Vilar, Jean
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Vilar, Jean
3. Le théâtre comme service public

Au tournant des années cinquante, Vilar mène de front deux expériences qui ont profondément marqué le paysage théâtral français. À Avignon d'abord, il crée en 1947 une « Semaine d'art dramatique » et monte, dans la grande cour d'honneur du palais des Papes, Richard II de Shakespeare — sur le plateau, immense, seuls sont éclairés les déplacements des comédiens. Dès l'année suivante, la « Semaine » devient le Festival d'Avignon, destiné à devenir rapidement et durablement une fête majeure du théâtre international. Parallèlement à ce rôle d'animation du festival, Vilar se lance dans la grande aventure du Théâtre national populaire à Chaillot. Nommé à sa direction en 1951, il forme le sigle TNP et propose jusqu'en 1963 un programme de spectacles ambitieux. Avec l'équipe du TNP, il s'efforce d'aller au-devant du plus large public possible, via des rencontres, des publications (la revue Bref), des tournées nationales et internationales. Le théâtre se doit en effet, pour Vilar, de réconcilier audience populaire et répertoire de qualité. Avec l'aide d'une troupe homogène, à laquelle viennent s'intégrer des acteurs aussi prestigieux que Maria Casarès, Gérard Philipe ou Daniel Ivernel, il offre ainsi des représentations mémorables des grandes pièces de Corneille (le Cid), Shakespeare (Macbeth, Richard II), Hugo (Ruy Blas, Marie Tudor) et Musset (Lorenzaccio), Kleist (le Prince de Hombourg) et Büchner (la Mort de Danton). Après 1960, le TNP présente des pièces plus explicitement politiques, sur le thème de l'autocratie (la Résistible Ascension d'Arturo Ui de Brecht) et de la justice (les Abeilles, d'Aristophane). Ayant quitté ses fonctions au TNP, Vilar s'attache surtout, après 1963, à enrichir et diversifier le Festival d'Avignon.