, dont la première collection fait, en 1965, l’effet d’une révolution comparable à celle du « new-look » de Christian Dior. En effet, il y propose des minijupes et des minirobes qui s’inspirent directement de la mode lancée en Grande-Bretagne par Mary Quant quelques années auparavant, et qui illustrent la vitalité de la création londonienne. Yves Saint Laurent, créateur du tailleur-pantalon, des minirobes à motifs inspirés de Mondrian et, un peu plus tard, de la saharienne, Pierre Cardin et ses tenues de cosmonautes, Paco Rabanne et ses robes métalliques mènent tous une réflexion sur l’adaptation du vêtement au monde moderne.

Saint Laurent (avec Saint Laurent Rive gauche), Cardin et Courrèges se lancent significativement les premiers dans le prêt-à-porter féminin, tout en menant une tentative originale de rénovation du vêtement masculin. En 1966, Pierre Cardin, associé au confectionneur Paul Bril, présente une collection pour hommes où le veston est remplacé par une tunique à col montant, interdisant le port de la cravate, modèle également expérimenté, avec quelques variantes (vêtements non doublés pour en accentuer la souplesse, en lin ou jersey), par Michel Schreiber. André Courrèges, pour sa part, propose une ligne pour hommes où le blouson remplace le veston, tandis que Jacques Esterel imagine en 1970 des pantalons et des robes longues absolument unisexes.

3. Multiplication et éclectisme des talents

Les années soixante-dix confirment certains talents, comme celui d’Azzedine Alaïa, et voient l’apparition de nouveaux noms, comme Anne-Marie Beretta, Bernard Perris, Popi Moreni, Guy Paulin, Jean-Charles de Castelbajac, Jean-Paul Gaultier ou Thierry Mugler, et l’installation à Paris des Japonais Kenzo, Issey Miyake, Hanae Mori et, un peu plus tard, de Rei Kawakubo (créateur de Comme des garçons) et de Yosji Yamamoto. Dans la même période, Paris est resté la capitale de la mode. On y présente quatre fois par an deux collections de haute couture et deux collections de prêt-à-porter, mais New York (où se sont illustrés Calvin Klein et Ralph Lauren), Milan (Valentino, Gianni Versace, Giorgio Armani, Cerruti), Londres (Vivienne Westwood, Sheridan Barnett, Helen Robinson) et Tokyo sont également devenus des centres de création importants.

La même période témoigne de l’acceptation d’une certaine complémentarité entre maisons de haute couture, inscrites auprès de la Chambre syndicale de la couture, aujourd’hui une trentaine (dont la définition se fait d’après plusieurs critères : création originale dans la maison elle-même, par le créateur et par ses proches collaborateurs, modélistes et dessinateurs ; utilisation de tissus fournis gratuitement sur les bénéfices d’une taxe parafiscale ; présentation de deux collections par an, comportant au moins cinquante modèles), et les créateurs, qui présentent d’ailleurs leurs collections dans une structure commune, l’association Mode et Création.

Cette association, fondée en 1973, rassemble maisons de couture présentant du prêt-à-porter et stylistes. Ces frontières ne sont d’ailleurs pas si rigides, puisque l’on a vu des stylistes comme Karl Lagerfeld, Angelo Tarlazzi et Gérard Pipart prendre la direction de maisons de couture (respectivement chez Chanel, chez Guy Laroche et chez Nina Ricci), tandis que certains créateurs, comme Jean-Paul Gaultier et Thierry Mugler, accèdent au statut de couturier. Hiérarchisé, le secteur du prêt-à-porter, qui bénéficie d’importantes innovations techniques (comme la coupe assistée par ordinateur), offre toutes les gammes de produits, depuis les grandes marques comme Weil ou Max Mara, aux marques en franchise ou en succursale, jusqu’aux marques vendues en hypermarchés. L’ensemble du secteur (qui compte, pour le prêt-à-porter féminin, plus de 2 600 entreprises) emploie près de 50 000 personnes, pour un chiffre d’affaires d’environ 30 milliards de francs.

Alors que semblent se multiplier les créateurs — on relève pour les années quatre-vingt : Christian Lacroix, Martine Sitbon, Corinne Cobson, Helmut Lang, Dries Van Noten, Donna Karan et, pour la haute couture, Lecoanet-Hémant (admis à la Chambre syndicale en 1984) ; pour les années quatre-vingt-dix : Ann Demeulemeester, Véronique Leroy, Gilles Rosier et Claude Sabbah —, on assiste à une reconnaissance officielle de la mode, avec la création d’un musée de la mode au Carrousel du Louvre, et, dans le même temps, à la consécration de grandes tendances, de plus en plus évidentes depuis les années soixante-dix : l’éclectisme, le style décontracté (avec le jean et le détournement du vêtement de sport à usage citadin), le style grunge, l’antimode et l’extrême simplicité des tenues urbaines (tailleur basique, tee-shirt et pantalon, souvent même dans le monde du travail). Toutes ces évolutions permettent de caractériser le changement du statut de la haute couture qui, de plus en plus confondue avec le stylisme, devient non plus l’initiatrice de modèles esthétiques contraignants soumis à de périodiques révolutions, mais plutôt le lieu d’élaboration de grandes tendances, revisitées et réinterprétées, et mises au service des impératifs de la vie quotidienne.