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Les débuts du cinéma français (1895-1914) |
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Les frères Lumière |
Le « cinématographe » Lumière, qui avait été mis au point entre décembre 1894 et mars 1895, proposait de nombreux petits films (alors appelés « vues ») échappant au simple enregistrement de numéros de music-hall qui composaient le programme Skladanowsky. En effet, dès les premières séances publiques, quelques brèves scènes tournées en décors naturels par Louis Lumière répondaient déjà à plusieurs orientations qu’allait suivre la future industrie du cinéma : comédie mise en scène (le Jardinier — plus connu sous le titre l’Arroseur arrosé), documentaire (la Sortie de l’usine Lumière), film de famille (le Repas de bébé), burlesque militaire (le Saut à la couverture, la Voltige), prise de vue touristique (la Mer). Peu après, la société Lumière envoya des opérateurs sur tous les continents, s’attela à des reconstitutions historiques, et tourna de simples actualités.
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Pathé et Gaumont |
De nombreux concurrents ne tardèrent pas à se manifester en France, comme Charles Pathé et Léon Gaumont, dont les firmes s’implantèrent dans le monde entier à partir de leurs ateliers de fabrication puis de leurs studios de cinéma, situés en région parisienne. Chez Pathé, Ferdinand Zecca, un ancien acteur, dirigeait la production et les tournages, exploitant le drame sous toutes ses formes, les scènes religieuses, le burlesque, la grivoiserie, les poursuites, les thèmes historiques. C’est Zecca qui découvrit le comique André Deed (Boireau à l’écran) puis Max Linder. Chez Gaumont, Alice Guy est à l’origine des films les plus ambitieux : féeries, mélodrames, et même des premiers essais de films sonores — avant de s’établir aux États-Unis, en 1910.
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Un cinéma artisanal |
Beaucoup d’entreprises artisanales se lancèrent à l’assaut du marché européen et mondial, notamment Georges Méliès (le Voyage dans la Lune), un ancien magicien devenu le spécialiste des truquages et du fantastique. Aux Studios Éclair, Victorien Jasset, qui compta Maurice Tourneur parmi ses collaborateurs, se tourna vers les feuilletons populaires et les films religieux. D’autres se soucièrent de toucher un public plus cultivé en sollicitant des écrivains de l’Académie et des acteurs de la Comédie-française, comme la Société du film d’art, qui débuta avec l’Assassinat du duc de Guise (1908). Cette manière de solliciter des cautions culturelles sera une des constantes du cinéma français jusqu’à nos jours.
À la veille de la guerre, de nombreux talents de cinéastes s’étaient affirmés, comme Albert Capellani (chez Pathé), auteur d’adaptations de grands romans de Victor Hugo et d’Émile Zola ; Louis Feuillade (chez Gaumont), dont le premier Fantômas sortit en 1913 ; Émile Cohl, pionnier du dessin animé ; Léonce Perret, un ancien comique converti dans le cinéma romanesque (l’Enfant de Paris, 1913 — un film de près de deux heures) ; Jean Durand, un ancien comique de Pathé qui tourna des westerns en Camargue vers 1910 ; et Max Linder, réalisateur de ses propres films à partir de 1910 et dont les films burlesques connurent un succès mondial. La guerre porta de rudes coups au cinéma français ; seul Pathé, très actif aux États-Unis, put survivre sans trop de dommages, tandis que Feuillade sauvait Gaumont, avec sa série la plus fameuse, les Vampires (1915).
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